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[Image : Lettre d'information de l'ADEA]

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Recherche et politiques éducatives : quelle interface ?

Questions abordées par la Commission sur la recherche en politique éducative en Afrique
à l'occasion du 10ème Congrès mondial d'éducation comparée
(Le Cap, Afrique du Sud, juillet 12-17, 1998)

Depuis sa création en 1970, Le Conseil mondial des sociétés d'éducation comparées (WCCES) cherche à faire progresser les études comparées et internationales dans le domaine de l'éducation. L'une de ses principales activités a été l'organisation des Congrès mondiaux d'éducation comparée. Le Congrès, qui réunit des spécialistes de l'éducation venus des quatre coins du globe, constitue une occasion unique d'examiner et de questionner les théories et pratiques éducatives.

Cette année, pour la première fois, un Congrès mondial d'éducation comparée - le 10ème - a eu lieu en Afrique (Le Cap, 12-17 juillet 1998).

En collaboration avec deux réseaux de recherche africains en éducation (ROCARE et ERNESA), l'ADEA a parrainé la Commission sur la recherche en politique éducative en Afrique. La Commission s'est intéressée plus particulièrement aux rapports complexes entre recherche et politiques dans le domaine de l'éducation.

Thèmes de la réunion

Le thème général de la réunion était Education, Equité et Transformation. Quelque 700 spécialistes de l'éducation, experts et décideurs politiques venus de 82 pays étaient présents. A l'exception de quelques séances plénières, la plupart des documents étaient présentés lors de séances parallèles organisées par quatorze commissions de recherche s'intéressant à des domaines particuliers :

  • éducation de base pour tous en Afrique ;
  • programmes scolaires ;
  • culture, savoirs locaux et apprentissage ;
  • recherche en politique éducative en Afrique ;dépendance, éducation et développement ;
  • éducation de tous pour la paix et la justice ;
  • éducation en Europe, équité et transformation ;
  • problématique homme-femme;
  • enseignement supérieur ;
  • langue et alphabétisation ;
  • formation continue ;
  • politique ;
  • enseignement pédagogique ;
  • théories et changements de théories.

Commission sur la recherche en politique éducative en Afrique

La Commission sur la recherche en politique éducative en Afrique était parrainée par l'ADEA, le Réseau de recherche en éducation pour l'Afrique Orientale et Australe (ERNESA) et le Réseau de recherche en éducation pour l'Afrique occidentale et centrale (ROCARE).

Pour l'ADEA, la participation à ce Congrès a été bénéfique à plusieurs égards : le lieu de la réunion a permis à un grand nombre de chercheurs africains dans le domaine de l'éducation de se réunir et d'entrer en contact avec la communauté internationale de la recherche éducative ; le Congrès était une occasion de soumettre à l'examen la recherche sur les politiques éducatives menée au sein de l'ADEA ; cet événement était aussi une occasion unique pour les ministres d'entrer en rapport avec les chercheurs.

Les travaux de la Commission se sont déroulés en 10 séances réparties sur deux jours et demi. Quelque 40 à 65 personnes étaient présentes, la plupart chercheurs ou responsables politiques africains – représentés par trois ministres de l'éducation et six secrétaires permanents –, mais aussi chercheurs d'autres continents. Pendant chaque session, deux à quatre documents étaient présentés. Les exposés étaient suivis de commentaires de deux intervenants – un chercheur et un décideur politique – et de débats ouverts à tous les participants.

Les présentations de la Commission ont porté sur sept sous thèmes :

    a) accès à l'éducation, équité et qualité ;
    b) accès à l'éducation pour les filles, équité et résultats scolaires ;
    c) capacités de mise en oeuvre des réformes pour améliorer la qualité ;
    d) analyse des politiques sous-sectorielles ;
    e) analyse des politiques dans certains domaines spécifiques ;
    f) mobilisation et utilisation des ressources.

Exploration de l'interface entre recherche et politiques

La Commission s'est penchée plus particulièrement sur la question des rapports entre politique et recherche. Deux panels ont étudié l'interface - définie comme système de communication assurant le flux des messages entre la recherche et les politiques - et ont tenté de répondre à des questions telles que : « Dans quelle mesure les décideurs politiques utilisent-ils les informations fournies par la recherche ?» ou encore «Les résultats de la recherche sont-ils présentés de manière facilement exploitable par les politiques ?».

Il a été noté que l'interface était constamment soumise à la pression de forces extérieures telles que les environnements socio-économiques ou politiques instables. Dès lors, les politiques sont recommandées dans des contextes sociaux, politiques et économiques bien spécifiques, qui déterminent dans quelle mesure les politiques peuvent être adoptées ou mises en œuvre de manière réaliste. En outre, l'interface a lieu dans un environnement imparfait où idéologie politique et aspirations sociales ne sont pas suffisamment prises en compte par la recherche.

Problèmes liés à l'interface

Si l'importance de la recherche comme moyen d'information de la politique éducative a été reconnue par chercheurs et décideurs politiques participant à la commission, plusieurs problèmes ont été identifiés :

  • La formulation des politiques demeure un processus dirigé du sommet à la base, ce qui n'autorise pas l'implication des chercheurs et autres parties prenantes ;
  • La recherche en politiques demeure pauvre et les capacités dans ce domaine, faibles ;
  • Certains facteurs – tels que les préoccupations de carrière des chercheurs – peuvent conduire à une recherche « pervertie » qui ne parviendra pas à remettre profondément en question le cadre des politiques ;
  • Dans certain pays, il existe, entre universités et gouvernements, une tradition de conflit qui compromet le libre échange d'idées ;
  • Les sociétés non démocratiques et la faiblesse organisationnelle des structures peuvent frustrer les chercheurs et empoisonner leurs relations avec les autorités politiques, freinant ainsi la diffusion effective des résultats de recherche vers les décideurs politiques.

Problèmes spécifiques aux chercheurs et aux responsables des politiques

Les questions soulevées se posent de manière différente pour chercheurs et responsables politiques, chacun des groupes étant confronté à un ensemble de problèmes spécifiques.

Du côté des chercheurs : a) les chercheurs tendent à fragmenter les problèmes, tandis que les responsables des politiques tendent à avoir une vision socio-politique d'ensemble ; b) les chercheurs ont tendance à critiquer les politiques sans pour autant proposer des solutions viables ; c) les chercheurs ne fondent pas leurs recherches sur le dialogue avec les responsables des politiques ; d) les recommandations des chercheurs ne sont pas clairement articulées en rôles précis et réalistes pour le gouvernement et autres parties prenantes ; e) les chercheurs ne s'intéressent pas au suivi de la recherche.

Du côté des responsables des politiques : a) les politiques n'apprécient pas à leur juste valeur les efforts de la recherche ; b) ils adoptent souvent une démarche de crise et ne font appel aux chercheurs que lorsque les choses vont mal ; c) ils n'utilisent la recherche que pour légitimer à posteriori leurs décisions ; d) les politiques sont peu enclins à participer à la gestion de la recherche ; e) les responsables des politiques ne lisent pas les rapports de recherche (souvent longs) ; f) les compétences et les ressources font cruellement défaut au sein des unités de planification et de recherche des ministères.

Recommandations

Les débats ont conduit à une tentative de définition des caractéristiques de l'interface idéale. Les recommandations suivantes ont été formulées pour améliorer les points de convergence entre chercheurs et politiques :

  • Les chercheurs devraient entreprendre une évaluation fréquente des politiques et militer pour jouer un rôle plus important dans les processus politiques ;
  • Il faut stimuler et favoriser la recherche autour des politiques éducatives par la création de centres d'excellence créés spécialement à cet effet ;
  • Renforcer les capacités des institutions engagées dans la recherche en matière de politiques ;
  • Encourager la coopération entre les ministères et les universités ;
  • Renforcer l'interface entre chercheurs et politiques par le réseautage et l'implication de tous les partenaires ;
  • Mettre en place un système d'incitation afin d'encourager les communications entre chercheurs et décideurs politiques.

Quelques propositions visant à combler le fossé et le manque de communication entre chercheurs et décideurs politiques ont également été formulées :

  • Rendre le langage de la recherche accessible aux politiques ;
  • Organiser des séminaires constructifs de haut niveau afin de promouvoir le dialogue entre chercheurs et décideurs politiques ;
  • Favoriser la recherche participative et le travail d'équipe et impliquer toutes les parties prenantes ;

Au cours de discussions, les participants ont remarqué que les compétences techniques et analytiques des partenaires du développement leur donnaient les moyens d'influencer la mise en œuvre des politiques et des stratégies éducatives ; la réciproque n'est toutefois pas vraie. A cet égard, il a été proposé que des stratégies et mécanismes soient développés pour renforcer les relations de partenariat existant entre responsables politiques et chercheurs Africains et leurs partenaires au développement.

Conclusion

Selon les organisateurs de la Commission Recherche en politique éducative en Afrique, la communauté professionnelle africaine des chercheurs en éducation croît aussi bien en nombre qu'en qualité. Toutefois, de nombreux chercheurs africains demeurent isolés tant de la communauté internationale des chercheurs que des lieux de décision politique.

Vue sous cet angle, la participation importante de chercheurs africains au 10ème Congrès mondial d'éducation comparée a constitué un pas en avant. La conférence fut une occasion unique pour les chercheurs Africains d'entrer en rapport avec des chercheurs et responsables politiques – venus d'Afrique et d'ailleurs – et de présenter les résultats de leur travail à leurs pairs Africains et non-Africains.




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modifiée : le 14 mars 2001