Cadre de communication pour le VIH/SIDA - Nouvelle orientation
par Collins O. Airhihenbuwa, Bunmi Makinwa, Michael Frith, Rafael Obregon. ONUSIDA. (1999). Programme conjoint sur le SIDA ONUSIDA/Université de l'Etat de Pennsylvanie (PennState).
Le SIDA affecte tous les pays du monde mais c'est dans les pays en développement qu'il représente la plus grande menace. Cet ouvrage présente un nouveau cadre pour améliorer les actions de communication dans les pays en développement. Il se base sur des expériences vécues dans de nombreuses régions du monde dont l'Afrique, l'Asie, l'Amérique latine et les Caraïbes.
Jusqu'à présent, la plupart des programmes de communication sur le SIDA visaient à obtenir des modifications du comportement sexuel et social de chaque individu. Si certains éléments de cette approche restent valables et doivent être maintenus, les résultats des recherches et des observations sur les pratiques qui ont cours dans la plupart des pays montrent que les approches actuelles présentent de grandes déficiences. Ceci s'explique entre autres parce qu'elles sont issues de théories et de modèles souvent mal adaptés à des cultures non occidentales, dans lesquelles le contexte de la famille, du groupe ou de la communauté peut jouer dans la prise de décision un rôle plus important que la seule volonté individuelle. Il faut donc envisager la question sous un angle plus large.
Sous l'égide du programme conjoint des Nations unies sur le SIDA (ONUSIDA), un nouveau cadre a été mis au point. Il est né d'un processus consultatif et participatif qui a réalisé la synthèse des expériences menées en Afrique, en Asie, en Amérique latine et aux Caraïbes, mais aussi aux Etats-Unis et en Europe. L'ONUSIDA, en collaboration avec l'université de l'Etat de Pennsylvanie (Penn State), a financé cinq ateliers consultatifs : à Genève (novembre 1997) ; à Abidjan (décembre 1997) ; à Washington, D.C. (février 1998) ; à Bangkok (juillet 1998) et à Saint-Domingue (janvier 1999). Le cadre de la communication pour le SIDA présente les résultats de cet exercice collectif.
Malgré la diversité des environnements géographiques et culturels, cinq domaines contextuels sont quasi universels et doivent donc retenir toute notre attention dans la mise au point des stratégies de communication sur le SIDA, pour la prévention, le traitement et le soutien aux malades : c'est l'une des grandes conclusions tirées de ces ateliers. Le cadre identifie ces cinq domaines interdépendants comme ayant une influence déterminante sur le comportement des individus. Il s'agit de :
- la politique gouvernementale : les politiques et les lois qui peuvent venir en aide aux tentatives d'intervention, ou les contrarier ;
- le statut socio-économique : le revenu individuel ou collectif qui peut autoriser ou empêcher une éventuelle intervention ;
- la culture : les croyances, les coutumes et les pratiques qui peuvent encourager ou entraver les pratiques de prévention et de soins ;
- les relations entre les sexes : le statut des femmes par rapport aux hommes, et leur influence dans les « négociations » sexuelles et les prises de décision ;
- la spiritualité : les valeurs spirituelles et religieuses qui peuvent encourager ou entraver la transformation du message de prévention en pratiques sanitaires positives.
Les régions ont été unanimes pour identifier les cinq domaines au sein desquels les programmes de prévention doivent opérer. Cela dit, chaque région a élaboré des recommandations spécifiques à ses propres besoins.
L'Afrique, par exemple, doit affronter une réalité affligeante : plus de 60% des cas de SIDA (21 millions de personnes) se déclarent actuellement en Afrique subsaharienne. La transmission la plus courante est hétérosexuelle. Ce qui explique pourquoi 80% des femmes et près de 90% des enfants contaminés vivent en Afrique. L'atelier d'Abidjan a préconisé, dans ses recommandations, que les prochains programmes de communication sur le SIDA mettent l'accent sur les approches communautaires et la coopération régionale. Le succès relatif du Sénégal, où les effets du SIDA sont faibles, et de l'Ouganda, où ses conséquences s'amenuisent, souligne bien le rôle de la politique gouvernementale dans la création d'un environnement propice à l'évolution des comportements.
L'atelier qui s'est tenu en Asie a reconnu l'impact de la restructuration économique sur les questions d'ordre social et le fait que la drogue et le commerce sexuel étaient prédominants dans certaines régions. Les participants ont aussi souligné le rôle fondamental que jouent les chefs spirituels en tant qu'éducateurs ou pourvoyeurs de soins. L'atelier pour l'Amérique latine et les Caraïbes a insisté sur l'importance de l'évaluation des besoins, des stratégies de plaidoyer et de la plus grande implication, dans les programmes de communication, des populations vivant avec le SIDA.
Les deux derniers chapitres de l'ouvrage s'intéressent à l'avenir. Ils recensent des conseils pratiques pour la « traduction du cadre en stratégies nationales de communication », et donnent une liste de contrôles à opérer, nés de la sagesse collective et des expériences relatées dans les ateliers. Une matrice de communication très simple illustre la façon dont le nouveau cadre peut être adapté à différents besoins, chaque domaine étant clairement rattaché aux résultats attendus, aux stratégies à déployer pour y parvenir et aux moyens d'évaluer les résultats.
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