Compte-rendu général de la réunion
Dakar, 14-18 octobre 1997
Pour la première fois, la biennale de l'ADEA se tient en Afrique
Ce numéro de la lettre d'information est consacré
à la biennale de l'ADEA. Pour
les ministres de l'éducation africains, les chercheurs et les
hauts responsables de la communauté du développement,
la biennale de l'ADEA représente un évènement
unique où tous les membres de l'association sont réunis
pour débattre d'une question particulière concernant
l'éducation en Afrique.
Jusqu'à présent, les réunions s'étaient tenues en Europe. Cette année, la biennale a eu lieu en Afrique, au Sénégal. Pour l'ADEA, qui s'efforce de développer un partenariat effectif entre ses membres, le choix d'une ville africaine marque le chemin parcouru par l'association depuis sa création.
De simple coordinatrice de bailleurs de fonds, l'ADEA s'est transformée en une association dont tous les membres ministères et organismes de financement sont partie prenante. De plus, les rapports entre décideurs africains et représentants d'organismes de financement ont évolué vers une prise en charge par chaque pays de sa propre politique éducative.
La réunion de Dakar s'est aussi démarquée des précédentes par la présence de deux chefs d'Etat, le président du Sénégal, M. Abdou Diouf, et le président de l'Ouganda, M. Yoweri Museveni. La biennale s'est ouverte sur leur vision de l'éducation et de son rôle dans le développement politique et économique de l'Afrique.
Allocutions d'ouverture
Pour la première fois, la biennale a accueilli deux chefs d'Etat, le président de l'Ouganda, M. Yoweri Museveni et le président du Sénégal, M. Abdou Diouf. Présents lors de la séance d'ouverture, les chefs d'Etats ont exprimé devant plus de 500 participants décideurs politiques africains, représentants des organismes de développement, membres du corps diplomatique, et représentants de la société civile du Sénégal leur vision du rôle de l'éducation dans le développement politique et économique du continent.
M. Diouf a résumé les défis que doivent relever les pays africains : démocratisation de l'accès et de la réussite à l'école, amélioration de la qualité et du niveau scientifique de la formation dispensée, refonte des systèmes éducatifs sur la base de la culture africaine et des exigences d'un développement endogène. À ces fins, il est nécessaire de développer des partenariats à tous les niveaux, local, national et international. M. Yoweri Museveni a souligné à plusieurs reprises que le développement de l'éducation en Afrique n'était pas concevable sans un processus parallèle d'industrialisation et de modernisation de l'ensemble de la société. La résolution des problèmes éducatifs de l'Afrique n'est réaliste que dans un contexte de croissance économique, apte à donner aux États de nouvelles capacités financières.
Les autres allocutions d'ouverture ont été prononcées par les personnalités suivantes : M. Ingemar Gustafsson, président de l'ADEA, M. Amanya Mushega, ministre de l'Education de l'Ouganda et deuxième président par intérim de l'ADEA, M. Jean-Louis Sarbib, vice-président pour l'Afrique de la Banque mondiale, M. Mats Karlsson, secrétaire d'Etat à la Coopération du ministère des Affaires étrangères de la Suède, et M. Charles Josselin, secrétaire d'Etat à la Coopération de la France.
De l'avis de tous les intervenants, l'ampleur des difficultés auxquelles sont confrontées les pays dans leur construction de systèmes éducatifs efficaces rend indispensables la mobilisation de toutes les potentialités et ressources nationales, et la pratique d'une approche partenariale nouvelle, aux niveaux local, national et international.
M. Josselin a esquissé cette nouvelle approche partenariale en donnant l'exemple, entre autres, de l'élaboration de nouvelles politiques éducatives. Celles-ci devraient s'appuyer sur tous les acteurs qui y sont associés, enseignants, parents, élèves et entreprises. Pour M. Karlsson, la transparence des intérêts de chacun, des normes contractuelles claires, et une égale maîtrise des tenants et des aboutissants mettant les partenaires sur un pied d'égalité sont les caractéristiques essentielles de ce nouveau partenariat.
Organisation de la réunion
La biennale s'est étendue sur quatre jours (14-18 octobre), pendant lesquels les travaux suivants se sont déroulés:
(i) des débats en plénière sur le thème central, « Partenariats pour le renforcement des capacités et l'amélioration de la qualité de l'éducation » ;
(ii) une réflexion plus approfondie sur différents aspects du thème au sein de petits groupes de discussion ;
(iii) deux réunions à huis clos du forum des ministres.
En outre, plusieurs activités organisées par les groupes de travail ont eu lieu en marge de la biennale, avant, pendant et après la réunion.
Réflexion menée sur le thème de la réunion
La réflexion sur le thème central s'est nourrie d'analyses, d'expériences et d'initiatives illustrant divers types de partenariats dans le domaine de l'éducation. Ces expériences concrètes, décrites dans une quinzaine de documents1 distribués aux participants, ont été présentées en plénière. Une attention particulière a été donnée aux résultats et enseignements à tirer aux plans politiques et pratiques.
Les séances plénières
Les séances plénières ont approfondi les sous-thèmes suivants :
-- partenariats entre organismes internationaux et pays ;
-- partenariats au sein des pays (entre le secteur privé et le secteur public/avec les communautés) ;
-- partenariats pour le renforcement des capacités ;
-- partenariats pour l'amélioration de la qualité de l'éducation.
- Partenariats entre organismes internationaux et pays
Au cours de la première séance, a été présentée une analyse critique des méthodes et instruments de l'aide, basée sur un bilan des résultats de vingt ans d'aide au Sahel. Une autre intervention, faite par M. Harry Sawyerr, ancien ministre de l'éducation du Ghana et président du Forum des ministres, s'est attachée à décrire l'expérience réussie de coordination de l'aide au Ghana.
- Partenariats au sein même des pays
Une initiative du secteur privé en Afrique du Sud a été présentée comme un exemple de partenariat fructueux avec le secteur privé.
De nouveaux modèles de collaboration entre ministères de l'éducation et communautés, et entre systèmes d'offre éducative formels et non formels ont été présentés. Ils sont basés sur des études effectuées par le groupe de travail sur l'éducation non formelle.
- Partenariats pour le renforcement des capacités
Diverses initiatives contribuant au renforcement des capacités ont été au centre des discussions lors de la troisième séance. Le renforcement des capacités dans les domaines suivants a été abordé : planification stratégique des ressources consacrées à l'éducation des filles ; systèmes statistiques pour une gestion des systèmes éducatifs améliorée ; études sectorielles en tant qu'outils d'amélioration des politiques et programmes éducatifs. Une attention particulière a été donnée aux démarches des groupes de travail pour renforcer les capacités. Ont également été présentées les initiatives du Programme d'analyse des systèmes éducatifs de la Confemen (PASEC) et du Southern Africa Consortium for Monitoring Educational Quality (SAQMEQ).
- Partenariats pour améliorer la qualité de l'éducation
Deux séances se sont intéressées à des initiatives diverses, axées sur l'amélioration de la qualité. Parmi celles-ci : le FEMSA, pour l'amélioration de l'enseignement des mathématiques et des sciences aux filles ; les enseignants, partenaires à part entière de leur perfectionnement pédagogique ; les travaux de la Commission Delors, chargée de formuler des recommandations pour l'éducation au vingt-et-unième siècle ; l'enseignement par radio, comme moyen efficace d'apprentissage.
Les discussions en petits groupes
Deux après-midi de travail en petits groupes de discussion étaient programmées. Les questions suivantes ont été abordées : la coordination menée par les pays eux-mêmes comme mécanisme favorisant des partenariats efficaces entre les organismes internationaux et les pays ; les éléments clés d'un partenariat efficace ; les communautés comme partenaires dynamiques ; le renforcement des capacités dans les domaines de la recherche, de la gestion et de la planification des statistiques de l'éducation ; dialogue et partenariats d'une stratégie pour la promotion de la qualité ; facteurs et stratégies pour promouvoir les capacités de façon durable.
Les contributions des différents participants seront synthétisées et rapportées dans le compte rendu de la biennale qui sera publié en 1998.
Les réunions du Forum des ministres
Le Forum des ministres s'est réuni à deux reprises à Dakar (voir l'article en page 6). Environ cinquante ministres, chefs de délégation et conseillers des ministres ont participé à ces réunions. Les ministres africains ont élu un nouveau bureau présidé par M. Amanya Mushega, ministre de l'Education de l'Ouganda. Le bureau des ministres a été élargi à 10 ministres, qui représenteront le forum sur le Comité directeur de l'ADEA. Le forum s'est penché sur les résultats de la réunion du Bureau des ministres qui a eu lieu à Accra au mois de février dernier. Il a retenu quelques conclusions, portant notamment sur l'utilisation de l'expertise locale, et la priorité à accorder à l'éducation de base, sans pour autant minimiser l'importance des niveaux secondaire et supérieur. Ont également été discutés : des mesures pratiques destinés à faire avancer l'Initiative spéciale pour l'Afrique, et la création de nouvelles structures régionales touchant l'éducation.
Réunions des groupes de travail et autres réunions périphériques
Au cours de ces journées, plusieurs groupes de travail de l'ADEA se sont réunis : Analyse sectorielle ; Education non formelle ; Enseignement supérieur ; Finances et éducation ; Livres et matériel éducatif ; Participation féminine ; Recherche ; Statistiques.
Après la biennale, le Comité directeur s'est réuni pour examiner le rapport d'activités de 1997 et le projet de budget et programme pour 1998 de l'ADEA.
Clôture de la réunion
La séance de clôture était présidée par M. Mamadou Ndoye, ministre délégué chargé de l'Education de base et des Langues nationales du Sénégal. M. Ndoye et son équipe technique ont été étroitement impliqués dans toutes les étapes de l'organisation de la biennale.
Dans un premier temps, Mme Amoako-Nuama, ministre de l'Education du Ghana a fait un compte-rendu des réunions du Forum. Puis M. Richard Sack, secrétaire exécutif de l'ADEA, a fait un rapport succinct sur l'ADEA, ses activités et son programme.
Le moment fort de la séance a été le compte rendu des débats des petits groupes de discussion. Le rapport s'est fait sous forme d'interviews menées par M. Ndoye, de manière dynamique et vivante.
La réunion s'est achevée sur les interventions de M. Mushega, ministre de l'Education de l'Ouganda et nouveau président du bureau des ministres, de M. Mamadou Ndoye, et de M. Gustafsson, président sortant de l'ADEA. M. Mushega a remercié le gouvernement du Sénégal pour son accueil et l'organisation de la réunion. Il a rendu un hommage particulier à M. Gustafsson, président sortant de l'ADEA pour le travail qu'il a accompli au cours des deux dernières années et pour ses qualités de « forgeur de consensus ».
1 Un compte rendu exhaustif de la réunion paraîtra début 1998.