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[Image : Lettre d'information de l'ADEA]

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Guinée : une stratégie de communication pour accompagner le redéploiement des enseignants

En 1992-93, la Guinée a procédé au redéploiement de son personnel enseignant, opération qui a permis, sans coûts supplémentaires, d'augmenter les taux de scolarisation dans les écoles, aussi bien urbaines que rurales. Cette initiative est décrite dans une publication de l'ADEA parue en 1995, intitulée « Le redéploiement des enseignants en Guinée ». Un nouveau chapître de la deuxième édition expose les points forts de la stratégie de communication mise en œuvre par le ministère de l'Education et de l'Enseignement pré-universitaire pour accompagner l'opération du redéploiement.

L'expérience montre qu'il ne suffit pas que les autorités nationales soient favorables à une politique pour qu'elle soit automatiquement acceptée par le grand public, surtout si elle s'accompagne d'actions impopulaires. Il était donc crucial que cette donnée soit bien intégrée au moment du redéploiement du personnel enseignant en Guinée : il était indispensable que la population accepte ce programme gouvernemental, surtout les enseignants, qui s'estimaient brimés. C'est pourquoi le choix d'une stratégie capable d'entraîner l'adhésion de tous a été primordial.

Le plan de communication

Le gouvernement a mis au point une stratégie de communication à laquelle devaient souscrire toutes les personnes directement impliquées, à tous les niveaux administratifs : central, intermédiaires et décentralisés. Cette stratégie s'articulait, en gros, autour de deux axes principaux :

Premier axe - Le plan de communication, qui faisait partie intégrante des mesures d'accompagnement prises pour la mise en œuvre du programme. Il visait les groupes impliqués dans le programme :

  • les enseignants concernés par le redéploiement (enseignants du secondaire, personnel en surnombre dans les écoles primaires et administrateurs) ;
  • les cadres des services éducatifs centralisés, les inspecteurs régionaux et les directeurs préfectoraux et communaux de l'éducation ;
  • divers groupes représentants des communautés, dont les associations de parents d'élèves.

Deuxième axe - La campagne de sensibilisation du public, qui a repris la stratégie multimédia utilisée par le programme d'ajustement sectoriel pour l'éducation, déjà opérationnelle depuis un certain temps. Elle a fonctionné grâce à :

  • la diffusion de messages courts visant deux objectifs : informer clairement le grand public et inciter à coopérer ceux qui étaient directement concernés. Les enseignants devaient comprendre que le redéploiement ne cherchait pas à les évincer, mais seulement à offrir de meilleurs services éducatifs. Il fallait également leur expliquer qu'en termes de carrière, il s'agissait d'une promotion ;
  • la répétition de ces messages tout au long de la semaine, par le canal de différents vecteurs comme les spots publicitaires, les tables rondes, les entretiens ou les magazines d'information. Les messages furent également diffusés par les radios rurales dans les différentes langues officielles du pays.

Les moyens mis en œuvre

Afin de pouvoir toucher tous les partenaires, la stratégie de communication s'est servie des canaux modernes et traditionnels : radio nationale (scolaire et rurale), la télévision et les journaux (publics et privés).

Il a été demandé à la Radio/télévision guinéenne (RTG) de consacrer une heure par semaine aux questions éducatives, à travers son émission « L'Ecole guinéenne ». Des hauts représentants du ministère ont participé à des débats télévisés pour donner des informations sur leurs motivations, les moyens utilisés et les bénéfices attendus du redéploiement des enseignants.

La radio scolaire, outil interne de communication du ministère de l'éducation, a relayé les informations vers son audience habituelle, les enseignants et les parents. De nombreux reportages, entretiens, débats et magazines thématiques ont vu le jour, à Conakry comme dans l'intérieur du pays, et ont été diffusés sur les ondes de la radio nationale.

Le plus important vecteur radiophonique aura été le réseau des radios rurales fonctionnant dans les régions les plus reculées du pays. Ces programmes radiophoniques, dans la mesure où ils sont diffusés dans les langues locales, jouissent d'une grande crédibilité et d'un fort taux d'écoute dans les zones rurales. Les radios rurales ont un caractère participatif et interactif dans certaines zones très peuplées, où elles sont écoutées lors des marchés hebdomadaires, qui rassemblent une grande quantité de citoyens. La présence, à certains de ces événements, du ministre de l'Enseignement pré-universitaire, Mme Hadja Aïcha Bah, a largement contribué à gagner la confiance des diverses parties prenantes, et a rassurer les gens sur les intentions politiques des gouvernements et la nécessité d'adhérer pleinement au projet.

Des articles ont paru dans l'organe gouvernemental Horoya, dans le bulletin de l'Agence guinéenne de presse (AGP) ainsi que dans des journaux indépendants très lus, Le Lynx et l'Indépendant.

Le bulletin PASE Actualités, distribué par les services d'information et de documentation du ministère de l'Enseignement pré-universitaire, et la revue trimestrielle L'Educateur, destinée aux enseignants, ont joué un rôle significatif en relayant les informations sur le redéploiement. Ces publications, distribuées gratuitement aux enseignants et à leurs responsables, ont servi de tribune pour clarifier les points de vue et les méthodes utilisées dans l'opération du redéploiement. Des informations étaient également données par d'autres bulletins officiels.

La communication interpersonnelle, cependant, a été le mode privilégié de communication officielle. Elle touchait directement de nombreux groupes de personnes pendant les réunions officielles, et offrait ainsi des possibilités de réaction immédiate. Ce mode de communication a favorisé l'écoute et le dialogue avec les groupes sceptiques, par exemple les syndicats et les partis politiques. Elle a impliqué directement les leaders d'opinion dans les ONG et les associations de parents d'élèves, qui se sont révélés être d'ardents défenseurs du redéploiement.

Les autorités locales ont elles aussi été largement impliquées dans les campagnes d'information menées sur le terrain. L'Agence guinéenne de presse (AGP) a rendu compte de la déclaration, très claire, du préfet de Tougué : « Il est dit un peu partout, en Guinée profonde, que nos écoles manquent de maîtres et de professeurs ; mais les statistiques attestent qu'au moins 700 enseignants du pré-universitaire émargent chaque mois sur les états de salaire de 2 500 classes. Le rapport, qui saute aux yeux, fait donc état de plus de 3 maîtres par classe. Alors, pénurie ou pléthore d'enseignants ? La solution est donc le redéploiement, qui ne signifie pas autre chose que l'utilisation judicieuse de ces enseignants ».

Cette déclaration montre que le message délivré par les autorités centrales a été bien compris et fidèlement retransmis par les autorités décentralisées. Il a également été entendu par les communautés, longtemps frustrées par l'échec du gouvernement à leur procurer des enseignants pour les écoles qu'elles avaient construites.

Les difficultés rencontrées

Le manque de crédibilité des porte-parole a parfois soulevé de grosses difficultés, les autorités locales et les administrateurs de l'éducation n'inspirant qu'une confiance très modérée à leurs communautés.

Des ressources financières limitées ont empêché que les activités soient réparties de façon homogène dans les différentes régions du pays. A cette époque, par exemple, seules deux radios régionales rurales étaient opérationnelles (Labé et Kankan) – contre quatre radios aujourd'hui. D'où un accès limité aux médias, puisque la télévision et la radio nationales ne couvraient qu'un peu plus de la moitié du pays. Des mesures compensatoires, comme les rencontres, ont été trouvées; elles ont nécessité une véritable présence physique et ont entraîné des coûts supplémentaires.

Les effets et les limites

Il n'a pas été possible de procéder à une évaluation quantitative de la portée des différentes stratégies de communication, ni de juger de leur impact respectif, car cette démarche de suivi n'avait pas été prévue initialement. Une évaluation formelle aurait pourtant été utile pour les actions de communication futures. De même, il n'y a eu aucun effort systématique de conservation des documents audio, écrits, ou audiovisuels, ce qui rend impossible toute évaluation des différents messages utilisés pendant cette campagne.

Pourtant, toutes les personnes impliquées dans cette grande opération de redéploiement ont reconnu le rôle primordial joué par les médias, qui ont permis une large diffusion des informations fournies par le ministère. En suscitant un intérêt pour le programme de redéploiement, les médias ont également contribué à sa mise en œuvre dans tout le pays.

Pour l'organisme chargé de la coordination – l'Institut national de recherche et d'action pédagogique (l'INRAP) –, le fait de parvenir à mobiliser les médias publics et privés dans une opération de ce genre sur une période de temps relativement longue est une réussite remarquable. Grâce à l'expérience acquise et aux partenariats qui se sont noués à cette occasion avec de nombreux professionnels de la communication, le ministère de l'Education et de l'Enseignement pré-universitaire a acquis une forte visibilité et la réputation d'être une administration ouverte au dialogue et à la négociation – autant de qualités qu'il aurait été difficile d'acquérir autrement.


D'après une contribution de Mamadou Aliou Sow*
Guinée




* Mamadou Aliou Sow a participé à la rédaction de l'ouvrage de l'ADEA intitulé Le redéploiement des enseignants en Guinée.



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modifiée : le 14 mars 2001