Pourquoi l'éducation à la paix est-elle cruciale en Afrique ?

Aujourd’hui 21 septembre marque la célébration de la Journée internationale de la paix. Examinons donc les travaux du pôle de qualité inter-pays sur l’éducation pour la paix de l’ADEA
Dorah Kitala (Debout) écoutant les discussions des apprenants à Montseraddo (Libéria) sur la manière de prévenir la violence à l’école. CREDIT: PQIP-EP

Ceci est le 9ème post publié en 2018 dans le cadre d’une collaboration née en 2017 entre l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) et le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE).

La paix, c’est l’harmonie, l’absence de conflit et le fait de vivre libre sans crainte des violences.

On retrouve cette idée dans plusieurs documents clés adoptés par la communauté internationale tels que l’Agenda 2030 pour les Objectifs de développement durable (ODD) ou l’Agenda 2063 pour le continent africain. L’ODD 16 sur la paix, la justice et des institutions efficaces prévoit ainsi : « la promotion de sociétés pacifiques et inclusives pour le développement durable, l’accès à la justice pour tous et le renforcement des institutions efficaces, responsables et inclusives à tous les niveaux ».

La Journée internationale de la paix a été créée en 1981 par l’Assemblée générale des Nations unies et coïncide avec sa séance d’ouverture. La première Journée internationale de la paix a été célébrée en septembre 1982. En 2001, l’Assemblée générale a voté à l’unanimité l’instauration du 21 septembre comme Journée annuelle de la non-violence et du cessez-le-feu.

Le thème de cette année est : « Droit à la paix – Les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme ». Il célèbre le 70ème anniversaire de ce document phare, le plus traduit dans le monde, disponible dans plus de 500 langues.

L’éducation, la clé pour mettre fin aux conflits

Ces dernières années, la question de la construction de la paix est devenue une préoccupation mondiale devant l'escalade des conflits internationaux, des guerres civiles et des formes de violence plus inquiétantes comme l’extrémisme violent.

Les conflits, quelle qu’en soit leur cause, produisent des dégâts au niveau social, affectif et mental chez les individus et les communautés, et détruisent les infrastructures des pays touchés. Par ailleurs, le nombre de réfugiés et de personnes déplacées internes nécessitant un refuge, une protection et un soutien augmente à une vitesse alarmante.

Un effondrement social, une instabilité sociale et une pauvreté endémique contribuent souvent aux conflits et à la fragilité, tout en en constituant des conséquences. Les individus vulnérables d’une société sont particulièrement touchés. Des compétences psychosociales sont donc nécessaires à la réparation et la réadaptation.

L’Afrique étant touchée par les effets néfastes de la guerre, il est urgent et nécessaire de soutenir et protéger les personnes vulnérables, déplacées et marginalisées et de mettre fin aux souffrances causées par la violence et la vengeance. Selon les mots de la célèbre éducatrice Maria Montessori : 

« Établir la paix durablement est le travail de l'éducation. La politique ne peut qu’éviter la guerre. » 

L’éducation joue donc un rôle clé pour mettre fin au cycle de violence dans le monde. Un survivant du génocide du Rwanda a déclaré : « Quand la guerre a éclaté, l’éducation était mon seul moyen de fuir. »

Qu’est-ce que le PQIP-EP de l’ADEA ?

Le pôle qualité inter-pays sur l’éducation pour la paix (PQIP-EP) a été formé suite à une conférence ministérielle organisée par l’ADEA en juin 2004 pour les États touchés par la fragilité ou post-conflits. La conférence a donné lieu à un communiqué signé par 20 pays africains.

Celui-ci engageait les ministres de l’éducation à « utiliser leur système éducatif respectif comme agence et force pour la construction de la paix, la prévention et la résolution des conflits et la construction de la nation. ».

En soutien à cette vision du rôle de l’éducation dans la construction, le maintien et la promotion de la paix, l’ADEA a formé un pôle qualité inter-pays consacré à l’éducation pour la paix. La raison d’être de ce pôle qualité a été réaffirmée par une deuxième assemblée organisée pour les ministres de l’éducation africains par l’ADEA à Istamboul en avril 2009, à l’occasion de la Consultation mondiale du Réseau interinstitutionnel pour l’éducation dans les situations d’urgence (INEE).

En septembre 2009, la première réunion du PQIP-EP a été organisée et financée par l’ADEA, en collaboration avec le Ministère de l’Éducation du Kenya, qui dirige toujours ce PQIP essentiel. Depuis lors, le PQIP-EP a renforcé sa coordination et développé un plan stratégique au sein de la stratégie élargie de l’ADEA.

Le rôle clé du PQIP sur l’éducation pour la paix en Afrique

Le PQIP-EP est un catalyseur pour le dialogue intra-national et les partenariats, car il permet aux pays africains de formuler et mettre en œuvre des politiques et des stratégies d’éducation pour la paix dans les systèmes éducatifs africains en créant avec les parties prenantes des partenariats innovants, réactifs et stratégiques.

L’éducation pour la paix n’est pas seulement une solution aux conflits et à la violence, mais également une mesure proactive de construction et de maintien de la paix.

Reconnaissant le pouvoir de transformation de l’éducation et son impact sur ces questions et pour empêcher les violences, l’ADEA et ses partenaires cherchent à jouer un rôle de pilier dans la promotion du dialogue politique et du développement de politiques et de pratiques efficaces pour pacifier les sociétés africaines.

Aujourd'hui, le PQIP-EP copréside, avec Save the Children, le Groupe sur la Paix et l'Éducation de l’Union africaine. Par ailleurs, le PQIP-EP a récemment achevé ses travaux au Kenya et au Libéria sur La Prévention et la gestion des formes de violence émergentes dans les institutions pédagogiques (PGVE).

Les objectifs de l'intervention étaient les suivants :

  • Traiter les facteurs des formes de violence émergentes au sein des communautés scolaires
  • Développer des orientations de mise en œuvre spécifiques au pays en prévention et en gestion des formes de violence émergentes dans le secteur de l’éducation
  • Développer les matériels pédagogiques destinés à être utilisés par les écoles pour la prévention et la gestion des formes de violence émergentes dans le secteur de l'éducation
  • Renforcer les capacités des établissements scolaires à mettre en place des mesures de prévention des formes de violence émergentes dans les communautés scolaires
  • Diffuser les connaissances et compétences en matière de prévention et de gestion des formes de violence émergentes parmi les élèves.

Le Kenya et le Libéria font la part belle au dialogue entre les éducateurs, les parents et les élèves

Les principaux livrables de ce programme comprenaient un bilan détaillé de l’évaluation de la situation, des orientations nationales et des matériels pour le renforcement des capacités. Au Kenya, l’intervention a déjà été testée dans des écoles sélectionnées pour renforcer leurs capacités à traiter et gérer les formes de violence émergentes. Le Libéria va bientôt lancer un autre programme pilote.

Au Kenya, le Ministère de l’Éducation et le PQIP-EP ont coordonné le programme en collaboration avec Lifeskill Promoters (qui ont développé les matériels) et d’autres acteurs tels que la Commission nationale de Cohésion et d’Intégration (NCIC) et le Centre national contre le terrorisme (NCTC).

Le programme a été structuré en différentes phases, du bilan d’évaluation de la situation et du développement des orientations au développement du matériel de formation et d'un programme pilote dans 14 écoles de sept pays. Grâce au programme, un total de 145 enseignants, 93 parents, 116 membres du personnel non enseignant et 289 éducateurs pairs ont été formés.

Grâce aux éducateurs pairs, 6 141 élèves ont été contactés au moyen de forums de dialogue. Chaque élève a en outre participé à un minimum de 10 forums de dialogue, qui les ont dotés de compétences pour la prévention et la gestion des formes de violence émergentes, notamment la prévention de l’extrémisme violent.

Au Libéria, le Ministère de l’Éducation et le PQIP-EP ont coordonné le programme. Les Associés pour le développement africain (ADEAS), une organisation non gouvernementale a été recrutée pour mener l'évaluation de la situation sur les formes de violence émergentes.

Le Mouvement des Jeunes pour l’action collective (YMCA) a été recruté pour développer des matériels de formation et de renforcement des capacités destinés aux agents de l’éducation, aux administrateurs scolaires et aux éducateurs pairs. Ce programme a été mené dans trois pays.

Grâce à l’intervention, un total de 84 agents de l’éducation, administrateurs scolaires et enseignants ont été sensibilisés à la Prevention et la gestion des formes de violence émergentes dans les institutions pédagogiques (PGVE), et 63 éducateurs pairs ont été formés. De plus, les acteurs et experts qui avaient pleinement mis en œuvre le programme au Kenya en 2017 ont été envoyés à Monrovia, au Libéria, en mai 2018 pour apporter une aide au suivi de la formation sur la PGVE. 

Perspectives

Afin de continuer à progresser sur la voie de ses objectifs élargis, le PQIP-EP compte entreprendre les activités suivantes :

  1. Un dialogue politique avec les ministres de l’éducation des pays touchés par les conflits et les crises et les autres partenaires et parties prenantes pertinents ;
  2. Des initiatives de renforcement des capacités, de création et partage de connaissances sur les pratiques prometteuses pour la construction de la paix dans et par l’éducation ;
  3. La facilitation des échanges intra-africains pour créer un réseau d’acteurs de l’éducation ayant une expertise en matière d’éducation pour la paix ;
  4. Des consultations avec les acteurs de la société civile, afin de les impliquer dans les processus de dialogue politique, les initiatives de développement des capacités et le réseau intra-africain pour veiller à traiter les écarts entre politique et expérience.

Le PQIP sur l’éducation pour la paix continuera à veiller de façon proactive sur la construction de sociétés africaines pacifiques grâce à la promotion de la paix, de l’éducation et du développement comme moyens de prévention des conflits et des crises.

Enfin, comme le déclarait feu Kofi A. Annan, ancien Secrétaire-général de l'ONU :

« L’éducation est tout simplement un autre terme pour désigner la construction de la paix. C’est la meilleure forme de dépense qui soit en matière de défense. Il faut faire des efforts pour sauvegarder la prospérité des effets nuisibles de la guerre et des conflits. »

Grâce à l’éducation pour la paix, tentons de faire émerger davantage de dirigeants de son envergure.