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Les systèmes éducatifs africains : une analyse économique comparative

par Alain Mingat et Bruno Suchaut – Edition De Boeck Université (2000)

L'ouvrage d'Alain Mingat et de Bruno Suchaut est une analyse féconde des systèmes éducatifs en Afrique subsaharienne. Il s'intéresse à 29 pays africains – ayant une population supérieure à 2 millions d'habitants et un PIB par tête inférieur à 2000 $ US – en comparant leurs systèmes éducatifs à ceux d'autres pays situés dans d'autres régions du monde dont le niveau de PIB est similaire.1

L'originalité de l'ouvrage tient à sa triple perspective. Il s'agit d'abord d'une perspective analytique et factuelle à partir de données réelles et rigoureusement établies. Il s'agit, en second lieu, d'une entrée par la discipline économique, c'est à dire une étude de « la relation entre les fins de l'école, qui sont nombreuses, et les moyens, qui sont rares ». Les pays africains sont particulièrement concernés car plus fortes sont les contraintes qui pèsent sur les moyens susceptibles d'être mobilisés pour l'école, plus difficile mais prioritaire est la recherche des compromis nécessaires et des priorités à fixer. La troisième caractéristique de cet ouvrage tient à sa perspective comparative qui, d'une part, permet une comparaison entre pays, d'autre part, aide à identifier les relations possibles entre les modes variés d'organisation de l'école dans divers contextes nationaux et les résultats obtenus en quantité, en qualité, en efficacité, et en équité.

L'ouvrage comprend 7 chapitres qui s'intéressent au points suivants :

  • Le développement quantitatif des systèmes et les ressources mobilisées ;
  • Les coûts unitaires de scolarisation ;
  • Les facteurs de l'organisation scolaire et la qualité de l'école ;
  • Les carrières scolaires et les questions d'accès, de rétention, de redoublement et de transition entre les cycles ;
  • L'efficacité externe et les relations entre la sphère éducative et la sphère productive ;
  • L'équité des systèmes éducatifs ;
  • La gestion administrative et pédagogique des systèmes scolaires.

Les principaux résultats de l'étude au niveau de la couverture des systèmes éducatifs, de la qualité de l'école et de l'efficacité des systèmes solaires sont résumés ci-dessous.

La couverture des systèmes

Au niveau de la quantité d'éducation et de la couverture des systèmes, on constate que :

    ä Les pays francophones d'Afrique de l'Ouest, notamment du Sahel, ont un retard de scolarisation.
    ä Les ressources publiques mobilisées en Afrique sont du même ordre que celles des pays d'Asie ou d'Amérique latine.
    ä Il existe peu de relation entre le volume global des ressources mobilisées pour un système éducatif et la couverture de ce système. L'efficacité de l'usage qui est fait des ressources compte plus que leur volume. En 1993, on note 1,3 années de scolarisation pour chaque pour cent du PIB national alloué au secteur dans les pays francophones ; 2,1 années en moyenne dans les pays africains anglophones ; 3,1 années dans les pays à faible niveau de développement d'Asie ou d'Amérique.
    ä Les coûts unitaires de scolarisation dans les pays francophones (sahéliens en particulier) sont élevés à tous les niveaux d'enseignement (Voir graphique, page 19). Par rapport aux pays d'Asie et d'Amérique latine, les coûts unitaires au niveau primaire sont de 25 % plus élevés en moyenne dans les pays d'Afrique anglophones ; de 75 % plus élevés dans les pays francophones et de 138 % plus élevés dans les pays du Sahel.
    ä Dans les pays francophones, le niveau élevé des coûts unitaires tient essentiellement au niveau très élevé du salaire des enseignants. Ceci est aussi vrai en termes relatifs (rapporté à la valeur du PIB par tête dans le pays) qu'en termes comparatifs. Le salaire des enseignants est de loin le facteur le plus important expliquant les retards de scolarisation.

La qualité

Au niveau de la qualité de l'école, les points saillants sont les suivants :

    ä Une relation forte existe entre le niveau de performance des élèves et le niveau de développement socio-économique du pays ; ä En revanche, il y a peu de relation entre le niveau des coûts unitaires et le niveau moyen d'acquisition des élèves ; ä Recruter les maîtres à un niveau d'études générales très supérieur au Brevet du premier cycle n'est pas nécessaire pour la qualité de l'enseignement. Le niveau du salaire étant fonction du niveau d'études, on mesure l'importance de ce constat pour ce qui est des coûts unitaires de l'école ; ä La formation continue est plus efficace que la formation initiale en terme « d'effet maître » ; ä La nature des bâtiments scolaires n'exerce pas d'influence notable sur la qualité de l'école ; ä L'organisation de cantines scolaires a un effet positif sur l'apprentissage des élèves.

Efficacité et équité

L'étude fait apparaître une faible efficacité d'ensemble dans l'utilisation des crédits publics alloués au secteur scolaire dans les pays africains francophones, sahéliens en particulier. On constate que :

    ä Les taux de redoublement sont très élevés en Afrique francophone (en moyenne supérieurs à 20 %). On « gaspillerait » ainsi 40 % des ressources publiques dans les pays francophones (contre 25 % dans les pays anglophones) ; ä Pour les pays ayant un niveau de développement comparable à celui des pays d'Afrique subsaharienne, l'investissement prioritaire, tant pour des raisons d'efficacité économique et sociale que d'équité, doit être un enseignement primaire de couverture aussi large que possible et d'une qualité convenable ; ä Les pays ayant les coûts unitaires les plus élevés ont la couverture scolaire la moins forte et la répartition des ressources publiques affectées à l'éducation la plus inégalitaire ; ceci est particulièrement vrai des pays francophones sahéliens. De même, la défaveur des filles est sensiblement plus grande dans les pays africains francophones (et, encore une fois, dans les pays du Sahel) que dans les pays anglophones.

La gestion des systèmes

Les différences les plus grandes dans les résultats obtenus relèvent plus de la manière dont les ressources sont réparties et utilisées que du niveau même de ces ressources. D'où l'importance des activités de gestion administrative et pédagogique de l'école. Les auteurs suggèrent de modifier le rôle de l'inspection et de former les inspecteurs à la tenue de tableaux de bord des différentes écoles de leur circonscription, pour une meilleure gestion des moyens et des résultats.

L'ouvrage se termine sur quelques propositions pour de nouvelles perspectives de politique éducative. On pourra – ce que font d'ailleurs les auteurs dans l'introduction – souligner les limites de cette approche comparative internationale (limitation dans la disponibilité et la qualité des données, moyennes nationales qui ne tiennent pas compte des fortes différences au sein d'un même pays, etc...). Mais l'originalité et l'utilité d'un tel ouvrage restent très fortes car il propose un très grand nombre de données et des analyses originales pour éclairer les nécessaires décisions de politique éducative tout en examinant le poids des contraintes et les marges de manoeuvre dont disposent les décideurs politiques.




1. Les données de base concernent 57 pays de plus de 2 millions d'habitants (29 pays africains au Sud du Sahara et 28 pays non-africains dont le produit intérieur brut (PIB) par tête est inférieur à 2000 dollars EU en 1993.



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modifiée : le 14 octobre 2001