Financement de l'éducation en Afrique : L'engagement souhaité

La « Promesse de l’éducation »

L’éducation est un droit inaliénable de chaque être humain. Elle renferme la promesse de libérer toutes les populations du joug de l’ignorance, de la pauvreté et de la marginalisation sociale et les dote de capacités leur permettant de construire leur propre avenir et d’être des vecteurs du développement de l’entreprenariat, de l’innovation et de la citoyenneté mondiale. L’éducation renferme la promesse d’améliorer de « façon intrinsèque et déterminante » les capacités humaines, la dignité et le bien-être individuels sans lesquels il ne saurait y avoir de développement national significatif, de progrès social ni de transformation du monde. 

Accorder la priorité au financement de l’éducation

De par sa jeunesse, la population africaine peut constituer un « dividende démographique » si et seulement si elle bénéficie d’une éducation de qualité et est dotée de compétences appropriées. Environ 133 millions (soit plus de 50 %) des jeunes en Afrique subsaharienne sont illettrés (Perspectives économiques en Afrique, 2013). Pour atteindre les objectifs des agendas mondiaux et continentaux de repositionnement de l’accès, de l’équité, de l’éducation de qualité et du perfectionnement des compétences comme moteurs clés de la croissance inclusive et du développement durable, les pays africains doivent, bien plus que les autres régions en développement, consentir un certain niveau d’investissement prévisible et durable dans l’éducation. Si un certain nombre d’initiatives de financement de l’éducation existent aux niveaux mondial et continental, celles ci ne répondent pas à la diversité des besoins des pays africains, ni n’assurent pleinement une accessibilité aisée, la durabilité et l’inclusivité. En outre, la prospérité, l’indépendance, l’autosuffisance et la dignité de l’Afrique ne peut provenir d’ailleurs. Il incombe au continent de les assurer lui-même (Président Paul Kagame).

Le Fonds africain pour l’éducation (FAE)

La vision de l’Afrique d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène internationale » ne peut se concrétiser que si les pays africains dotent leurs citoyens des compétences du 21e siècle, pour une société fondée sur la connaissance dans un contexte mondialisé et concurrentiel. 

Le Fonds africain pour l’éducation est une stratégie et un mécanisme uniques impulsés par l’Afrique, pour relever le gigantesque défi que représente le financement de l’éducation. Ce mécanisme de financement, qui sera conçu, dirigé et géré par les Africains, est impératif pour transformer les systèmes d’éducation et de formation en Afrique, afin de libérer le plein potentiel humain du continent et de créer des opportunités durables pour les populations africaines, leur permettant ainsi d’acquérir des compétences de pointe et de soutenir efficacement la concurrence dans l’arène économique et technologique mondiale. Le FAE n’a pas vocation à se substituer, mais à compléter ; non à concurrencer, mais à collaborer ; ni à être mutuellement exclusif, mais à inclure mutuellement les mécanismes de financement existants aux niveaux national et international.

Le consensus

Le Fonds africain pour l’éducation est une vision que de nombreuses parties prenantes intéressées par l’éducation en Afrique ont eue, mais n’ont pu réaliser. Ce n’est plus un mirage. Il lui a même été donné vie et voix aux plus hauts niveaux politiques lors de la Triennale de l’ADEA qui s’est tenue à Dakar (Sénégal) au mois de mars 2017 sur le thème « Revitaliser l’éducation dans la perspective du Programme universel 2030 et de l’Agenda 2063 pour l’Afrique » : de S.E. Macky Sall, président de la République du Sénégal au Dr. Akinwumi A. Adesina, président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), en passant par les Envoyés spéciaux respectifs du président de la Gambie et du président de la République d’Angola, plusieurs ministres africains, le Vice-président des opérations sectorielles de la Banque islamique de développement (BID) et l’administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ainsi que d’autres parties prenantes, il s’est dégagé le consensus sur le fait que le FAE est devenu impérieux pour une transformation réelle et durable des systèmes africains d’éducation et de formation.

Le dernier mot vous revient

Comme par le passé, l’Afrique sera à la traîne par rapport aux autres régions dans le cadre de la quatrième Révolution industrielle, si elle ne dispose pas de capital humain hautement qualifié. S’il existe plusieurs mécanismes de financement de l’éducation, on observe néanmoins une pénurie de fonds pour atteindre les objectifs de l’éducation en Afrique. On note également beaucoup de discours sur le potentiel qu’ont les initiatives existantes pour répondre aux besoins de l’éducation en Afrique, mais la réalité des faits ne concorde pas avec ces discours. La vérité est que le mécanisme actuel de financement de l’éducation ne peut, à lui tout seul, répondre aux besoins du continent africain dans le domaine de l’éducation. Les initiatives ne peuvent pas être transformées en ce dont l’Afrique a besoin parce qu’elles visent des objectifs divergents.

Le Fonds africain pour l’éducation sera entièrement consacré à l’agenda de transformation de l’éducation en Afrique. Cela permettra à l’Afrique de produire des générations de citoyens innovants, dotés d’un esprit d’entreprenariat et ouverts au monde, qui prospéreront et feront de l’initiative « Africa Rising » une réalité. C’est un fonds d’éducation pour les Africains, créé par les Africains, et qui trouve un écho favorable auprès de l’Afrique. 

Nous connaissons les défis auxquels nous nous sommes confrontés et nous en avons la solution ; tout ce dont nous avons besoin, c’est le courage et l’engagement pour que l’alchimie s’opère. L’appel spécial de l’ADEA aux éminents et distingués chefs d’État et de gouvernement africains est donc de bien vouloir entériner la création du Fonds africain pour l’éducation. Il est temps de changer le cours des choses par une décision historique et cruciale. Excellences, en prenant une telle décision, vous laisserez derrière vous un héritage indélébile dans les annales de l’histoire de l’éducation en Afrique. Seules la solidarité et l’unité d’action nous permettront d’ouvrir un avenir meilleur et plus radieux à tous les citoyens africains et à la postérité.