Enseigner et apprendre en Afrique : bref panorama de la situation

Le PQIP sur l’enseignement et l’apprentissage de l’ADEA rassemblent les membres autour de défis communs en matière d'éducation et de formation. De quelle manière cette instance peut-elle être bénéfique pour le monde de l'éducation en Afrique ?
Duria Balla, enseignante, examine et corrige le travail de ses élèves de niveau 3, à l'école pour filles Asfia Badr, localité du Nil Est, unité administrative d'Alfayhaa, district d'Al-Baraka, près de Khartoum, au Soudan. CREDIT: GPE/Kelley Lynch

Ceci est le 10ème post publié en 2018 dans le cadre d’une collaboration lancée en 2017 entre l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) et le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE).

La première Journée internationale des enseignants a été fêtée le 5 octobre 1994. Cette date importante célèbre le rôle que jouent les enseignants dans la prestation de services éducatifs de qualité à tous les niveaux. Elle permet aux enfants et aux adultes de tous âges de découvrir comment s'impliquer dans leur communauté locale et l’ensemble de la société pour y apporter leur contribution.

La journée internationale des enseignants commémore l’anniversaire de l’adoption de la Recommandation OIT/UNESCO de 1966 concernant la condition du personnel enseignant. Cette recommandation fixe les références en termes de droits et responsabilités des enseignants, ainsi que des normes de leur préparation initiale, leur formation continue, leur recrutement, leur emploi et leurs conditions d’enseignement et d’apprentissage.

Le thème de 2018 « Le droit à l’éducation, c’est le droit à un enseignant qualifié » a été choisi pour marquer le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) dans laquelle l’éducation est reconnue comme droit fondamental. Un droit qui ne peut pas être respecté sans enseignants qualifiés.

Le réseau PQIP : un mécanisme central pour l’action et l’engagement

Conformément à sa vision d’une éducation et d’un système de formation africains de haute qualité orientés vers la promotion de connaissances critiques, de compétences et d’un comportement en faveur d’un développement accéléré et durable en Afrique, l’ADEA a mis en place de nombreux mécanismes pour l’action et l'engagement.

Parmi eux, les Pôles de Qualité inter-pays (PQIP) ont été créés suite aux recommandations des Biennales de 2003 et 2006 pour renforcer les capacités africaines grâce au partage entre pairs des connaissances et des expériences innovantes en matière d’éducation.

Ces recommandations sont concentrées dans le « Cadre de stratégie politique » de l’ADEA, approuvé et adopté par les Chefs d’État de l’Union africaine lors du Sommet d’Addis Abeba en 2013.

Cette conférence clé a mis en avant le fait que la promotion des compétences critiques nécessaires à un développement durable en Afrique pouvait être réalisée grâce à la création de partenariats stratégiques entre les pays africains pour permettre l'échange et le partage des connaissances et des expériences.

Un Pôle de Qualité inter-pays (PQIP) est donc une plateforme – dont la création est facilitée par l’ADEA – organisée par un pays champion des échanges d'expérience et une communauté professionnelle qui rassemble ses membres autour des problèmes couramment partagés en matière d'éducation et de formation.

Comment le PQIP sur l’enseignement et l’apprentissage peut-il bénéficier au secteur africain de l’éducation ?

L’objectif global du PQIP-EA de l’ADEA, accueilli et dirigé par le Rwanda, est de soutenir les ministres de l’éducation afin que ceux-ci montrent la voie en matière d’élaboration et de mise en œuvre de politiques et stratégies en faveur d’un enseignement et d’un apprentissage efficaces sur le continent africain.

Le PQIP-EA est axé sur le développement professionnel des enseignants et d’autres domaines d'apprentissage liés à la continuité de l’éducation (c'est-à-dire les matériels pédagogiques d'enseignement et d’apprentissage et la mesure des acquis scolaires).

Ses objectifs spécifiques sont notamment les suivants :

  • régler la question de la qualité de l'enseignant ;
  • promouvoir l’intégration des TIC dans l’enseignement et l’apprentissage ;
  • promouvoir des approches d’évaluation de l’élève appropriées afin de garantir un apprentissage et un enseignement de qualité ;
  • accumuler des informations sur les expériences éducatives innovantes en Afrique et travailler avec un groupe de pays de la région à l’application de ces méthodes en tenant compte du contexte national des pays ;
  • apprendre et partager entre pairs les bonnes pratiques parmi les pays membres du PQIP afin de renforcer les capacités et mettre en œuvre les programmes au niveau national.

L’ADEA continuera de soutenir le Ministère de l’Éducation du Rwanda afin qu’il prenne la tête du développement et de la mise en œuvre des politiques et stratégies grâce à un plan stratégique du PQIP-EA sur trois ans.

On observe une demande croissante de la part des parties prenantes (états, élèves, parents et employeurs) pour garantir la qualité, le rapport qualité-coût et la réussite des élèves. Si cette dernière décennie a constaté d’énormes efforts pour améliorer l’accès et garantir l’équité, la qualité a, quant à elle, été souvent compromise.

Il faudra faire bien davantage à l’avenir, non seulement pour poursuivre les buts en termes d'accès et d'équité, mais également de pertinence et de qualité pour veiller à la réussite des élèves.

Les principales activités du PQIP-EA

Le PQIP-EA de l’ADEA entreprend actuellement un ensemble d’activités visant l’autonomisation des enseignants grâce aux compétences dont ils ont besoin pour améliorer les résultats de l’apprentissage dans des conditions sectorielles complexes et en constante évolution associées à des évolutions technologiques mondiales coûteuses.

L’atelier conjoint de formation des formateurs en évaluation qui a eu lieu en septembre 2017 à Kigali est une des principales activités stratégiques sur la formation aux évaluations menées sur le continent africain.

Le principal objectif de l’atelier était de former des responsables des évaluations aux évaluations en continu, à la psychométrie dans les évaluations, ainsi qu’aux programmes scolaires basés sur les compétences. Cela correspond bien, comme vous le voyez, au thème de cette année pour la Journée internationale des enseignants.

Le PQIP-EA cherche également à contribuer à l’amélioration de la profession d’enseignant en menant une étude comparative sur les motivations et incitations des enseignants du secondaire, financée par la Fondation MasterCard. Cette étude ciblera à la fois les enseignants hommes et femmes dans un groupe sélectionné d'établissements secondaires au Kenya, au Rwanda et au Sénégal, en prenant en compte les conditions économiques (urbaines/rurales) et linguistiques (français/anglais).

Enfin, le PQIP-EA poursuivra ses efforts afin de renforcer sa collaboration avec le Réseau africain des évaluations des apprentissages (NALA) en fournissant une plateforme aux enseignants qui leur permettra d’échanger leurs pratiques et expériences en matière d'enseignement et d’apprentissage au moyen de plusieurs voies de communication et d’information.

Avec le NALA, lors de l’atelier conjoint de formation des formateurs en évaluation organisé en septembre 2017 à Kigali, le PQIP-EA a formé des responsables de l’évaluation aux évaluations en continu, à la psychométrie dans les évaluations, ainsi qu’aux programmes scolaires basés sur les compétences.

Sept pays (le Botswana, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Sénégal, la Zambie et le Zimbabwe) et plus de 50 participants, dont des formateurs d’enseignants, des responsables d'évaluation et des organisations de la société civile, ont ainsi amélioré leurs connaissances d’éléments d’évaluation qui contribuent à l’émancipation des enseignants dans le but d’améliorer les acquis scolaires à partir de la salle de classe.

Le PQIP-EA et NALA encourageront la mobilité des enseignants afin que ceux-ci accumulent et partagent des expériences directes en matière d’enseignement, d’apprentissage et d’évaluation pour certains sujets clés tels que les sciences, les technologies et les mathématiques, ainsi que la langue d’enseignement et d'apprentissage.

Difficultés persistantes et prochaines étapes

Un des principaux défis de l'éducation et de la formation est la pénurie permanente d’enseignants. Puisque selon l’Institut de la Statistique de l’UNESCO, on estime qu’il reste 262 millions d’enfants et de jeunes non scolarisés dans le monde, le monde doit recruter près de 69 millions de nouveaux enseignants pour atteindre l’objectif de l’éducation 2030, l'enseignement primaire et secondaire pour tous. Ce « manque d’enseignants » est plus prononcé au sein des populations vulnérables : les filles, les enfants handicapés, les enfants réfugiés et migrants, et les enfants pauvres vivant dans des zones rurales ou isolées.

Les enseignants formés et qualifiés sont fondamentaux pour le droit à l'éducation. Le PQIP-EA recherche des solutions pour promouvoir l'enseignement et l’apprentissage pour tous, mais un plus grand engagement des pays africains reste le premier pas du progrès.