Améliorer l’alphabétisation en Afrique

À l'occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, nous examinons la situation actuelle en Afrique
Un élève faisant ses exercices. Glenview Number 2 Primary School, Zimbabwe.
CREDIT: GPE/ Carine Durand

Ceci est le onzième billet d’une série de collaborations entre le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) et l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA).

Il faut améliorer l’alphabétisation dans le but majeur de mieux satisfaire la demande éducative des jeunes et des adultes. Les structures de formation de tous niveaux doivent veiller au lien intrinsèque entre l’alphabétisation/formation et les activités professionnelles des apprenant-e-s, y compris les diverses composantes de leur environnement.

L’alphabétisation souhaitée doit être en phase avec l’Agenda 2030 et son Objectif de développement durable No. 4 (ODD4) qui vise à assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. L’alphabétisation doit être par ailleurs conforme aux attentes de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, dont l’un des axes majeurs est de faire de l’éducation un secteur prioritaire pour le développement de notre continent.

Au-delà des effets bénéfiques de l’alphabétisation pour les individus, les programmes d’alphabétisation doivent constituer des vecteurs de renforcement des valeurs universelles et le socle de la renaissance culturelle africaine pour mieux promouvoir l’intégration continentale.

Qu’est-ce qu’il faut améliorer dans l’alphabétisation ?

L’évaluation de la mise en œuvre des différents programmes d’alphabétisation, à travers l’Afrique et le monde, indiquent que les indicateurs qui déterminent l’efficacité desdits programmes sont liés à divers facteurs internes et externes.

L’un des aspects majeurs à prendre en compte concerne la vision même de l’alphabétisation : elle doit améliorer son caractère inclusif, intégrateur vis-à-vis des autres secteurs de la vie pour mieux garantir l’adaptation à la mondialisation, aux changements rapides et aux nouveaux défis. C’est la raison pour laquelle on pourrait affirmer que l’alphabétisation perçue sous cet angle doit pouvoir intégrer tous les objectifs de développement durable de l’Agenda 2030.

Les apprentissages doivent prendre en compte de manière interactive des dimensions d’ordre idéologique, politique, économique, social et exclure toutes formes de discriminations fondées sur la race, la religion, le sexe ou l’âge, les zones géographiques.

Une telle disposition requiert une synergie partenariale entre les différentes parties prenantes, à savoir les Etats africains, les différentes institutions en charge de l’alphabétisation, la société civile, le secteur privé, les communautés, les entreprises, les partenaires techniques et financiers.

Enfin, la nouvelle vision de l’alphabétisation doit intégrer un processus « d’apprentissage tout au long de la vie » avec un accent particulier sur le rôle majeur de levain que joue l’éducation en général dans l’acquisition des compétences de vie, la transformation qualitative de la société, en termes de justice sociale, de cohabitation pacifique, de croissance économique.

L’apprentissage tout au long de la vie suppose une base solide (acquise par l’alphabétisation) sur laquelle vont se développer de manière successive les autres niveaux de compétences.

C’est la raison pour laquelle, les connaissances instrumentales doivent constituer le socle pour mieux bâtir les autres compétences.

Quels facteurs peuvent favoriser l’amélioration de l’alphabétisation ?

Plusieurs facteurs et stratégies d’ordre technique ou politique peuvent être identifiés, au nombre desquelles on peut retenir :

  • la réforme des curricula. Les nouveaux curricula doivent davantage s’enraciner dans la culture et les valeurs africaines, le savoir vivre ensemble (qui bannit tout élan de violence et de terrorisme) tout en intégrant l’évolution technologique ; ces curricula doivent être élaborés de manière participative et axés sur les besoins, les réalités et aspirations des pays africains et leurs communautés.
  • L’utilisation des technologies comme moyens d’adaptation rapide aux nouveaux défis de la vie.
  • La diversification des filières de formation et les passerelles qui devraient offrir aux apprenants et apprenantes plusieurs chemins de contribution à la société.
  • La systématisation de la post alphabétisation de sorte que la lecture et l’écriture soient vues comme des activités d’un processus continu et un moyen efficace de lutte contre l’analphabétisme de retour. Le développement de l’environnement lettré implique en effet, la mise en œuvre effective d’une bonne politique du livre et la valorisation des langues nationales.
  • La langue est indéniablement un facteur clé de l’amélioration de la qualité des apprentissages. On apprend mieux et plus vite dans la langue qu’on maitrise. Elle est par ailleurs reconnue comme facteur de cohésion sociale au niveau national et d’intégration au niveau régional et continental.
  • L’amélioration des conditions de vie et de travail des personnels chargés de l’alphabétisation, afin de stimuler leur ardeur au travail et éviter la fuite des cerveaux ; le renforcement des capacités desdits acteurs en vue de garantir la qualité des formations sur le terrain.
  • La prise en compte du genre et des stratégies de discriminations positives, en faveur des femmes et autres groupes spécifiques défavorisés, notamment en zones rurales, dans les différents programmes d’alphabétisation.
  • Le suivi des processus de formation, la validation des acquis et la certification des apprentissages y compris la maitrise des données statistiques en alphabétisation.
  • La dynamisation du partenariat public-privé, avec la valorisation de nouvelles méthodes et des initiatives privées réussies.
  • L’engagement politique des Etats et l’amélioration de la gouvernance de l’alphabétisation, avec à l’avant-garde, les chefs d’Etats africains. Ceci pourrait faciliter la résolution des questions de financements des programmes d’alphabétisation. A ce niveau, il convient de rappeler l’engagement pris par les pays africains à la conférence régionale de Bamako au Mali, sur l’alphabétisation (septembre 2007), relativement à l’effort de consacrer au moins 3 % du budget de chaque Etat à l’alphabétisation des adultes.
  • L'innovation : la recherche et la mutualisation des bonnes pratiques et expériences réussies, occupent une place importante. On peut citer par exemple :
    • les programmes de soutien à l’apprentissage familial ;
    • l'utilisation de tableaux numériques interactifs pour l’alphabétisation (par ex. au Burkina Faso) ou l’alphabétisation par le téléphone portable (par ex. Côte d’Ivoire et bien d’autres pays);
    • le développement de programmes de numérisation des manuels et autres documents didactiques et la mobilité autorisée d’une filière de formation à une autre, (par ex. Afrique du Sud),
    • les initiatives de mobilisation interne de fonds et de promotion de l’emploi ou auto emploi, comme c’est le cas au Sénégal à travers les taxes emplois-jeunes, les concours dans le cadre du financement de plans d’affaires et la création d’un observatoire national pour l’emploi au Mali.

Une nouvelle vision pour l’alphabétisation

L’amélioration de l’alphabétisation requiert une dynamique partenariale soutenue entre les experts du domaine, les pouvoirs publics, la société civile, les institutions, les partenaires techniques et financiers, mais aussi les bénéficiaires.

Elle doit se fonder sur une nouvelle vision claire de l’alphabétisation, dans la dynamique évolutive du monde. Le principe de l’amélioration en question, est la « contextualisation » de l’alphabétisation. Il s’agit d’être attentif aux besoins réels croissants et aux attentes légitimes des individus tout en veillant à la cohérence avec les visions et valeurs reconnues, au plan continental, voire universel.

Ce principe devrait guider le choix des contenus d’alphabétisation, des approches, des méthodes pédagogiques ou andragogiques, du médium d’alphabétisation, du matériel didactique. Il devrait inspirer également l’organisation des parties prenantes, afin de garantir une meilleure gouvernance de l’alphabétisation.