| Chapitre 8. Principales
conclusions, observations et recommandations Ce chapitre sera consacré à lexposé de lessentiel des résultats, des observations et des recommandations. Il sagit ici de présenter un aperçu général des études sectorielles constituant léchantillon retenu pour la période 1990-1996. Certains des aspects mis en évidence peuvent remonter à des études sectorielles réalisées avant la période examinée et peuvent aussi sappliquer à des études sectorielles à venir, au Zimbabwe et ailleurs. Nous pensons, de toute façon, que ces aspects principaux se retrouvent aussi dune manière générale dans dautres pays en développement, en particulier dans ceux du continent africain. Nous reconnaissons que nous avons nos perceptions personnelles de " la façon dont les choses doivent se passer " ou " auraient dû se passer ". Il se peut que nos perceptions, nos prédispositions, mais aussi nos interprétations aient laissé quelque trace dans la présentation de cette étude. Cela tient au fait que lespèce de méta-évaluation que contient un tel examen se prête à lexpression de la subjectivité. Les principales conclusions ont trait à laccessibilité des études sectorielles, à la connaissance de leur existence, à leur gestion, aux méthodes et approches employées, à la mise en chantier des études sectorielles, à leur contenu, à leur exécution, à la concurrence entre les organismes internationaux, au degré de concordance entre les études sectorielles et les plans nationaux, à la coopération entre les chercheurs, lorganisme commanditaire et les services gouvernementaux, et à la voie à suivre. Les études réalisées sur le secteur de léducation pendant la période examinée étaient éparpillées entre des ministères, des organismes, des établissements denseignement et des particuliers. Dans plusieurs cas, il a été sensiblement plus facile dobtenir communication dune étude de la part dun particulier quauprès dun ministère. Cependant, la plupart des études étaient censées se trouver dans un ministère. Autrement dit, il ny avait pas quun lieu où les membres de léquipe pouvaient se procurer les documents dont ils avaient besoin. Les chercheurs se sont rendus à maintes reprises dans des ministères, des ONG, des organismes daide, des établissements denseignement supérieur et chez des particuliers pour tâcher de rassembler les études sectorielles effectuées pendant la période examinée. Ainsi a-t-on perdu beaucoup de temps et gaspillé des ressources. Le fait que les études sectorielles naient pu être obtenues en un lieu unique est révélateur dune faiblesse du système. Même dans un ministère ou dans un service, lorsquun fonctionnaire avait été muté, son remplaçant ignorait les tenants et aboutissants ou lexistence des études sectorielles retenues. Lexpérience montre que ce type de situation nest pas le propre du seul Zimbabwe mais se retrouve couramment dans dautres pays dAfrique. Nous faisons observer quil est du devoir du gouvernement (ministères), des organismes daide, des ONG et des établissements denseignement supérieur de répertorier et de conserver les études sectorielles en un lieu où il est loisible de les retrouver si besoin est. Au Zimbabwe, le Human Resources Research Centre (HRRC) de la Faculté de pédagogie de lUniversité du Zimbabwe serait un lieu tout indiqué. Le Conseil de la recherche, les ministères et en particulier leurs bibliothèques devraient stocker les études sectorielles pour en faciliter laccès aux chercheurs. Il est vivement recommandé de créer pour ces études une banque de données informatisée. A loccasion de la collecte des données et des conversations quelles suscitent, nous avons été amenés à constater que certains hauts fonctionnaires ministériels ou responsables dONG ignoraient lexistence de certaines études sectorielles, tout autant que le contexte dans lequel elles avaient été menées, cela en raison de la rotation du personnel. Mais certaines attitudes peuvent aussi expliquer ce phénomène : une fois réalisées, certaines études ont été oubliées sur des étagères. Il est difficile de prescrire ce quil y a lieu de faire. Les fonctionnaires qui quittent leur poste se doivent dinformer leurs successeurs. Cette information est indispensable à la continuité du service, en particulier au stade de sa mise en uvre. Toutefois, le plus important est la création impérative par lorganisme utilisateur dune documentation sur ces études. La mise en chantier, la gestion, lorganisation et ladministration dune étude sectorielle sont des fonctions essentielles. Cela devrait être clairement indiqué dans létude. La plupart des études sectorielles examinées ne portaient pas mention de ces informations. Les entretiens que nous avons menés ont fait apparaître que certains aspects étaient contenus dans des documents distincts signés au moment de la conclusion de laccord relatif à létude. Or, la manière dont on gère une étude sur léducation se répercute aux niveaux de sa qualité, de son efficience, de son efficacité et de son exécution. Les stratégies dexécution sont tributaires de la façon dont le personnel est sélectionné, des critères appliqués et des services de soutien logistique mis en place. Nous recommandons, par conséquent, la création dune structure ou dune stratégie de gestion chaque fois que lexécution dune étude sectorielle est entreprise par le gouvernement, une ONG, un organisme daide ou plusieurs de ces acteurs combinés. Il a été établi que limmense majorité des études sectorielles examinées avaient eu recours à la méthode et à lapproche de lenquête. Cela correspond à ce qui se fait dans dautres pays. Cette approche présente des avantages indéniables, mais, dans des pays en développement comme le Zimbabwe, il faut veiller à ne pas en faire un emploi exagéré. Dautres méthodes ont été employées dans les études sélectionnées, mais celle de létude de cas et les approches participatives étaient très rares. Si lapproche de lenquête est prédominante, cest en partie dû au fait que les organismes internationaux, qui financent les études, veulent une vue densemble du système éducatif. Le meilleur moyen dobtenir ce résultat est, pense-t-on, le mode de lenquête. Or, les enquêtes ne permettent pas une compréhension satisfaisante des problèmes sous-jacents. Elles le permettent dautant moins que les instruments utilisés, tels que des questionnaires rédigés dans des langues étrangères, langlais par exemple, ne sont pas compris par la majeure partie de la population du pays. La grande question qui se pose est donc la suivante : quel est le degré de représentativité des idées, des points de vue, des observations, des recommandations et des conclusions contenus dans ces études sectorielles ? Nous recommandons que les instruments de collecte des données relatives au secteur de léducation soient traduits en langues locales. En outre, il convient de tenir compte des normes culturelles qui ont cours dans lensemble de la communauté afin doptimiser la compréhension des questions complexes qui sont à létude. Les approches quantitatives doivent être complétées par dautres méthodes. Léquipe a eu du mal à établir lorigine des études sectorielles sélectionnées en ne se fondant que sur le texte de létude. Il a fallu obtenir un complément dinformation par des entretiens. Les entretiens avec des fonctionnaires des services gouvernementaux ont fait apparaître que la plupart des études étaient entreprises à linitiative dorganismes internationaux, cela principalement parce quils pouvaient les financer en consultation avec des ministères. Les problèmes connexes relevaient de la question de savoir à qui appartenaient les études sectorielles et si lidentité du propriétaire avait une incidence sur le contenu de létude. Si les ministères ne sont pas propriétaires des études, rien ne garantit quils utiliseront les résultats de la recherche ni même quils consulteront les études. La propriété des études est une question complexe. Elle fait intervenir ceux qui les financent, les ministères pour lesquels elles sont réalisées, les gens qui les font, les gens auxquels elles sont censées être destiné en loccurrence, les parents, les enseignants et les élèves, mais aussi lensemble de la communauté. Dans le cas de plusieurs études, il est apparu à lévidence que celles-ci étaient faites pour les organismes qui les finançaient. Il y avait, certes, des exceptions. Nous sommes parvenus à la conclusion que, dans leur totalité, les études traitent en général de questions et de politiques relevant du gouvernement, telles, par exemple, celles qui sont inscrites au deuxième Plan quinquennal. En dautres termes, certaines études se conforment à des programmes qui ne correspondent pas entièrement à ceux du gouvernement. Les organismes, pour leur part, faisaient valoir que les défauts de correspondance étaient en grande partie imputables à labsence de politiques éducatives clairement définies. La vérité paraît être que, jusquà la libéralisation, les organismes ne se sont guère préoccupés des plans de développement du gouvernement. Les choses ont changé. Cela étant, nous recommandons le dialogue avant la mise en chantier des études sectorielles.
Toute étude sectorielle doit comporter des plans dexécution ou des stratégies de suivi. Lorsquune étude sectorielle ne débouche pas sur une stratégie ou un plan dexécution, il y a gaspillage des ressources engagées pour la réaliser. Au Zimbabwe, la majeure partie des études sectorielles examinées ne comportaient pas de stratégie dexécution. Cela était dû en partie au problème de propriété évoqué ci-dessus. Si les pouvoirs publics estiment ne pas être les initiateurs dune étude, il devient difficile de leur adresser des recommandations, dans la mesure où létude a été réalisée sans leur participation ou avec une participation minime de leur part. Dans la plupart des cas, rien nindiquait que les études sectorielles eussent été suivies deffet. Elles décorent des étagères dans les bureaux de hauts fonctionnaires en attendant que dautres viennent les rejoindre. Non seulement les études sectorielles doivent comporter lénoncé de stratégies dexécution, mais celles-ci doivent faire lobjet dun accord des groupes cibles et des partenaires. A la lecture des études sectorielles de notre échantillon, nous avons été frappés par les similitudes existant dans les questions quelles traitaient. Pratiquement toutes revendiquaient la préoccupation de la qualité et de léquité. Autrement dit, des études sectorielles portant des titres différents contenaient les mêmes informations. Il semble, en ce qui concerne léducation au Zimbabwe, que les organismes se fassent mutuellement concurrence. Il ne paraît pas y avoir entre eux de consultations pour déterminer si ce quils veulent faire na pas déjà été réalisé par lun deux. Si lon veut mener des études sectorielles efficaces au Zimbabwe, il faut que les organismes mettent en place un mécanisme leur permettant de se consulter mutuellement pour sassurer que toute étude sectorielle quils veulent élaborer nest pas un doublon dun travail exécuté par un autre organisme. A cette occasion, il faut faire preuve de réalisme en consultant les ministères intéressés car ce sont eux qui doivent en loccurrence représenter les Zimbabwéens dont les besoins sont en cause. Nous avons observé ci-dessus quil conviendrait de consulter les représentants de lÉtat au moment de mettre en chantier et dexécuter des études sectorielles. Les études sectorielles ne sont pas toutes entreprises à linitiative dorganismes internationaux. Mais le problème de lexécution demeure. Il y a des fonctionnaires gouvernementaux qui nont pas exécuté les études sectorielles quils avaient mises en chantier, parfois faute des fonds nécessaires. Mais nous avons aussi constaté que certains hauts fonctionnaires de lÉtat ne pressaient pas les fonctionnaires responsables de mettre en uvre les recommandations dune étude sectorielle. Nous sommes fermement convaincus quil faudrait toujours spécifier dans les études commandées que les chercheursanimeront, pour les besoins des utilisateurs désignés, des ateliers dans lesquels seront discutés les résultats de létude et les stratégies dexécution recommandées. Il ressort des études sectorielles examinées quelles ont été effectuées par des chercheurs étrangers et des chercheurs zimbabwéens. Celles qui ont fait intervenir des chercheurs locaux étaient, semble-t-il, patronnées par des organismes daide au développement, entre autres lUNESCO et la Banque mondiale. Celles qui étaient confiées à des chercheurs étrangers avaient tendance à émaner dorganisations gouvernementales étrangères. Du point de vue de la compréhension des problèmes, il semble que les chercheurs locaux aient mieux saisi ce dont il retournait que les étrangers. Nous recommandons que, dans toute la mesure du possible, il soit fait appel à des chercheurs locaux pour effectuer les études sur le secteur de léducation, même si la présence de consultants étrangers simpose. Il conviendrait dencourager une démarche de travail en équipe. Il y a, au Zimbabwe, des chercheurs qualifiés et expérimentés employés dans la fonction publique et dautres institutions qui sont capables de mener à bien des études sur le secteur de léducation. De plus, en constituant des équipes associant des chercheurs locaux à des chercheurs étrangers, on contribue à la création de capacités au Zimbabwe. Lexamen des études sectorielles sélectionnées a été mené par le ZESARG, un groupe duniversitaires et de chercheurs expérimentés basé au Zimbabwe. Nous avons avancé que certaines études finissent par décorer les rayonnages des bureaux des hauts fonctionnaires. Cette étude elle-même peut finir de la même manière, malgré le soutien des ministères de léducation au Zimbabwe. Ce que nous recommandons, cest de faire de lanalyse du secteur de léducation au Zimbabwe un processus permanent. Ce processus devrait dailleurs être étendu à des études sur dautres domaines que léducation. Il y a des institutions, comme le HRRC, la Faculté de pédagogie et la ZERA qui peuvent de temps à autre examiner des études sectorielles. Nous préconisons que les organismes, les ministères et les ONG coopèrent à identifier des études sectorielles fondées sur de véritables besoins par opposition à des programmes occultés. La mise en place dune banque de données sur les études sectorielles pour les projets exécutés depuis lindépendance au Zimbabwe est une nécessité urgente. Il sagit dune mesure capitale pour permettre à ceux qui veulent consulter les études sectorielles dy avoir accès relativement facilement. Le HRRC pourrait en être chargé. Un examen détudes sectorielles est aussi ce quon appelle une méta-évaluation, ou évaluation dévaluation. Ce nest pas une tâche aisée. Mais avec ce projet, le Zimbabwe a pris un bon départ. A partir de là, il faut construire, et il faut que des acteurs clés coopèrent et soient coordonnés, à savoir des chercheurs dans lensemble du pays, des institutions et les pouvoirs publics. Il le faut parce que les études sectorielles sont indispensables et quil faut leur donner suite. Les informations contenues dans les études sectorielles doivent être diffusées au profit du public et apporter de linformation en retour pour faciliter une amélioration en phase avec les réalités du système éducatif du Zimbabwe. Des mécanismes sont en place. Ce quil faut, cest en faire usage pour sassurer que les études sectorielles soient examinées systématiquement et régulièrement. |