Comment les politiques africaines favorisent l’égalité entre les sexes dans l’éducation

Nous célébrons aujourd'hui la Journée internationale des filles
Une élève souriant. Elle fréquente l'école Communautaire MASINDRAY à Madagascar.
CREDIT: GPE/ Carine Durand

Ceci est le 14e billet d’une série de collaborations entre le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) et l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA).

Le 19 décembre 2011, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Résolution 66/170 qui déclare le 11 octobre Journée internationale de la fille (JIF) et reconnaît les droits des filles et les défis uniques auxquelles celles-ci sont confrontée dans le monde. Le thème de cette année « Émanciper les filles : avant, pendant et après les crises » marque le début d’efforts qui seront déployés toute l’année pour attirer l’attention et l’action de la communauté internationale sur les défis et les opportunités auxquels sont confrontées les filles avant, pendant et après les situations de crise.

Jeunes filles et jeunes femmes sont une source de pouvoir et de créativité – et les millions de filles en situation d’urgence ne font pas exception. Souvenez-vous : Éduquer une fille, c’est éduquer une nation !

Programmes, cadres et politiques… Sont-ils suffisants ?

En 2015, les Chefs d’État africains ont adopté l’Agenda 2063 « l’Afrique que Nous Voulons » comme cadre pour entreprendre la transformation de l'Afrique. Il s’inspire entre autres d’« une Afrique prospère fondée sur la croissance inclusive et le développement durable », avec des citoyens éduqués et qualifiés. Un an plus tard, les États africains adoptaient la Stratégie continentale 2016 – 2025 de l’éducation pour l’Afrique (CESA 2016 - 2025) comme cadre de transformation des systèmes éducatifs et de formation en Afrique, en lien avec l’Objectif de développement durable 4 (ODD 4) du Programme de développement durable 2030 ; ils s'engageaient ainsi à transformer la vie grâce à l'éducation et reconnaissaient le rôle important de celle-ci comme principal moteur du développement et de la réalisation des autres objectifs fixés.

Le développement de l’Afrique s’appuie sur la capacité des États à développer et mettre en œuvre des programmes et politiques permettant de résoudre les problèmes rencontrés par les peuples. Selon le Rapport régional africain sur les Objectifs de développement durable (UNECA, 2015), l’accès à une éducation de qualité non seulement apporte aux enfants, aux jeunes et aux adultes les connaissances et compétences permettant d’en faire des citoyens actifs capables de s'épanouir en tant qu'individus, mais l'alphabétisation contribue également directement à la lutte contre la pauvreté.

La mise en œuvre reste négligée

Tandis qu’un bon nombre d’États africains ont élaboré des politiques et des lois pour obtenir une augmentation des taux de scolarisation, de rétention et d’achèvement, la mise en œuvre demeure une préoccupation. Ce processus est en effet souvent compromis ou incohérent. Ceci est fréquemment lié à d’autres facteurs : le manque de sensibilisation et de compréhension des politiques par les principaux agents de la mise en œuvre au niveau national et communautaire ; des consultations minimales avec les bénéficiaires des politiques ; et un manque de données reflétant l'impact des politiques sur le terrain. L’allocation limitée de ressources en soutien au processus de mise en œuvre des politiques et le manque de volonté politique parmi les chefs de gouvernement contribuent également à l'abandon de ces jalons essentiels au progrès.

Le suivi des politiques en faveur de l’égalité entre les sexes en Afrique

Certains pays africains sont cependant parvenus à effectuer un bon suivi des politiques en faveur de l’égalité entre les sexes dans l’éducation. En Zambie, par exemple, grâce au Forum des éducatrices africaines (FAWE) et son plaidoyer en faveur de l’éducation des filles comme droit humain, le gouvernement a déployé la Politique de réintégration des mères adolescentes en 1997. Elle obligeait ainsi tous les établissements scolaires à accorder aux filles un congé de maternité et à les réintégrer ensuite pour faciliter leurs études.

Dans les premières phases du processus de mise en œuvre, le gouvernement s’est rendu compte que la politique n’était ni largement connue ni comprise. En 2010, le gouvernement zambien a ordonné une étude qui a mené au développement de directives de mise en œuvre, en 2012. Les directives du Ministère de l’Éducation, des Sciences et de la Formation professionnelle et de l’Éducation de la petite enfance cherchaient à améliorer la compréhension et la mise en œuvre de la politique, parvenant ainsi à augmenter le taux d'achèvement de nombreuses filles dans le secondaire.

En Gambie, l'élaboration et la mise en œuvre de la politique éducative 2016-2030 pallie le retard en termes d’accès à l’éducation pour les filles et les garçons. La Politique du secteur éducatif de Gambie 2016-2030 est la première politique sectorielle du pays après la séparation du portefeuille de l’enseignement supérieur et celui des enseignements primaire et secondaire, qui a vu la création d’un ministère responsable de l’enseignement supérieur, de la recherche, des sciences et technologies et le repositionnement de l’ancien Ministère de l’Éducation sur les questions d’enseignement primaire et secondaire.

Au cours de la Conférence de la FAWE sur l’éducation des filles en Afrique, Mme Oulaye Camara, Secrétaire adjointe permanente de l’Enseignement supérieur en Gambie a remarqué qu’« en raison de ces changements, la parité entre les sexes dans les salles de classe de Gambie [était] pratiquement atteinte. Actuellement, il y a davantage d’étudiants inscrits pour des études dans les secteurs de la santé et de l’agriculture, mais le Ministère favorise également les cours d’ingénierie aux jeunes filles. »

La sensibilisation et les politiques en faveur de l’égalité des sexes sont essentielles

Malgré les nombreux efforts déployés pour élaborer de politiques centrées sur un accès équitable à l’éducation, des rapports montrent que le nombre d’enfants non scolarisés en Afrique continue de grimper. Un rapport de l’Institut de la Statistique de l’UNESCO (ISU) note que près de 264 millions d’enfants et de jeunes sont non scolarisés, l’Afrique subsaharienne affichant la plus grande part de ce nombre.

Les filles sont davantage susceptibles que les garçons de ne jamais mettre un pied dans une classe malgré tous les efforts déployés et les progrès accomplis au cours des deux dernières décennies. Selon les données de l’ISU, 9 millions des 15 millions d’adolescentes qui n'auront jamais la chance de pouvoir apprendre à lire ou écrire à l'école primaire vivent en Afrique subsaharienne.

Un autre rapport du Groupe Banque mondiale émet l’hypothèse de perspectives économiques et sociales inquiétantes pour les 89 millions de jeunes non scolarisés d’Afrique subsaharienne (presque la moitié de la jeunesse), et estime que dans la prochaine décennie, lorsque cette cohorte constituera le cœur du marché du travail, près de 40 millions de jeunes supplémentaires décrocheront et seront confrontés à un avenir incertain avec peu de chance de travail et de compétences pratiques.

Ces statistiques montrent que nous devons intensifier la sensibilisation aux politiques en faveur de l’égalité des sexes, en particulier celles qui ciblent les filles dans les situations post-conflit et les communautés marginalisées. Les questions dont les parties prenantes de l’éducation doivent débattre sont les suivantes : Comment aider les filles traumatisées par les conflits ? Que faut-il pour offrir un environnement d’apprentissage favorable à l’égalité des sexes et sécurisé ? Comment les pays peuvent-ils surmonter les goulets d’étranglement démocratiques en tentant de faire avancer les politiques en faveur des filles ?

Par ailleurs, lorsqu'ils élaborent des politiques sur la violence scolaire liée au genre, les États et décideurs politiques doivent impliquer unanimement les acteurs clés du terrain tels que les enseignants, les syndicats d’enseignants et les administrateurs scolaires, qui travaillent en proximité avec les bénéficiaires de ces politiques, c’est-à-dire les élèves.

Enfin, pour parvenir à l’égalité entre les sexes sur le continent, nous ne devons pas mettre les hommes et les garçons à l’écart. Eux aussi sont souvent affectés sur le plan psychologique et subissent une pression pour se comporter d'une façon définie culturellement et socialement. Nous devons nous efforcer de mener des consultations d’une façon inclusive en prenant en compte l'égalité entre les sexes pour chercher à encourager la responsabilité collective en faveur de l’égalité dans l’éducation.