Le rôle de l'éducation pour les femmes et les filles dans les pays en situation de conflit ou de post-conflit

Le 19 juin est la Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit
Dans le site Bentiu (Protection of Civilians site - POC) dans Unity State au Soudan du sud, Nyapuor, 9 ans, porte une boite de nourriture vide pour s'asseoir dessus à l'école. Elle doit apporter cette boîte car il n'y a pas de banc pour elle à l'école.
CREDIT: © UNICEF/UN030156/Rich

« Je suis venu avec ma mère au POC à cause de la guerre. J'ai été très effrayée par la guerre. J'ai vu tant de blessés et des hommes tirer avec des fusils. C'était très mal. Je me sens en sécurité ici dans le POC et je veux continuer à aller à l'école. Je suis très heureuse ici. Ma matière préférée à l'école est la mathématiques. Je voudrais avoir plus de livres à lire. Cela me rendrait encore plus heureuse. »​

Ceci est le huitième billet d’une série de collaborations entre le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) et l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA)

Les effets de la guerre et des conflits touchent chaque membre de la société. Souvent, dans les situations de conflit, les structures familiales et communautaires sont démantelées, les croyances et pratiques traditionnelles manquent de sens et les droits de l’homme font l’objet de graves violations.

Au cours des conflits et en situation de post-conflit, les femmes et les jeunes filles sont davantage touchées

En cas de guerre ou de conflit, les femmes et les jeunes filles souffrent davantage que leurs homologues masculins. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), les femmes constituent 49 % du total des réfugiés dans le monde, essentiellement pour cause de conflits et, du fait de leur sexe, celles-ci rencontrent souvent davantage de difficultés que les hommes dans un contexte semblable.

Outre le fait d’être éloignées de leur famille, les femmes et les jeunes filles sont sujettes aux risques de violence sexuelle. En effet, des cas de filles victimes d’enlèvement, de viol et de mariage forcé sont souvent enregistrés. Le kidnapping en avril 2014 de plus de 200 lycéennes de la ville de Chibok, dans l’État de Borno, au Nigéria, en est un exemple marquant. L’événement a conduit à la condamnation unanime par la communauté internationale du groupe islamiste Boko Haram.    

Dans le rapport mondial de 2014 de Human Rights Watch , les filles déclarent ainsi avoir été violées et forcées à épouser les militants, voire à faire des travaux forcés au profit des membres de la secte. Le rapport souligne également qu’au moins 500 femmes et jeunes filles ont été enlevées par le groupe depuis 2009, début de l’insurrection en Afrique de l’Ouest.  

En Afrique de l’Est, une étude de 2016 menée par le Conseil de sécurité de l’ONU au Rwanda indique que les conflits sont une cause des mariages précoces signalés dans le pays. L’étude a en effet observé qu’avant le génocide de 1994, l’âge moyen du mariage pour une fille se situait entre 20 et 25 ans. Dans les camps de réfugiés pendant et après le génocide, l’âge moyen du mariage a chuté à 15 ans.

Comment les conséquences des guerres et des conflits affectent l’accès des femmes et des adolescentes aux soins essentiels

Pour les femmes et les jeunes filles, la situation empire au sortir des guerres et des conflits. Outre la détresse psychologique, elles sont chargées de subvenir aux besoins des personnes dont elles sont responsables, notamment les enfants qui sont le fruit des violences sexuelles subies. Ces circonstances limitent l’accès des femmes et des jeunes filles à des soins essentiels, tels que les soins de santé, d'éducation et les opportunités de développement personnel. Elles sont également vulnérables et font l’objet de discrimination et d’isolement de la part de leurs pairs et de l'ensemble de la société.

Sans l’éducation et la formation nécessaires, elles ne peuvent subvenir à leurs besoins et participer au marché du travail.
 

De nombreuses élèves se retrouvent incapables de s’intégrer au système formel et sont à la traîne, augmentant ainsi le taux d'analphabétisme. En réponse, une approche multisectorielle soutient et émancipe les membres de ce groupe vulnérable afin qu’elles puissent être réintégrées dans la société et y retrouver leur place.

Pourquoi l’éducation et la formation jouent-elles un rôle essentiel pour l’émancipation des femmes et des jeunes filles dans les pays en situation de post-conflit

Il a été avancé que l’enseignement technique et la formation professionnelle (ETFP) avait un impact positif considérable dans les pays en situation de post-conflit. Pour ces pays, l’ETFP comprend la formation informelle et le développement de différentes compétences, accompagnés d’un enseignement de compétences pratiques et d’une alphabétisation de base.   

Souvent, la composante relative au genre de l'ETFP dans les pays post-conflit ne constitue pas un domaine prioritaire malgré les vulnérabilités et la marginalisation des femmes et des jeunes filles. Il est nécessaire d’accorder une attention particulière aux activités visant à compenser les disparités entre les sexes (droits de l'homme, éducation, ressources et émancipation) ; à une approche économique qui réponde aux programmes économiques et de gouvernance (leadership, travail et talent) ; et à des activités axées sur l’égalité entre les sexes afin de faire des sociétés inégalitaires et touchées par les conflits des sociétés pacifiques axées sur le respect et l'égalité.

Certaines bonnes pratiques en matière d’émancipation des femmes et des jeunes filles en situation de post-conflit se trouvent notamment dans une étude de cas menée par le Forum des éducatrices africaines (FAWE) et l’Agence danoise pour le développement international (DANIDA) intitulée Economic Empowerment of Girls in Post-Conflict Situations through Technical and Vocational Education and Training (TVET) [L’émancipation économique des filles en situation de post-conflit par l’enseignement technique et la formation professionnelle (ETFP)]. Entre 2009 et 2014, cette étude de cas a pu former des centaines de filles et de femmes dans les quatre pays cibles suivants : Burundi, Libéria, Sierra Leone et Somalie.

Selon l’étude, l’émancipation des femmes et leur acquisition de nouvelles compétences professionnelles apporte aux bénéficiaires des valeurs à la fois intrinsèques et extrinsèques, des capacités augmentées et une estime de soi. Jadis défavorisées, les femmes et les jeunes filles de l’étude semblent alors capables de servir la société et de contribuer à leur émancipation socioéconomique, ainsi que de participer activement au développement de leur pays.

Partout dans le monde, on observe un intérêt croissant pour l’inclusion des femmes dans la résolution des conflits et les pourparlers de paix, le nombre de leurs représentantes étant passé de 1 % en 1999 à 9 % en 2011, tel que le reflète la Résolution 1325 (S/RES/1325) du Conseil de sécurité de l’ONU portant sur les femmes et la paix et la sécurité et adoptée le 31 octobre 2000.

Ce pourcentage reste néanmoins faible. Faisant partie des groupes les plus affectés en cas de conflit, les femmes sont les mieux placées pour proposer des solutions destinées aux victimes de violence.

Recommandations

Alors que nous commémorons aujourd'hui la Journée internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, il est nécessaire de plaider pour l’investissement dans des programmes qui contribuent à améliorer la vie des victimes de conflits et de violence.

Si l’ETFP s'est avéré utile dans les pays en situation de post-conflit sélectionnés, il est nécessaire de répliquer ces bonnes pratiques dans d’autres pays touchés par la fragilité.

Par ailleurs, l’accès et la participation des femmes et des jeunes filles aux processus de construction de la paix et de réintégration contribueront grandement à l’amélioration du statut économique et social de ce groupe marginalisé.