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[Image : Lettre d'information de l'ADEA]

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Education, pédagogie, communication

L'ADEA a lancé le programme COMED (Communication pour l'éducation et le développement) parce qu'elle est convaincue que l'éducation et la communication sont intrinsèquement liées et qu'elles s'abreuvent, à bien des égards, aux mêmes sources. Elles partagent la même ambition – transmettre l'information et le savoir.

L'éducation s'intéresse à la formation cognitive et sociale des enfants et des jeunes adultes. Ce processus implique, la plupart du temps, la transmission d'informations, de savoirs et de compétences (mais aussi de valeurs) en direction des apprenants. Les systèmes éducatifs et les éducateurs s'adressent à des personnes – à toutes, c'est du moins ce que l'on espère – mais sur une base hautement organisée, adaptée aux masses. Cela exige que le système soit organisé et géré et qu'il offre ses services à tous les enfants en âge scolaire. Les défis sont immenses. Toute la société est concernée – chacun veut le meilleur pour ses enfants et beaucoup ont un avis sur la façon de relever ces défis, sur qui devrait le faire et à quel coût. Très vite, et sans effort particulier, l'éducation devient un sujet politique.

La communication concerne également la transmission d'informations et, parfois, de savoirs. Dans nos sociétés d'aujourd'hui, cela se produit de plus en plus souvent (mais pas uniquement) à l'échelle des masses, au travers des journaux et des médias électroniques. Cela dit, la communication de masse est organisée d'une tout autre manière que l'éducation. Elle ne se préoccupe pas du développement futur des individus ni des sociétés, et le sens qu'elle a de sa responsabilité sociale est totalement différent. La communication de masse est utile ici et maintenant ; l'éducation travaille pour l'avenir.

De surcroît, nos actuelles sociétés de masse ont développé un lien symbiotique entre l'éducation et la communication. Ce constat prend tout son sens lorsqu'on regarde le marché des entreprises de communication. La plupart des formes de communication de masse, surtout écrites, visent une clientèle éduquée, cible idéale de ces entreprises. Cependant, pour pouvoir éduquer à l'échelle des masses, les systèmes éducatifs et leurs responsables doivent communiquer avec leur public, au sens le plus large : parents et contribuables, mais aussi ces groupes plus directement concernés que forment les enseignants (ils représentent en général la majorité de la force de travail d'un pays) et les étudiants – chacun ayant le plus souvent ses propres revendications sur les ressources dont dispose un système éducatif. Notre défi est d'apprendre à réunir ces forces et ces contraintes pour que le développement de l'éducation bénéficie de la puissance et du rayon d'action des vecteurs et des pratiques de la communication.

Nous commençons à comprendre que la réussite des politiques et des réformes éducatives dépend souvent de la capacité des responsables des systèmes éducatifs et des décideurs à communiquer efficacement au sujet de leurs politiques, programmes et propositions. Ce point ressort clairement des études de cas réalisées pour le Bilan prospectif de l'ADEA, présentées et discutées lors de notre biennale de Johannesburg en 1999. Citons en exemple le recours systématique à des stratégies de communication par les ministres de l'éducation de la Guinée et du Sénégal, pour promouvoir leurs politiques respectives de redéploiement des enseignants et de recrutement d'enseignants volontaires. Ces cas illustrent l'efficacité de la communication pour promouvoir des mesures politiquement difficiles, qui sont parvenues à améliorer de manière sensible les taux de scolarisation dans le primaire.

Mais la portée de la communication dépasse ce cadre. Nos sociétés de masse sont de plus en plus démocratiques et pluralistes. Un nombre croissant de voix diverses – toutes concernées par l'éducation – souhaitent être entendues. Elles exigent davantage de transparence et de responsabilité. C'est dans un tel contexte que nous formons des vœux pour une éducation pour tous, équitable et de qualité.

L'ADEA l'a bien compris, et c'est la raison pour laquelle elle a mis au point, avec la Banque mondiale et le Fonds fiduciaire norvégien pour l'éducation, le programme COMED. Ses principaux objectifs sont de permettre aux journalistes de mieux comprendre l'éducation, et aux responsables de la communication des ministères de l'éducation, de mieux comprendre les tenants et aboutissants de la communication. La Lettre d'information se consacre pour la deuxième fois à ce programme (cf. le Volume 11, N° 2, avril-juin 1999). Nous faisons état des résultats obtenus à ce jour, des enseignements tirés de nos travaux et du chemin qui reste à parcourir [cf.page 3].

Ce que nous avons appris

Nous avons, de fait, beaucoup appris sur l'importance de la tâche et sur les difficultés inhérentes. Ainsi, en travaillant avec les responsables de la communication dans les ministères de l'éducation et les journalistes spécialisés en éducation, nous avons mieux appréhendé l'étendue des frustrations qui perturbent les relations entre ministères et médias, et la nécessité de les surmonter. L'article du professeur Opubor se fait l'écho de ces discussions [cf. page 6].

Nous savons désormais que la disponibilité de l'information, surtout d'une information fiable que les médias jugeront dignes de figurer dans la presse (c'est-à-dire une information compatible avec leurs intérêts économiques), est cruciale pour le développement des capacités de communication en éducation. Nous avons réalisé que l'information fournie par les systèmes d'information pour la gestion et l'évaluation de l'éducation est primordiale. Cela concerne l'information en tant que telle, et son niveau d'accessibilité pour les journalistes. C'est pour cette raison que l'ADEA a répondu favorablement à la demande de journalistes sénégalais souhaitant l'organisation d'un atelier sur les statistiques de l'éducation à destination des journalistes.

Enfin, et ce n'est pas le moindre de nos constats, nous acquérons une meilleure compréhension des liens qui existent entre la communication pour l'éducation et la bonne gouvernance des secteurs éducatifs. Cette gouvernance va bien au-delà des ministères de l'éducation : elle touche également la société civile et les parlements des pays. L'article relatant l'expérience de la Commission pour l'éducation de l'Assemblée nationale du Bénin illustre clairement ce point [cf. page 11].

La communication – son rayon d'action, ses processus et les vecteurs par lesquels elle prend forme – se mondialise de plus en plus. En Afrique, les gens écoutent ou regardent de plus en plus les BBC, RFI, CNN ou autres réseaux mondiaux qui, dans certains cas, évincent les sources nationales d'information. Cela a des conséquences sur les nouvelles et la communication de nature locale. Nous devrons apprendre à réconcilier les besoins nationaux de communication avec les nouvelles réalités mondiales. L'une des réponses à ce défi pourrait être d'accueillir, dans notre réseau, des acteurs privés internationaux et de développer des partenariats avec eux.

Nous apprenons à mesure que nous avançons. Les enjeux sont immenses car il s'agit, au bout du compte, de l'efficacité du changement dans l'éducation et de la capacité de réponse et d'adaptation des systèmes éducatifs à leur environnement.


Richard Sack
Secrétaire exécutif de l'ADEA



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modifiée : le 14 mars 2001