Négocier aves les organismes d'aide : « Le pot de terre contre le pot de fer »
Négocier avec les organismes de financement
constitue un immense défi pour les gouvernements. Les pays
récipiendaires doivent satisfaire à des conditions
multiples, parfois contradictoires, fixées par les bailleurs
de fonds. Selon les organismes concernés, les politiques,
les stratégies, les programmes et les modalités peuvent
être très différents. Le concept même
de laide est brouillé par des considérations
économiques et politiques. Ecrit de manière pragmatique,
le livre décrit ci-dessous apporte des éclaircissements
sur le processus complexe de négociation de laide à
léducation.
Bien que lon dispose dune abondante documentation
expliquant lapproche des bailleurs de fonds en matière
daide à léducation, il nexiste pratiquement
pas dexamen systématique qui soit réalisé
par les pays récipiendaires, sur la façon dont il est
possible de leur point de vue délaborer
ou dappliquer des politiques appropriées relatives à
la négociation de laide. " Négocier avec
les organismes daide " fournit des indications pratiques
sur ce sujet. Il met en lumière des aspects importants que
les négociateurs devraient garder présent à lesprit
lors de leurs tractations avec les organismes de financement. Le document
présente notamment une check-list qui reprend les éléments
importants de la négociation, autrement dit : quoi, comment
et quand négocier avec les organismes. En outre,
des lignes directrices spécifiques pour la négociation
avec certaines catégories dorganismes sont fournies.
Par la suite, deux différents types de négociation sont
comparés : le modèle traditionnel, et un modèle
qui commence à émerger où la négociation
est menée par les pays. Le rapport se termine par des remarques
sur le poids croissant des ONGs dans la négociation de laide.
Négocier avec les organismes daide
nest pas un jeu à somme nulle
Le document commence par définir le champ auquel
il sintéresse, limité aux prêts publics
officiels et aux dons, et par énumérer les diverses
sources publiques et privées daide extérieure
existantes. Un certain nombre déléments qui compliquent
la négociation en matière daide à léducation
sont ensuite mis en évidence :
En ce qui concerne les dons, les commentaires suivants
sont énoncés:
-- Les dons en faveur de léducation peuvent
savérer être des moyens déguisés
dexporter des services à léducation ou à
dautres secteurs. Par conséquent, les gouvernements doivent
élargir la portée des négociations lorsquils
négocient des dons et impliquer des représentants inter-sectoriels.
-- Afin de garantir que les subventions servent à
financer non seulement de" bons projets ", (cest-à-dire
de bonnes politiques éducatives) mais également une
bonne politique (cest-à-dire une bonne gouvernance),
et parce que les gouvernements sont rarement considérés
comme " bons " par les organismes daide, un nombre
croissant de bailleurs de fonds préfèrent traiter avec
les ONGs. De ce fait, la négociation de subventions peut échapper
de facto au contrôle des gouvernements.
-- Les paramètres-clé de la négociation
avec les institutions des Nations Unies sont soulignés tels
que la responsabilité des gouvernements dans la prise de décision
sur les flux daide ou encore le soutien au développement
de capacités nationales plutôt que lassistance
technique. Lappui des institutions des Nations Unies pour faciliter
laccès à la coopération internationale
et/ou régionale ne doit pas être sous-estimée.
En ce qui concerne les prêts,
le marché de laide à léducation est
brouillé par plusieurs facteurs.
-- Loctroi dun prêts nest
pas nécessairement déterminé en fonction de la
nature du projet, de son rendement économique futur ou de la
capacité de remboursement. La politique éducative et
les considérations poltiques jouent un rôle important.
-- Les emprunteurs ne peuvent pas négocier
sur la base de critères et de conditions concurrentiels puisquil
ny a pas de concurrence entre les organismes daide offrant
des prêts.
-- Dans le marché de laide à léducation,
la distinction nest pas tant entre " bons " et "
mauvais " emprunteurs quentre emprunteurs " dociles
" définis comme étant ceux ayant "
tendance à dépendre des suggestions, des recommandations,
du pouvoir de persuasion et des informations provenant de canaux étrangers
" et emprunteurs " conflictuels ". Les emprunteurs
conflictuels sont peut- être ceux qui ont été
les premiers à croire au développement des capacités
locales pour maîtriser leur système éducatif.
Ils se révèleront peut-être comme étant
les meilleurs à long terme.
Quoi, comment et quand négocier
Une liste de facteurs à considérer lors
de la négociation avec les organismes est fournie qui comprend
deux recommendations majeures :
ä se renseigner sur les organismes daide,
leur programme, leur culture et leurs modalités de fonctionnement
ä approfondir les connaissances sur le système
éducatif par différents moyens : diagnostic et études
sectorielles, élaboration dune politique éducative,
analyse de la politique éducative, élaboration dune
stratégie financière pour le financement de léducation
qui précisera le rôle des ressources extérieures.
Le premier travail fournira aux emprunteurs des informations
sur les prêteurs, tandis que le second permettra de mieux prendre
conscience de lutilité et de la portée de laide
accordée. Les deux renforceront les capacités nationales
dans leur communication avec les organismes de financement.
Un bon document juridique
Lobjectif principal de la négociation
est de parvenir à la signature dun bon document juridique
généralement appelé Accord de crédit
de développement (ACD). Il est recommandé que lACD
définisse le plus simplement possible le champ et la portée
du crédit. Lexpérience montre, en effet, que des
programmes complexes entravent le renforcement des capacités
nationales, la souplesse nécessaire à la mise en oeuvre
des stratégies et la coordination sectorielle au niveau local.
Les programmes complexes engendrent également une bureaucratie
mue par les bailleurs de fonds qui empêche une mise en oeuvre
efficace et la coordination des bailleurs de fonds.
Les pays ont à développer leurs capacités
nationales de négociation dun ACD. Ce type de négociation
nécessite la maîtrise de connaissances juridiques, financières
et institutionnelles qui manquent souvent.
Modes de négociation
Deux modes de négociation différents
sont présentés dans le document : la négociation
traditionnelle " dirigée " par les organismes daide
et un type de négociation " nouveau " où les
pays menent davantage les discussions.
Le cas de Maurice est donné comme lexemple
dun mode " nouveau " de négociation. En 1991,
Maurice avait produit un Plan Directeur. Par la suite, le gouvernement
organisa une rencontre des bailleurs de fonds afin dobtenir
leur soutien. Le processus sest achevé par la signature
de différents accords, principalement basés sur le Plan
directeur.(2)
A propos du rôle croissant des ONGs
Le rapport se termine par un commentaire sur les ONGs
.
Le rôle des ONGs dans le développement
de léducation, leur complexité et leur poids de
plus en plus important en tant que vecteurs de laide est évoqué.
Face à leur influence grandissante, le rapport recommande trois
dispositions : (i) développer un système adéquat
dinformation et de contrôle des ONGs ; (ii) impliquer
les ONGs dans les négociations ; et (iii) développer
une appréciation correcte des avantages comparatifs des ONGs
lors de la mobilisation de ressources extérieures.
Revue de Négocier avec les agences
daide :" le pot de terre contre le pot de fer "
de Jacques Hallak
Directeur de lInstitut international de planification
de léducation (IIPE)