La coordination de l'aide au Ghana
En raison des multiples besoins
à combler et de la rareté des ressources, les pays africains
parviennent difficilement à offrir les services denseignement
de base requis. Le financement extérieur revêt donc une
importance critique pour le développement de léducation
en Afrique. Mais lune des principales critiques formulées
à lendroit de laide étrangère est
quelle est principalement contrôlée et dirigée
par les bailleurs de fonds. Au début des années 90,
le Ghana a amorcé une réforme de ses rapports avec les
organismes de financement. Ce processus est décrit dans un
document de lADEA rédigé par Harry Sawyerr, ancien
ministre de lEducation du Ghana.
Au Ghana, les événements
ayant engendré la nécessité de coordonner laide
extérieure se sont déroulés dans le contexte
de trois grandes réformes de léducation, la première
débutant en 1974, la seconde en 1987 et la plus récente
en 1993.
La première réforme a été
interrompue par linstabilité politique et le déclin
économique, qui fit chuter le pourcentage du PIB consacré
à léducation à un peu plus de 1 p. 100.
Au début des année 80, le système déducation
était dans un état lamentable à tous les niveaux.
La qualité de lenseignement et des infrastructures
sétait détériorée gravement. En
octobre 1986, la Banque mondiale et lUNICEF aidèrent
à organiser, à Vienne, une conférence des agences
de financement consacrée aux secteurs de léducation
et de la santé. Le gouvernement ghanéen y présenta
un ambitieux programme de réforme de léducation.
LOverseas Development Agency (G.-B.), la Norvège, le
Fonds de lOPEP, la Suisse, la Banque africaine de développement
et la Banque mondiale sengagèrent alors à appuyer
la première étape du programme. En 1990, lUSAID
commença à soutenir lélaboration du premier
programme denseignement primaire.
Améliorer la gestion des
projets daide extérieure
Lampleur des réformes
et la myriade dorganismes de financement disposés à
les appuyer ont fait ressortir la nécessité de modifier
radicalement la façon dont le ministère gérait
les activités parrainées par les organismes de développement
et intégrait ces derniers au processus délaboration
des politiques.
Avant 1993, chaque organisme daide
avait des rapports bilatéraux avec le ministère. Les
projets étaient gérés par des unités distinctes,
dotées de leurs propres installations et personnel administratif,
entraînant ainsi une multiplicité dunités
de gestion de projets, une sous-utilisation du personnel, des dédoublements
defforts et un renforcement insuffisant des capacités.
Ce problème a été
résolu en 1993 lorsque le ministre de lEducation prit
linitiative de fusionner lensemble de ces unités
de gestion en une seule entité, appelée lUnité
de gestion des projets (Project Management Unit PMU).
La mission confiée à la PMU était dappliquer
des procédures de gestion appropriées. Des divisions
spécialisées furent créées pour gérer
la collecte et le décaissement des fonds. Une hiérarchie
dautorité fut mise en place, allant du directeur général,
qui relevait directement du ministre de lEducation, aux gestionnaires
de projets à chaque niveau denseignement. Les opérations
de lUnité furent logées au sein du ministère
et lon établit un secrétariat pour les projets
financés par les organismes de financement. Un progrès
important a été accompli en déplaçant
la responsabilité de la gestion de laide des organismes
de financement au ministère.
La coordination du processus délaboration
des politiques
La troisième grande réforme,
qui a eu lieu au lendemain de la Conférence sur léducation
pour tous, tenue à Jomtien, en 1990, a constitué le
cadre dans lequel le ministère a pris le contrôle de
la fonction plus complexe de la coordination de laide au niveau
du processus délaboration des politiques. La genèse
de ce processus remonte à la collaboration fructueuse entre
le gouvernement et les donateurs qui, sous lautorité
du ministre, a mené à lélaboration dun
document de stratégie et dun plan national de réforme
de lenseignement de base en 1993.
Durant ce processus, la nécessité
de coordonner, au niveau du ministère, la participation des
donateurs au dialogue sur les politiques et à la réalisation
des initiatives est apparue clairement aux deux parties. Une telle
coordination permettrait au ministère de définir ses
priorités et ses stratégies en matière de développement
national, dutiliser efficacement les contributions des donateurs
pour la réalisation du programme sectoriel et de mettre fin
à des projets peu prioritaires qui traduisaient uniquement
les directives et les priorités des agences concernées.
-- Le forum conjoint sur lenseignement
de base gratuit, obligatoire et universel (FCUBE)
Par la suite, un forum conjoint du
ministère de lEducation et des agences de financement
a eu lieu, en juillet 1994. Cet événement majeur a engagé
le processus délaboration dune réforme de
lenseignement de base au Ghana, appelée programme denseignement
de base gratuit, obligatoire et universel (programme FCUBE). La réunion
a marqué un point tournant dans les relations entre le ministère
et les agences de financement. Le déplacement de lautorité
du groupe des organismes de financement vers le ministère de
lEducation en ce qui a trait au choix des priorités de
financement est devenu lélément moteur des réformes
du secteur de léducation au Ghana.
Le forum a permis aux représentants
du ministère et des organismes de financement de jeter les
bases dune collaboration en vue du développement du programme
FCUBE. La franchise et la concertation ont caractérisé
le partenariat formé à cette occasion, qui est devenu
la pierre angulaire du succès à long terme de la collaboration
entre le ministère et les organismes de financement
La réalisation du programme
FCUBE doit sétendre sur dix ans, débutant en 1996
et se poursuivant jusquen 2005. Un plan de mise en oeuvre a
été élaboré. Les responsabilités
englobent la création de comités de supervision et de
direction et dunités chargées des opérations,
de même que la décentralisation de certaines fonctions.
Ensemble, ces groupes doivent faciliter lémergence dun
sens de la propriété et de lengagement parmi tous
les intervenants, la consultation systématique et la recherche
de consensus.
-- Le Comité consultatif
du gouvernement et des agences de financement
En février 1997, peu après
lapprobation du programme FCUBE par le Parlement, le ministre
a convoqué la première réunion du Comité
consultatif du gouvernement du Ghana et des organismes de financement.
Les participants ont fait le point sur lavancement du programme
et ont examiné le plan opérationnel pour 1997, les modalités
de mise en oeuvre futures ainsi que les coûts et les modalités
de financement du programme. A cette occasion, on a insisté
sur le fait que le programme FCUBE serait la seule initiative dans
le secteur de lenseignement de base au Ghana pour la décennie
à venir et que lensemble des sources externes et intérieures
de soutien technique et financier à lenseignement de
base serait gérées dans le cadre de ce programme. Cette
rencontre a marqué linstitutionnalisation de la coordination
de laide à lenseignement de base au Ghana. Un des
objectifs premiers de ces rencontres est de promouvoir la collaboration
entre les agences de financement et le gouvernement et la coordination
de leurs activités. Le Comité , qui se réunit
à intervalles réguliers, est présidé par
le ministre.
Résultas et leçons
apprises
Au cours des dernières années,
le ministère a mis en place une imposante structure de gestion,
de planification, de supervision et de mise en oeuvre de laide,
à laquelle les agences de financement ont été
intégrées avec succès. Elle comprend deux instances
dimportance capitale : les réunions du Comité
consultatif et lUnité de gestion des projets. Les réunions
du Comité consultatif tiennent lieu de forum sectoriel et assurent
un rôle aux agences de financement dans la mise en oeuvre des
politiques. LUnité de gestion des projets constitue un
système efficace de gestion des ressources des agences de financement
qui entrent au Ghana.
La coordination de laide extérieure
a effectivement permis de réduire lattention accordée
à certains programmes peu prioritaires, de mieux planifier
laide et de limiter les dédoublements defforts.
Parce que le gouvernement a clairement indiqué que le programme
denseignement de base gratuit, obligatoire et universel (FCUBE)
serait la seule initiative axée sur lenseignement de
base au cours des dix prochaines années, lensemble du
soutien financier extérieur est maintenant canalisé
vers ce programme. Les organismes de financement extérieurs
intéressés à soutenir un volet particulier du
programme ont ainsi été amenés à travailler
de façon coopérative et complémentaire. Lexpérience
réussie du Ghana ouvre de nouvelles pistes en présentant
un modèle efficace de participation au développement
qui montre clairement que les gouvernements africains peuvent prendre
le leadership en vue de coordonner laide provenant des agences
de financement. Laide gérée par le pays plutôt
que par les bailleurs de fonds a plus de chance daboutir à
une répartition plus équitable et efficiente des fonds.
Au cours du long processus de mise
en place des mécanismes institutionnels facilitant la participation
des agences de financement au programme FCUBE, le ministère
et les organismes daide ont appris plusieurs leçons :
Un leadership énergique est
essentiel. La volonté politique doit être clairement
démontrée dans la formulation des objectifs, des plans
et des stratégies de mise en oeuvre, et le leadership aux paliers
les plus élevés doit être manifeste à chaque
étape.
Les agences de financement souhaitent
appuyer un ministère et un programme qui témoignent
dun leadership dynamique. En émettant des lignes directrices
claires, le gouvernement facilite la tâche aux agences de financement
qui doivent faire approuver les prêts et les subventions auprès
de leurs autorités respectives. Les agences de financement
apprécient par ailleurs la présence de mécanismes
organisés et structurés facilitant la communication
entre elles.
La création dune entité
unique responsable de la collecte et du décaissement des fonds
versés par les agences de financement au budget gouvernemental
représente une utilisation plus efficiente des ressources humaines
locales quun arrangement par lequel chaque agence possède
sa propre unité de mise en oeuvre des projets. LUnité
de gestion des projets permet par ailleurs au personnel du Ministère
de se spécialiser et datteindre la plus grande cohérence
possible dans ladministration des activités des organismes
daide.
Revue de " La
coordination de laide au Ghana sous la conduite du pays "
par S.E. Harry Sawyerr
ancien ministre de lEducation du GhanaADEA, 1997