Alphabétisation : le progrès réalisé par les pays africains

Le 8 septembre nous célébrons la Journée internationale de l’alphabétisation
Des élèves pendant une leçon de français dans une école de Côte d'Ivoire en décembre 2015 | CREDIT: Crédit: GPE/Carine Durand

A l'occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation qui se célèbre ce 8 septembre sous le thème : « L’alphabétisation et le développement des compétences », l'ADEA dresse un état des lieux des progrès réalisés par les Etats africains en matière d'alphabétisation.

Il s'agit du huitième article de blog publié en 2018 dans le cadre de l'effort de collaboration lancé en 2017 entre l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA) et le Partenariat mondial pour l'éducation (GPE).

Le 8 septembre a été proclamé Journée internationale de l’alphabétisation par l’UNESCO lors de sa 14e session de la Conférence générale le 26 octobre 1966 pour permettre aux gouvernements, à la société civile et aux parties prenantes de mettre en évidence les améliorations des taux mondiaux d'alphabétisation et de réfléchir aux problèmes d'alphabétisation qui subsistent dans le monde. La question de l'alphabétisation est un élément clé de l’objectif de développement durable (ODD) 4, qui a notamment pour cible 4.6 d’assurer à tous les jeunes l’alphabétisation et le calcul et de donner aux adultes qui ne possèdent pas ces compétences la possibilité de les acquérir.

Le thème de cette année est « L’alphabétisation et le développement des compétences », un sujet qui se concentre sur les aptitudes et compétences requises pour l'emploi, les carrières et les moyens de subsistance, en particulier les compétences techniques et professionnelles, ainsi que les compétences transférables et les compétences numériques.

Est-ce que l’alphabétisation réalise réellement des avancées significatives ?

La communauté internationale reconnait que l’alphabétisation est un droit inaliénable et au-delà, un « fondement indispensable de l’apprentissage indépendant », tout au long de la vie. Nonobstant cet engagement mondial et ceux antérieurs, les données de l'Institut de statistique de l'UNESCO montrent qu’aujourd’hui encore, 757 millions d'adultes à travers le monde, dont 115 millions de jeunes âgés entre 15 et 24 ans, ne savent ni lire ni écrire une phrase simple.

Les taux d’alphabétisme nationaux les plus faibles sont observés en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et de l’Ouest. On est alors en droit de se demander si l’alphabétisation réalise réellement des avancées significatives, notamment en Afrique.

Heureusement, le progrès dont il est question, dans le domaine de l’alphabétisation, ne se limite pas au développement quantitatif. Il pourrait se mesurer également à partir des efforts déployés par les acteurs de l’alphabétisation, dans la définition d’une nouvelle vision, l’amélioration de la qualité des méthodes, des contenus, de la gouvernance dudit secteur.

Quelques aspects du progrès enregistré : la vision

Si, jusqu’au milieu des années 1960, l’alphabétisation se résumait le plus souvent à la maitrise des connaissances instrumentales – lire, écrire et compter – le concept d’alphabétisation a évolué avec le temps pour inclure d’autres dimensions.

Cette vision est née de la nécessité d’établir le lien entre l’alphabétisation/formation et les activités professionnelles des apprenant(e)s, dans une perspective du développement durable. À l’analyse, on se rend compte que l’alphabétisation jouera effectivement un rôle direct ou indirect dans la réalisation de nombreux Objectifs de développement durable.

En conséquence, la plupart des pays africains ont travaillé à la valorisation de cette nouvelle vision en intégrant dans les programmes d’alphabétisation, des dimensions d’ordre idéologique, politique, économique et social, tout en excluant toutes formes de discriminations fondées sur la race, la religion, le sexe ou l’âge, les zones géographiques, ainsi que l’extrémisme violent.

C’est dans cette même optique qu’a émergé le concept d'apprentissage tout au long de la vie, afin de mieux préparer les apprenants à la vie, à la résilience, et à faire face aux défis qui jalonnent l’existence humaine.

L’acquisition des connaissances et compétences

L’apprentissage tout au long de la vie, suppose une base solide sur laquelle vont se développer de manière successive les autres niveaux de compétences. C’est la raison pour laquelle, les connaissances instrumentales doivent constituer le socle pour mieux bâtir les autres compétences, qu’elles soient techniques ou technologiques, y compris les Technologies de l'information et de la communication (TIC).

Dans la dynamique d’amélioration des pratiques d’alphabétisation et de parvenir à une participation massive des populations aux programmes d’alphabétisation, diverses stratégies et innovations pédagogiques ont été adoptées par chaque pays, en fonction de son contexte, mais aussi de manière concertée par des regroupements de pays.

Au cours de la revue des activités du Pole de Qualité inter pays de l’ADEA sur l’Alphabétisation et les Langues nationales (PQIP-ALN), en aout 2017 à Cotonou, au Bénin, les onze pays participants ont affirmé qu’ils avaient entrepris plusieurs actions d’amélioration de la qualité de l’alphabétisation. Ces améliorations portent notamment sur les stratégies d’alphabétisation, les contenus (réforme des curricula), avec la prise en compte des thèmes émergents, du genre, du multilinguisme, des savoirs locaux, de l’éducation inclusive (alphabétisation des personnes handicapées visuels et auditifs), etc. La pratique de passerelles et les formations à la carte, sont autant d’innovations qui ont suscité un meilleur engouement des apprenants.

De manière spécifique, l’adaptation de l’offre d’alphabétisation est un facteur majeur dans le changement de paradigme dans la plupart des pays. A titre d’exemple, le Benin, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Togo mettent en œuvre le « Programme régional d’éducation des populations pastorales en zones transfrontalière (PREPP). »

L’ambition dudit programme, piloté par l’Association pour la promotion de l'élevage au Sahel et en Savane (APESS) depuis 2014, est de soustraire les communautés pastorales de l’analphabétisme endémique, de contribuer à un meilleur accès à l'emploi pour les jeunes, à travers le développement de leurs compétences techniques et professionnelles et à l’instauration d’une transhumance apaisée au niveau des zones transfrontalières.

Le recours aux TIC constitue une des stratégies émergentes d’alphabétisation qui se poursuit dans plusieurs pays. L’alphabétisation par le téléphone portable et les tablettes s’est révélée efficace dans plusieurs pays africains (zone du PREPP) pour la prise en compte des apprenants en situation de mobilité ou peu disponibles pour suivre les cours en présentielle. La Fondation Didier Drogba en collaboration avec l’ADEA et l’UNESCO met aussi en œuvre un projet similaire.

Dans la même dynamique, dix pays membres du PQIP-ALN se sont engagés dans la modernisation des écoles coraniques, comme stratégie d’accélération et d’amélioration de l’offre d’alphabétisation.

Gouvernance de l’alphabétisation

L’éradication de l’analphabétisme implique une meilleure organisation des parties prenantes. Le progrès dans ce domaine se traduit par l’association des différents acteurs aux stades de négociation, de planification, d’exécution, de recherche de financement, de suivi et d’évaluation des programmes d’alphabétisation.

Certains pays africains ont adopté diverses stratégies successives, allant du « laisser-faire » (l’État délègue l’organisation de l’alphabétisation au privé), au « faire-faire », en passant par « le faire » (responsabilité exclusive de l’État) et le « faire avec » (actions simultanées d’alphabétisation État et privé). Le « faire-faire » adopté par plusieurs pays se définit comme une stratégie permettant à l'État et à ses partenaires techniques et financiers de se doter d'une clé de répartition fonctionnelle des rôles dans la conception et l'exécution des programmes d'alphabétisation.

La contribution de l’ADEA et de la GBA

En Afrique, la formation de réseaux africains, et récemment l’Alliance Mondiale du Livre (GBA), confirment la volonté d’une synergie partenariale pour accélérer significativement l’alphabétisation, notamment dans les pays à faibles revenus.

L’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), à travers son Pôle de qualité inter-pays sur l’Alphabétisation et les Langues nationales et son Groupe de travail sur les livres et les matériels éducatifs (GTLME), participe activement à l’animation du dialogue politique et au renforcement des capacités techniques des pays africains.

L’objectif général est naturellement de contribuer à l’amélioration globale de l’accès et de la qualité des programmes d’alphabétisation et de calcul, pour les jeunes mais aussi pour les adultes.