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Ouganda : Des programmes de communication pour lutter contre le SIDA

En Ouganda, grâce à la détermination du gouvernement et à sa rapidité de réaction, le taux d'infection du SIDA dans les villes a sensiblement baissé. Le ministère de l'Education et des Sports a pris des mesures contre le SIDA dès 1986. Parmi celles-ci, des messages médiatiques en direction des jeunes et l'introduction dans les programmes scolaires de nombreuses activités pour sensibiliser les écoliers au SIDA. Le ministère développe aujourd'hui un plan d'éducation et de communication d'envergure comprenant toute une panoplie de projets et d'actions médiatiques.

En frappant les apprenants, les enseignants et les administrateurs, l'épidémie de SIDA a eu des effets considérables sur l'ensemble de l'environnement scolaire. La transmission de la maladie se fait essentiellement lors de relations hétérosexuelles, et l'on sait maintenant que les risques de contamination, chez les femmes âgées de 15 à 24 ans, sont jusqu'à six fois plus élevés que chez les hommes du même groupe d'âge. Environ 54% des cas déclarés de SIDA le sont chez des femmes. Le SIDA est la quatrième cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans et, sauf à enrayer l'épidémie, les taux de mortalité infantile devraient augmenter de 70%, (100% pour les enfants de moins de cinq ans). Le nombre d'enfants des rues s'est considérablement accrû, et – sur un total de 1,9 million d'orphelins – on estime à environ 1,5 million ceux qui le sont du fait du SIDA.

Malgré tout, certains signes montrent que la campagne de sensibilisation, très active, commence à porter ses fruits. Comment l'Ouganda en est-il arrivé là ? Que fait-il pour s'assurer que sa campagne atteint bien toutes les zones de l'éducation formelle et non formelle ?

Des actions précoces

Le ministère de l'Education et des Sports a lancé ses premières actions de prévention contre le SIDA en 1986. Elles ont consisté, entre autres, en des messages relayés par les médias en direction des jeunes, en l'introduction du SIDA dans les programmes scolaires d'éducation à la santé du primaire, en une activité théâtrale impliquant plus de 8 500 écoles primaires dans tout le pays et en d'autres spectacles traduits dans douze langues indigènes. Vers 1995, un programme d'enseignement pour les écoles secondaires et des documents écrits pour les écoles primaires ont été élaborés. L'introduction de l'éducation primaire pour tous (EPT) en 1997 a signifié que la plupart des enfants étaient scolarisés et pouvaient être mis en contact avec les informations et les activités liées à la question. Les années 1995 à 2000 ont vu le lancement d'un programme d'éducation à la vie destiné à aider les adolescents à prendre des décisions en toute connaissance de cause et à opter pour un comportement plus sain.

Faire coïncider la fin et les moyens : objectifs, résultats et stratégies

Ces activités précoces ont évolué jusqu'à constituer, pour l'Ouganda, un document détaillé de politique basé sur la consultation d'un large éventail de parties prenantes et présentant un cadre d'action et un plan d'action nationaux pour le SIDA. Le ministère de l'Education et des Sports a joué un rôle primordial en définissant les objectifs et en favorisant les stratégies permettant de les atteindre.

Le plan de communication et d'éducation du ministère énumère pour les cinq prochaines années neuf objectifs dans la lutte contre le SIDA :

  • mettre au point et implanter des politiques efficaces dans le secteur ;
  • intensifier les stratégies de plaidoyer en faveur des droits de l'enfant et de leurs besoins dans le contexte du SIDA ;
  • intégrer le SIDA dans les programmes scolaires, aussi bien dans tous les établissements d'enseignement publics que dans les lieux non formels ;
  • promouvoir dans les collèges une formation des enseignants basée sur les compétences ;
  • promouvoir une éducation au SIDA, des activités de conseil et un soutien aux services de santé dans tous les établissements d'enseignement et à tous les niveaux ;
  • prendre en charge les orphelins du SIDA ;
  • construire des partenariats avec les communautés et les ONG et entreprendre des activités conjointes de communication et d'éducation ;
  • encourager la recherche sur divers aspects du SIDA et sur ses conséquences sur l'éducation et les secteurs connexes ;
  • promouvoir la planification conjointe, la coordination, le contrôle et l'évaluation des actions menées contre le SIDA dans le secteur de l'éducation.

Chaque grand objectif est accompagné d'une formulation plus précise des résultats attendus et d'une liste des stratégies qui permettront de les atteindre.

En définissant les résultats attendus, le ministère de l'Education et des Sports fixe souvent des objectifs quantifiables. Le plan prévoit, par exemple, que d'ici 2005-06, au moins 90% des instituts de formation des enseignants devront avoir introduit dans leur programme des modules basés sur les compétences SIDA. Il précise aussi que d'ici 2005-06 également, au moins 50% des établissements ougandais d'enseignement devront avoir introduit des plans de prise en charge et de soins pour les orphelins du SIDA, et que 80% de ces établissements devront avoir introduit des services de conseil et de soins. Il propose qu'au moins cinq études de fond sur les différents aspects du SIDA dans le secteur éducatif soient entreprises à l'issue de la période de planification.

Les listes des stratégies proposées pour atteindre ces objectifs sont précises et détaillées. Elle tendent à suivre un schéma commun, commençant par des consultations ou tout autre processus d'évaluation des ressources existantes ou d'identification des besoins ; elles passent ensuite à la mise au point des matériels, des activités et des canaux nécessaires à la transmission des messages et s'achèvent par un exercice d'évaluation. Le plan d'action démarre par toute une série de projets créatifs et d'événements médiatiques considérés comme étant de bons vecteurs de communication. Cela inclut des ateliers, la mise au point de kits et de modules de formation, des concours pour le meilleur article ou la meilleure représentation, le recours à la télévision, à la radio et à la vidéo, des groupes de pression et des activités de prospection, des T-shirts et des récompenses, la révision des programmes scolaires, des campagnes de presse, des débats nationaux, l'implication des parents et des projets menés conjointement avec des organisations communautaires.

Procéder à un bilan et avancer

Dans son rapport sur les activités entreprises pour lutter contre les conséquences du SIDA, le ministère ougandais de l'Education et des Sports décrit un certain nombre d'obstacles rencontrés en chemin. Outre le sentiment trompeur de sécurité et de l'inutilité de mesures d'urgence qui a accompagné la première période d'incubation de l'épidémie, les responsables de l'élaboration de stratégies ont traité le virus comme un « simple » problème de santé, et le ministère de l'Education n'a guère été impliqué. De plus, de pressantes questions d'économie et de sécurité (dont le service de la dette, les programmes d'ajustement structurel et même la survie au jour le jour), préoccupaient souvent davantage les hommes politiques.

Des enquêtes récemment menées par le ministère de la Santé indiquent que les attitudes et les pratiques sont en train de changer, et dans le bon sens. L'âge moyen du premier rapport sexuel a augmenté, le nombre moyen de partenaires occasionnels a chuté, et davantage de gens utilisent les préservatifs. La contamination est véritablement sur la pente descendante, et cela semble lié aux évolutions des comportements à risque. Le taux de contamination dans les zones urbaines a diminué, surtout chez les femmes enceintes venant en consultations prénatales. L'expérience de l'Ouganda montre que la capacité du pays à lutter contre le SIDA est en train de se renforcer et que les plus grands obstacles sont désormais surmontés. Grâce à des stratégies actives qui soulignent la nécessité d'une communication permanente et à des actions éducatives à tous les niveaux, le cadre stratégique et le plan d'action national de lutte contre le SIDA de l'Ouganda laisse augurer d'un avenir moins sombre.


Florence Malinga
Directeur, Education et planification
Ministère de l'Education et des Sports
Ouganda



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modifiée : le 14 mars 2001