Education Pour Tous : Le Sahel se mobilise
Conférence sur l'éducation des chefs d'Etat du Burkina Faso, de la Guinée, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Tchad (Bamako, Mali, 26 novembre 2000)
Axée autour du suivi des engagements collectifs du Forum de Dakar (avril 2000), la Conférence sur l'éducation des chefs d'Etat du Burkina Faso, de la Guinée, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Tchad, s'est tenue à Bamako, au Mali, le 26 novembre 2000. Elle a été organisée par la Banque mondiale et 1'UNESCO dans le cadre de l'Initiative Spéciale des Nations-Unies pour l'Afrique, grâce au soutien du Fonds norvégien pour l'éducation. Quatre chefs d'Etat ainsi qu'un Premier ministre et un Ministre représentants de chefs d'Etat y ont participé, accompagnés des ministres de l'éducation et des finances des six pays. En plus du directeur général de l'UNESCO, M. Koichiro Matsuura et du directeur du développement humain de la région Afrique de la Banque mondiale, M. Birger Frederiksen, plusieurs organismes y étaient représentés, parmi lesquels l'UNICEF, le PNUD, le FNUAP, la coopération française, l'ACDI et l'USAlD.
Des objectifs à la hauteur des ambitions d'EPT
Le Burkina Faso, la Guinée, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Tchad font partie des pays les plus faiblement scolarisés d'Afrique. Le taux brut de scolarisation (TBS) y varie de 32 % à 65 % avec des retards marqués pour les filles et les enfants du monde rural. Vingt-huit pour cent seulement de la population scolarisable parvient à achever la scolarité primaire et ce chiffre descend à 10 % pour les filles en milieu rural. Si les rythmes linéaires de progression enregistrés jusqu'ici sont maintenus, l'objectif de scolarisation universelle ne sera pas atteint en 2015 mais dans 50 ans. Perspective inacceptable si l'on considère les enjeux économiques, sociaux et humains de l'EPT.
Tenir les engagements de Dakar dans ces pays exige donc une entreprise d'une envergure sans précédent afin de créer un nouveau contexte. " Grand Chantier de la Nation " ou " Projet-croisade ", elle doit conduire à une mobilisation exceptionnelle et persévérante si elle veut être couronnée de succès. Les objectifs de la conférence se sont articulés autour de ce défi d'accélération du développement de l'éducation :
ä Hisser l'EPT au rang de première priorité de l'agenda des Chefs d'Etat et de leurs gouvernements ;
ä Faire de l'éducation une cause nationale ;
ä Faire émerger une dynamique sous-régionale de réformes et de succès dans cette direction ;
ä Mobiliser les appuis extérieurs à la hauteur des engagements pris.
Des processus largement participatifs
Le processus de préparation comme le déroulement des opérations ont placé les pays aux commandes. Bien avant la conférence, les ministres de l'éducation, en collaboration avec ceux des finances et du plan, ont confié à des équipes nationales le mandat d'élaborer, dans chaque pays, des documents faisant le point sur la situation et les stratégies d'EPT, les ressources disponibles et à mobiliser, et les perspectives de qualité et d'équité. Ces documents de travail ont servi de base à une réunion préparatoire d'experts qui s'est tenue avant la conférence. Chaque pays y était représenté par un conseiller en éducation du chef de l'Etat, deux experts de l'éducation et deux experts des finances et du plan. A partir d'un modèle de simulation simplifié, les équipes nationales ont planifié l'objectif de scolarisation universelle en 2015 en y intégrant les efforts internes nécessaires pour accroître les ressources et renforcer leur efficience tout en assurant la qualité des apprentissages et l'efficacité des écoles.
Ces plans chiffrés ont débouché sur l'élaboration de trois projets de documents : un cadre d'action, un cadre de partenariat et une résolution politique. Une réunion ministérielle, ouverte aux parlementaires, aux syndicats d'enseignants, aux associations de parents et aux ONG s'est tenue la veille de la conférence pour examiner ces projets. Ainsi les organisations de la société civile ont pu participer au processus et donner leur point de vue sur les différentes questions soulevées, en particulier sur les réformes qui retenaient en premier chef leur attention. C'est à l'issue de ce processus largement participatif que les chefs d'Etat ont procédé à des échanges approfondis sur les textes présentés par les ministres avant de les adopter.
Des résultats politiques prometteurs
La portée politique des décisions et des engagements pris par les chefs d'Etat a fait de la conférence de Bamako un succès. Conscients que le développement de l'éducation est " avant tout une question de volonté politique ", ils se sont engagés, dans leur résolution finale, à hisser l'éducation pour tous au rang de première priorité. Cela s'est traduit par l'élaboration d'un ensemble de mesures visant à :
ä Accroître substantiellement la part du PIB consacrée à l'éducation, avec un objectif de 4 % d'ici à 2015 (la moyenne actuelle est de 2-3 %, selon les pays) ;
ä Accorder au moins 50 % du budget de l'éducation au développement de l'éducation de base ;
ä Entreprendre des réformes visant notamment le partage des responsabilités entre l'Etat et les collectivités, dans le cadre d'une gestion décentralisée renforçant l'autonomie des écoles (tout en soulignant la responsabilité de l'Etat dans le financement) ;
ä Introduire progressivement les langues nationales dans les systèmes éducatifs et promouvoir leur développement.
Pour faire de l'éducation une cause nationale, les chefs d'Etat ont décidé de développer des politiques de communication capables de mobiliser les différents secteurs de la population autour de ces objectifs et réformes, tout en garantissant la continuité des politiques d'éducation qui ont fait l'objet d'un consensus national. Après avoir lancé un appel en faveur de la promotion de nouveaux partenariats nationaux et internationaux, ils ont mis en place un mécanisme sous-régional de suivi de leurs décisions et confié au président de la République du Mali le soin de veiller à son bon fonctionnement.
Des actions concrètes en vue de l'EPT en 2015
Les cadres d'action et de partenariat qui accompagnent la résolution politique soulignent les actions à mettre en œuvre aussi bien par les pays que par les agences de développement. Outre les arbitrages budgétaires promis, qui devraient accroître de façon significative les ressources nationales destinées à l'éducation, il s'agit d'utiliser celles-ci de façon plus efficiente. Les pays s'efforceront :
- de réduire les redoublements de 15%-30 % selon les pays pour arriver à un taux maximum de 10 % des effectifs ;
- de porter à 80 % les taux de rétention des élèves jusqu'en fin de cycle ;
- d'adapter les dépenses salariales aux possibilités des pays, avec l'objectif d'un coût salarial moyen de l'ordre de quatre fois le PIB par tête du pays ;
- de combiner la maîtrise de la masse salariale à des mesures de rentabilisation des locaux et du personnel de façon à consacrer une partie des investissements à l'amélioration de la qualité et de l'accès aux familles démunies.
Par ailleurs, il est prévu de renforcer les capacités de gestion et de suivi des programmes d'éducation en introduisant la gestion par résultats, une responsabilisation accrue des acteurs sur le terrain, des critères rationnels de dotation des écoles en ressources et en personnels, des standards de qualité pour les écoles et les élèves, l'évaluation systématique des résultats de l'apprentissage et des dispositions institutionnelles. Ceci devrait mettre un terme aux dysfonctionnements observés.
Un nouveau contrat de partenariat pour l'EPT
" Si les pays font la preuve du sérieux de leur engagement et disposent de plans d'EPT crédibles, les ressources financières ne feront pas défaut ". Sur la base de cet engagement pris au Forum de Dakar par les organismes de développement, les six pays ont clairement marqué leur prise de conscience des efforts internes à consentir et dégagé sept critères de crédibilité d'un plan adapté au contexte :
- Forte volonté politique marquée par des arbitrages budgétaires conséquents ;
- Création d'un consensus national autour du plan ;
- Garantie d'un financement durable ;
- Existence de mécanismes de gestion et d'audit garantissant rigueur, efficience et transparence dans l'utilisation des ressources ;
- Intégration de réformes institutionnelles de décentralisation impliquant les communautés dans la gestion ;
- Existence de mécanismes d'évaluation et de suivi à tous les niveaux ;
- Stratégies pertinentes d'amélioration de la qualité et de l'équité.
En retour, les pays ont demandé aux organismes de s'engager dans un contrat de partenariat répondant aux besoins d'appuis extérieurs, estimés à 40-50 millions de dollars US par pays et par an jusqu'à 2015. Le contrat insiste aussi sur les nouveaux partenariats à promouvoir qui doivent impérativement favoriser : l) la coordination et l'intégration des interventions extérieures dans les politiques d'éducation et les stratégies nationales de lutte contre la pauvreté ; 2) le leadership des pays et l'harmonisation des procédures avec celles qui sont en vigueur au niveau local, en parallèle avec des procédures d'audit et d'évaluation agréées en commun.
En conclusion, il convient de préciser que ce bref compte rendu ne saurait rendre compte de la richesse des échanges qui ont marqué cet important Forum au sommet. La contribution de l'éducation a été sollicitée dans les défis posés aux pays tels la lutte contre le sida, la promotion d'un climat de tolérance et de paix, la participation de la société civile, etc. La conférence de Bamako aura surtout donné l'exemple du dialogue politique à mener, au sein des pays et entre pays et organismes, afin de tenir les engagements collectifs du Forum de Dakar et faire évoluer les politiques des pays et des organismes, condition sine qua non de la réalisation des objectifs d'EPT dans les délais fixés. Il faut dès lors commencer sans tarder et s'investir fortement afin d'enclencher une dynamique d'accélération dès le départ. C'est sur ce message que le chef de l'Etat du Mali a clôturé la conférence en appelant les organismes à agir à la hauteur des besoins des pays - qui dépassent largement les ressources dégagées par l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Aux uns et aux autres, il a souligné qu'il assumerait le mandat qui lui est confié de veiller scrupuleusement au suivi et à l'évaluation des engagements pris à Bamako.
Mamadou Ndoye
Banque mondiale
Coordonnateur, Initiative spéciale des Nations unies pour l'Afrique
La conférence de Bamako aura surtout donné l'exemple du dialogue politique à mener au sein des pays et entre pays et organismes afin de tenir les engagements collectifs du Forum de Dakar et faire évoluer les politiques des uns et des autres.
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