La célébration du pouvoir des livres pour promouvoir la vision de société du savoir de l’ADEA

Des élèves de l'école de Nyamachaki dans le comté de Nyeri au Kenya.
CREDIT: GPE/Kelley Lynch

Le 23 avril a été proclamé Journée mondiale du livre et du droit d’auteur par l’UNESCO en 1995 pour rendre hommage aux livres et aux auteurs qui encouragent chacun, et tout particulièrement les jeunes, à découvrir le plaisir de la lecture.

Cette date a été choisie, car c’est celle de la mort de Cervantes, Shakespeare et Inca Garcilaso de la Vega en 1616.

Chaque année, le 23 avril, l’UNESCO et les organisations internationales représentant les trois principaux secteurs de l’industrie du livre – maisons d’édition, libraires et bibliothèques – sélectionnent, pour une période d’un an, la Capitale mondiale du livre. Cette année, c’est Athènes qui a été choisie pour la qualité de ses activités soutenues par l’ensemble de l’industrie du livre. L’objectif visé est de rendre les livres accessibles à la totalité de la population de la ville, notamment les migrants et les réfugiés.

L’analphabétisme en Afrique : un appel à l’action immédiate

Les statistiques en Afrique subsaharienne sont révélatrices : plus d’un adulte sur trois ne sait pas lire ; 182 millions d’adultes ne sont pas capables de lire et écrire ; 48 millions de jeunes (âgés de 15 à 24 ans) sont analphabètes ; 22 % des enfants en âge d’être scolarisés dans le primaire ne vont pas à l’école (soit 30 millions d’enfants). L’espérance de vie est de 58 ans ; 44 % des personnes vivent sous le seuil international de pauvreté, soit 1,25 $ par jour.

En 1990, le taux d’analphabétisme dans l’ensemble de l’Afrique était de 53 %, et en 2015, il était estimé à 63 %. De même, en 1990, il y avait 133 millions d’adultes analphabètes en Afrique subsaharienne, mais en 2011, ce chiffre avait atteint 182 millions. 

Sombres statistiques, qui devraient susciter un appel à l’action immédiate des dirigeants africains pour que ceux-ci investissent davantage dans leur système éducatif et créent ainsi un environnement favorable au développement du livre. 

Hans Zell - auteur, rédacteur en chef et éditeur travaillant sur les différents aspects du développement du livre et de l’édition en Afrique – affirme : « Nombre des initiatives lancées avec grand espoir à la fin des années 80 et au début des années 90 ont été suspendues ou sont dormantes. La vague d’enthousiasme est passée. Il ne semble plus rester beaucoup d’énergie. La conviction et l’espoir du début des années 90 semblent être retombés. Les organismes d’aide internationale se sont retirés. Les politiques et priorités des bailleurs de fonds ont changé. Le climat du financement des programmes en faveur du livre est de plus en plus difficile. »

Toutefois, les choses évoluent enfin, grâce à l’ADEA et son Groupe de travail sur les livres et les matériels éducatifs (GTLME), qui se sont associés avec l'Alliance mondiale du livre (AML) et l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) pour prendre à bras le corps le problème de cette soif de lecture en Afrique. Un récent atelier conjoint à Abidjan, en Côte d’Ivoire, a rassemblé 22 pays africains dans un effort de rénovation de l’industrie du livre et de publication des livres dans les langues africaines nationales de l’ensemble du continent.

Libraires et bibliothécaires : les deux composantes essentielles de la chaîne du livre

Partout dans le monde, l’industrie du livre constitue une chaîne qui regroupe les auteurs, les éditeurs, les imprimeurs, les libraires, les bibliothécaires et les lecteurs ; l'État est, quant à lui, l’arbitre général qui gère les régimes fiscaux et les politiques appropriées. Chacun de ces acteurs a un rôle distinct, et il est essentiel que chaque membre de cette chaîne puisse remplir ses fonctions, fautes de quoi la chaîne est susceptible de dysfonctionner.

Parmi ces parties prenantes, les bibliothécaires et les libraires ont pour vocation de travailler en étroite collaboration, car leur relation est celle de l’acheteur / consommateur. Les libraires ont la responsabilité de rassembler sous un même toit tous les titres des éditeurs par souci de faciliter la référence et l’accessibilité au consommateur. Ce n’est pourtant toujours pas le cas dans la majorité des pays africains, ce qui réduit sérieusement la mise à disposition des livres pour les consommateurs.

La bibliothèque est essentielle, car elle soutient l’industrie de l’édition par ses achats. Les bibliothèques veillent également à ce que les lecteurs ou les consommateurs directs aient l’avantage de trouver aisément l’information, la connaissance et les compétences recherchées, car, comme la librairie, la bibliothèque stocke une variété de titres, et donne ainsi au lecteur la possibilité de consommer un maximum de références dans un lieu unique. Il est donc crucial que ces deux composantes de la chaîne du livre comprennent leur rôle et se complètent. Il est désormais largement admis que l’industrie du livre constitue le cœur de chaque pays, et bien qu’elle ne prétende qu’à une petite part du budget national, ses bénéfices pour l’ensemble de la nation ont de profondes répercussions à tous les niveaux.

L’importance des bibliothèques et leurs liens avec les politiques nationales relatives à la lecture et au livre

Le Manifeste sur la bibliothèque publique, adopté en 1994 par l’UNESCO et la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (IFLA), décrit la bibliothèque publique comme une force vive en faveur de l’éducation, de la culture et de l’information, et un agent essentiel pour favoriser la paix et le bien-être spirituel dans l’esprit des hommes et des femmes.

Il définit également la bibliothèque comme un centre local d’information, qui met à la disposition de ses usagers, toutes sortes d’informations. Néanmoins, cela n'est possible que si les bibliothèques sont en capacité de constituer la pierre angulaire de la démocratie au sein de nos communautés. Elles aident en effet le public à localiser toute une variété de ressources et à développer une culture informationnelle, nécessaire pour devenir des citoyens responsables et informés, et participer ainsi au processus démocratique.

C’est pourquoi le Groupe de travail de l’ADEA (GTLME), tout en œuvrant à la formulation des politiques nationales relatives au livre, sensibilise également les États et les autres parties prenantes à la nécessité d’adopter des politiques nationales appropriées en matière de lecture, afin de compléter ces politiques nationales. Celles-ci visent principalement à créer, partout dans les communautés, un environnement alphabète solide et à garantir aux lecteurs la mise à disposition des livres à un coût abordable où qu’ils vivent.

Il est dit qu’un gouvernement populaire qui n’a pas les moyens d’accéder à l’information est peu susceptible de tenir la promesse du développement auprès de ses citoyens. Les bibliothèques jouent en effet un rôle de source dans la poursuite d’une pensée indépendante et critique, de l’analyse approfondie des événements, et elles fournissent une variété d’informations au fur et à mesure de leur disponibilité. Elles agissent ainsi comme des garde-fous contre la tyrannie de l’ignorance.

Les bibliothèques garantissent, entre autres, la liberté d’expression, la liberté de lire et la liberté d’opinion. En tant qu’institutions démocratiques, les bibliothèques sont pour tous et doivent être établies partout, car elles offrent un lieu sécurisé pour le dialogue et l’engagement publics. Elles fournissent également des ressources gratuites nécessaires au public afin que celui-ci puisse s'informer et participer à chaque aspect de la gouvernance.

Par-dessus tout, elles fournissent un accès aux informations relatives à l’État afin que le public puisse suivre l’action de ses représentants élus et bénéficier des données recueillies et diffusées par les décideurs politiques. Par ailleurs, les bibliothèques servent à préparer les citoyens à leur participation civique tout au long de la vie, ce qui permet alors à ceux-ci d’encourager à leur tour le développement de la société civile.

Promouvoir des sociétés du savoir en Afrique commence au niveau individuel

La citoyenneté, c’est en effet faire des choix informés et prendre des décisions éclairées, agir aussi bien individuellement que dans le cadre d’un processus collectif. Chaque individu doit pleinement jouer son rôle en tant que citoyen actif et s'engager totalement par l'exercice de sa responsabilité morale, de ses droits et responsabilités et par son implication au sein de la communauté.

Le parcours entamé par l'ADEA dans sa collaboration avec USAID dans son projet phare, l’Alliance mondiale du livre (AML), cherche à œuvrer aux côtés des membres de la chaîne du livre et des États, au renforcement de la création, la production, la distribution, la diffusion et l’utilisation des informations, en particulier chez les enfants. Cette initiative bienvenue devrait permettre au Groupe de travail sur les livres et les matériels éducatifs de l’ADEA de contribuer à la promotion de sociétés du savoir et de l'alphabétisme dans l’ensemble du continent africain.