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[Image : Lettre d'information de l'ADEA]

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Bénin : Une expérience de démocratie directe en éducation

En mai dernier, la Commission pour l'éducation, la culture, l'emploi et les affaires sociales de l'Assemblée nationale du Bénin a entrepris une vaste tournée dans le pays afin de recueillir les opinions de la population sur un projet de loi. Cette expérience, inédite au Bénin, nous est rapportée par un consultant en communication qui a participé à la consultation nationale.

Les projets de loi votés au parlement donnent souvent lieu à des enjeux au cours desquels les élus s'activent sous le regard de l'opinion publique absente d'un débat auquel elle n'est d'ailleurs pas conviée : « Elisez-nous, et nous ferons le reste » semblent dire les élus.

La consultation nationale sur un projet de loi concernant l'éducation, initiée du 8 au 31 mai dernier par la Commission de l'éducation, de la culture, de l'emploi et des affaires sociales de l'Assemblée nationale du Bénin, prend à contre pied cette idée.

La Commission a organisé, avec le soutien financier de l'ADEA, une consultation auprès de tous les acteurs internes et externes de l'éducation nationale dans les douze départements du Bénin. Cette consultation a été pour les députés et les acteurs de l'éducation, une occasion de dialogue et un exemple de démocratie directe qui renforcent l'expérience politique au Bénin. S'il était voté, le projet de loi en question remplacerait l'ordonnance de 1975 qui demeure l'instrument juridique qui régit le système éducatif béninois.

La stratégie de communication

Le but de cette consultation était d'informer et de sensibiliser l'opinion publique sur le projet de loi portant sur l'orientation de l'éducation nationale et de recueillir les suggestions, les opinions, et les préoccupations des acteurs et partenaires du système éducatif.

Tenues dans des écoles, lycées et universités du pays, les séances de travail de la consultation ont été préparées par les directeurs départementaux de l'éducation. Les représentants des acteurs de l'éducation invités (élèves, étudiants, syndicats, parents d'élèves, ONG) sont venus en grand nombre (une centaine de personnes en moyenne) aux différentes étapes de la consultation.

Les séances de travail commençaient généralement par la lecture du projet suivie d'une discussion autour des textes de loi. Cette démarche, loin d'être fastidieuse, offrait l'occasion aux participants de se familiariser avec les procédures en vigueur à l'Assemblée nationale.

A l'issue de cette discussion, un procès-verbal recueillant les propositions, suggestions et opinions exprimées, a été rédigé conjointement par le secrétariat de la Commission et un représentant des participants. Il sera étudié au sein de la Commission et les amendements apportés au projet de loi seront discutés en séance plénière à l'Assemblée nationale. Un représentant par département des groupes ayant participé à la consultation sera convié pour suivre le débat.

Les médias tenus à l'écart

Un aspect de la stratégie de communication visait à maintenir les media à l'écart de la consultation. Il s'agissait durant cette campagne, non pas de communiquer sur la perception des différentes sensibilités politiques représentées à l'Assemblée nationale, mais sur des valeurs communes partagées par toute la nation : le droit à l'éducation et les moyens de se l'approprier dans des conditions acceptables pour tous. Il était par ailleurs utile de démontrer qu'une réflexion, un travail approfondi et un événement politique sont un acte de communication qui peut exister hors des média.

Habitués au feu de la rampe et aux néons des media, les locataires du Palais des Gouverneurs, l'Assemblée nationale, ont été quelque peu surpris par cette nouvelle stratégie. « Où sont les journalistes ? » entendait-on à Parakou à l'heure du déjeuner.

Quelques impressions recueillies

Hormis les maux dont souffre l'éducation en Afrique (manque de moyens financiers, qualification insuffisante des enseignants, années blanches, faible scolarisation des jeunes filles, etc), les différentes observations des participants, dans l'étude du projet de loi, se situent au niveau de leurs aspirations à se doter d'un cadre fonctionnel et opérationnel qui réponde aux besoins éducatifs fondamentaux définis par la Constitution.

Ainsi par exemple, à Parakou, situé dans le département du Borgou, dans le Nord du pays, les parents d'élèves ont soulevé le problème d'accès aux universités, situées dans le sud. A Cotonou et à Porto-Novo les enseignants s'estiment interpellés par la concurrence que constituent les media. Ils sont horrifiés par les feuilletons brésiliens et mexicains sur les écrans des télévisions locales qui véhiculent selon eux, des valeurs négatives. Ils jugent déplacés les vidéo clip de musique congolaise qui pervertissent les bonnes mœurs. Malheureusement, ils n'ont pas conscience de l'opportunité que leur offre ces « concurrents » pour faire évoluer la qualité de leur enseignement. Selon la représentante de l'ONG Aide et Action, un autre problème mine l'éducation au Bénin: c'est l'inadéquation de l'enseignement et de la formation au marché de l'emploi, dans un environnement où l'informel prévaut. L'éducation forme aujourd'hui de plus en plus de diplômés sans emploi. Plus grave, est l'absence de réflexion sur la place des nouvelles technologies de l'information et de la communication (informatique et internet, notamment) dans l'éducation. La refondation de l'école béninoise est une des préoccupations exprimées par les universitaires.

Dialogue et consensus, les deux piliers de la démocratie au Bénin

Depuis 1990, le Bénin a ouvert un espace où des hommes et des femmes, des associations et des ONG ont vécu dans une « cohabitation civilisée ». La recherche d'un consensus et d'un dialogue permanent a été à la base de la vie politique au Bénin depuis près de dix ans. C'est ce climat qui a prévalu tout au long de la campagne de sensibilisation.

La consultation a été un parfait exemple des qualités conquises par tout un peuple et ses élus à la Conférence nationale. L'enjeu que constituent aujourd'hui au Bénin l'éducation et la formation a permis par ailleurs d'instaurer un dialogue démocratique entre les élus et les participants.

Enfin, les propositions, amendements et suggestions des participants ont donné un nouvel élan à la réflexion autour de la problématique de l'éducation.

La composition hétérogène de la commission était en outre un gage de non-politisation du débat et l'occasion d'un véritable dialogue avec le pays. C'était la première fois que des élus de différentes tendances politiques faisaient campagne ensemble sur un même thème. Ce fut également l'occasion, pour les deux parties, d'établir un vrai dialogue sur un sujet monopolisé jusqu'ici par les spécialistes de l'éducation. Considérée comme une innovation, cette procédure de consultation fut saluée par toute l'Assemblée nationale. Elle fut suivie de près par toutes les autres commissions de l'hémicycle.

Conclusion

Autrefois, nombre de décisions politiques ont souvent présupposé l'inexistence d'une opinion populaire qui pourrait être utilisée pour étayer les décisions politiques. Depuis la Conférence nationale de 1990, la classe politique a intégré la communication comme un outil de gestion. Elle reconnaît l'opinion publique comme un partenaire indispensable à la bonne gouvernance.

La consultation a été, par son existence-même, un vecteur de communication. En effet, solliciter l'opinion de la population en dehors des périodes de campagnes électorales constitue une révolution au Bénin. En dépit de quelques difficultés rencontrées dans l'organisation de cette consultation, les participants ont joué le jeu. Ils ont compris le sens que les membres de la commission avaient voulu donner à la consultation. Les députés se sont également rendu compte que légiférer entre quatre murs en offrant l'image peu reluisante des empoignades verbales dont l'hémicycle est coutumière, c'était encourir le risque d'une remise en cause par le gouvernement des amendements apportés au texte de loi et de l'instauration de discussions interminables.

Peut-être ce type de consultation serait-elle plus courante si, au lieu de se substituer à l'opinion elle-même, les députés accordaient un peu plus de place à cette forme de communication qui cherche à comprendre et à intégrer les contradictions, les discontinuités ou les difficultés de construction de l'avenir.

Il faut espérer à l'avenir que les rencontres entre élus et gouvernés renforceront ainsi la démocratie au Bénin.


Justin Dovoedo
Consultant en Communication Image et Strategie Cotonou, Benin



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modifiée : le 14 mars 2001