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Lettre d'information Vol. 13 no. 2 : Dette et éducation en Afrique

Dette et éducation en Afrique


L'Afrique subsaharienne a une dette égale au triple de la valeur de ses exportations annuelles. Elle dépense plus pour le paiement de ses dettes que pour la santé et l'éducation réunies. En 1999, la dette publique de l'Afrique était estimée à 235 milliards de dollars US. Le service annuel de la dette s'élevait en moyenne à 17 milliards de dollars US, soit l'équivalent de 3,8 % du PIB des pays, de 16 % des exportations annuelles et de plus de 35 %* des dépenses d'éducation pour l'ensemble des pays africains.

Ces chiffres éloquents montrent à quel point la dette publique extérieure de l'Afrique subsaharienne constitue un obstacle à son développement. Elle empêche les progrès dans tous les secteurs, y compris l'éducation, en obligeant les pays endettés à affecter leurs maigres ressources au remboursement de leurs créances plutôt qu'au bien-être de leurs populations. Les restrictions budgétaires, qui affectent d'abord les secteurs sociaux, ont affaibli les systèmes de santé et d'éducation, ralenti la réalisation des objectifs d'Education Pour Tous (EPT) et paralysé le développement de mesures efficaces pour lutter contre le SIDA.

Briser le cercle vicieux de la pauvreté

L'initiative PPTE (Pays pauvres, très endettés) – que nous présentons dans ce numéro – doit donc être accueillie comme une chance pour les pays africains de rompre le cercle vicieux dans lequel ils sont engagés. A ce jour, dix-huit pays africains ont été admis à bénéficier de l'initiative PPTE : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, Madagascar, le Malawi, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, São Tomé et Principe, la Tanzanie, l'Ouganda, la Zambie. Douze autres pays africains n'ont pas encore réuni toutes les conditions pour entrer dans le processus PPTE : le Burundi, la République Centrafricaine, le Tchad, le Congo, la République Démocratique du Congo, la Côte d'Ivoire, l'Ethiopie, le Libéria, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan, le Togo.

Pour les 18 pays africains ayant atteint le « point de décision », on estime que l'initiative permettra de « libérer » une somme de quelque 20,3 milliards de dollars, soit environ 50 %* des dépenses publiques affectées aux secteurs de l'éducation et de la santé. Cet allègement représente une opportunité exceptionnelle pour l'éducation, à un moment où de nombreux pays élaborent des plans sectoriels décennaux visant l'Education Pour Tous à l'horizon 2015.

Nécessaire mais pas suffisante

Si elle est porteuse d'espoir, l'initiative PPTE n'est pas une panacée : elle est nécessaire, mais pas suffisante. Comme Alain Mingat et Jee Peng Tan le soulignent dans leur article (cf. pages 3-6), « il s'agira, pour le secteur, d'une part de récupérer les ressources de la dette, mais d'autre part et surtout d'utiliser ces ressources de manière efficace et équitable ». Les pays sont invités à analyser leurs systèmes, et à effectuer les changements structurels nécessaires afin de « construire des systèmes capables de produire les résultats sociaux souhaitables dans un cadre financier supportable à long terme ».

Julien Daboué (cf. pages 9-11) rappelle que les ressources financières destinées au remboursement des créanciers sont celles-là même qui assureront la prise en charge des programmes sociaux et que si l'initiative PPTE vient soulager le poids de la dette des pays pauvres, elle ne résout cependant pas l'ensemble de leurs problèmes économiques et sociaux.

En outre, Mamadou Ndoye, dans son compte rendu de la Conférence sur l'éducation des pays du Sahel (cf. pages 16-17), souligne que « les besoins des pays dépassent largement les ressources dégagées par l'initiative PPTE ». Pour réduire la pauvreté, pourvoir aux besoins de santé et offrir une Education Pour Tous de qualité, les pays devront mettre en place des politiques appropriées aptes à promouvoir la croissance économique. Ils devront aussi améliorer la gouvernance, diversifier les sources de financement, mobiliser l'épargne locale et faire en sorte d'attirer les capitaux nationaux et étrangers.

Il s'agira également de mobiliser les populations afin de les impliquer davantage dans la conception et la mise en oeuvre des programmes de lutte contre la pauvreté. L'article de David Norman (cf. pages 7-8) rend hommage aux ONG internationales qui, ayant milité ardemment pour l'annulation de la dette, portent maintenant leurs efforts sur le soutien à la société civile « afin d'assurer que l'annulation de la dette servira bien les intérêts de ceux qui en ont le plus besoin ».


* Source : Rapports d'avancement sur l'Initiative PPTE et les Cadres stratégiques de luttre contre la pauvreté. Banque mondiale. DC/2000-10.



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modifiée : le 14 octobre 2001