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Les ravages du SIDA dans l'éducation : comment lutter, comment résister

Compte-rendu d'un atelier de l'IIPE sur l'impact du SIDA sur l'éducation (Paris, 27-29 septembre 2000)

L'IIPE a organisé en collaboration avec le PNUD et l'UNICEF un atelier sur le SIDA et l'éducation, qui s'est déroulé du 27 au 29 septembre dernier. L'atelier s'est surtout intéressé à l'impact du SIDA sur le fonctionnement des systèmes éducatifs.

L'épidémie du SIDA est en train de gangrener les systèmes éducatifs sur l'ensemble du continent africain. L'Afrique australe présente les taux de prévalence les plus forts chez les adultes et les jeunes gens, mais ailleurs en Afrique, en Asie, en Europe de l'Est et aux Caraïbes, les taux de contagion sont également élevés et en augmentation. La plupart des pays ont tardé à comprendre que l'épidémie du SIDA n'était pas uniquement un problème de santé, mais qu'elle avait également des conséquences dans les domaines de l'éducation et du développement. Pour une majorité d'enfants orphelins ou dont les parents sont contaminés, la maladie réduit les chances d'aller à l'école. Parallèlement, le nombre de malades ou de morts parmi les enseignants atteint des proportions alarmantes. Dans de nombreux pays, la gestion même du système éducatif en est affaiblie. Il faut donc protéger de toute urgence les systèmes éducatifs contre les ravages de l'épidémie, et conserver les acquis qui conduiront à l'éducation pour tous.

L'atelier de l'IIPE s'est surtout intéressé à la façon dont le bon fonctionnement des systèmes éducatifs est compromis par la crise du SIDA. Des représentants d'organismes internationaux, des chercheurs, des planificateurs de l'éducation et des personnes ressources sur le SIDA ont discuté des derniers résultats des études d'impact menées en Afrique du Sud, au Botswana, au Malawi, en Ouganda, au Swaziland et en Tanzanie. La collecte de données précises, le lancement d'analyses d'impact, les mesures mises en œuvre aux niveaux local et national pour répondre aux conséquences de l'épidémie, les besoins de formation et les lacunes dans les connaissances ont fait l'objet d'un examen très attentif.

Les données doivent être améliorées

Les participants ont tous été d'accord pour reconnaître l'imprécision des données sur le nombre d'enseignants décédés chaque année à cause du SIDA, et sur l'absentéisme des professeurs lié à la maladie. Car il n'est pas facile de collecter des données sur des questions aussi délicates. De même, il est impossible de savoir de manière exacte combien d'élèves ont abandonné l'école parce que leurs parents sont malades ou sont morts. Les raisons de l'évolution de la fréquentation scolaire ne sont pas non plus clairement identifiées : est-ce dû au SIDA, à d'autres maladies ou bien à une pauvreté croissante ? Malgré tout, nous savons que dans certains pays d'Afrique australe, les taux d'inscription plafonnent, ou commencent même à baisser ; que les ratios élèves/enseignants n'ont pas enregistré de progression marquée – ce qui laisse penser que les élèves et les enseignants sont touchés dans les mêmes proportions ; et qu'un certain nombre de classes ont été fermées, faute d'enseignants. Des données démographiques de la région du Cap oriental, en Afrique du Sud, montrent que les filles âgées de 10 à 24 ans courent deux fois plus de risques que les garçons du même âge d'être contaminées ; les filles sont aussi contaminées de plus en plus jeunes. Cela soulève diverses questions, dont celle de la sécurité des jeunes filles dans les écoles et dans leurs environs, surtout dans les pensionnats.

Il faut adopter des stratégies intra-sectorielles polyvalentes

S'il faut poursuivre les efforts pour obtenir de meilleures données – en combinant des approches quantitatives et qualitatives –, nous disposons d'ores et déjà de suffisamment d'informations pour élaborer une stratégie d'ensemble polyvalente pour lutter et réagir contre les ravages du SIDA dans les systèmes éducatifs. La plupart des pays ont introduit des activités de prévention du SIDA dans les écoles, surtout par le biais de cours d'apprentissage à la vie dans les programmes scolaires. Leurs effets sur le comportement des jeunes gens restent encore à démontrer. Pour l'instant, il semble que leur influence soit limitée, ce qui peut s'expliquer par le manque de compréhension et d'expérience des enseignants face au problème du SIDA, qui vient s'ajouter à leur malaise quand il s'agit d'aborder la sexualité en classe. Un cours unique, mal intégré dans le programme scolaire et peu soutenu par une campagne d'information médiatique en direction de l'ensemble de la communauté, n'a aucune chance de produire des effets immédiats.

D'autres modes d'intervention, liés à l'organisation de la scolarisation et à la gestion éducative, ont été discutés. Parmi les interventions possibles, notons :

  • la création d'écoles ou de classes non mixtes, pour protéger les filles et leur donner les moyens de s'affirmer ;
  • la réduction des différences d'âge dans les classes et les écoles, pour éviter que les élèves les plus âgés n'abusent de leurs camarades plus jeunes ;
  • l'introduction, pour les enfants qui travaillent, de davantage de flexibilité dans le calendrier scolaire et les emplois du temps ;
  • l'assouplissement de la réglementation sur les uniformes et la suppression des droits d'inscription pour les enfants vivant dans des situations difficiles ;
  • la transformation des écoles en un espace d'accueil amical pour les enfants et les enseignants affectés ;
  • l'octroi d'une formation continue aux enseignants, professeurs principaux et administrateurs, pour les aider, chacun à son niveau, à faire face.

Facteurs clés du succès

Pour réussir, ces mesures doivent faire partie d'un plan national intégrant les activités des différents secteurs. Elles doivent aussi reconnaître le rôle des enseignants et des communautés dans la mise en œuvre des politiques et des programmes au niveau des écoles. Ce qui signifie qu'elles doivent être élaborées en coopération avec les syndicats d'enseignants, les ONG et les autres partenaires. Elles doivent également disposer d'une bonne capacité de gestion et de fonds adaptés et prévoir un contrôle strict. Mais la volonté politique et l'engagement aux plus hauts niveaux du gouvernement ont été identifiés, pendant cet atelier, comme les facteurs contribuant le plus au succès de ces stratégies ; l'Ouganda et la Thaïlande peuvent en témoigner. Les pays qui sont le mieux parvenus à limiter l'épidémie sont ceux où les plus hautes autorités de l'Etat ont déclaré une guerre nationale au SIDA, et où la population a compris quels étaient les effets du SIDA sur la société et comment y faire face.


Françoise Caillods
Directeur adjoint
IIPE


Les documents de séance de l'atelier seront disponibles sur le site Internet de l'IIPE : http://www.unesco.org/iiep/.



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modifiée : le 14 mars 2001