Appel à candidatures : Recherche/Etude sur le DCTP au niveau de l'offre

Redéfinition du rôle du développement des compétences techniques et professionnelles dans le cadre du travail futur et de l’apprentissage tout au long de la vie, à la lumière de la numérisation et de la quatrième Révolution industrielle (4RI)

I. Contexte

La population mondiale devrait s’accroître de 2 milliards de personnes au cours des 30 prochaines années, passant de 7,7 milliards actuellement à 9,7 milliards en 2050 (Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DAES-NU), 2019). Selon de récentes prévisions des Nations Unies, la population du continent africain devrait doubler à l’horizon 2050, passant de 1 milliard à près de 2,4 milliards d’habitants. Fait plus important encore, la moitié de cette population aura moins de 25 ans, ce qui soulève la question urgente de savoir si son économie a la capacité d’absorber les millions de nouveaux arrivants qui inonderont bientôt son marché du travail.1 Toutefois, la vérité est que l’Afrique ne dote pas ses jeunes d’un équipement adéquat pour assurer les emplois de demain. La numérisation, les mathématiques, les sciences des matériaux, les biotechnologies, l’ingénierie, l’intelligence artificielle et la robotique figurent en tête de l’agenda des compétences futures requises  dans le cadre de ce que l’on appelle communément la quatrième Révolution industrielle. Le développement de la plupart de ces compétences ne figure pas dans les programmes d’études actuels de l’enseignement secondaire voire tertiaire en Afrique, ce qui signifie que les aptitudes et compétences disponibles qui proviennent du système ne correspondent pas suffisamment aux besoins du marché du travail.2 La mondialisation, les changements démographiques et les évolutions technologiques provoqués par la quatrième Révolution industrielle (4RI) (Schwab, 2016) ont des effets profonds sur le marché du travail mondial. Ces perturbations soulèvent des questions autour des types de compétences et d’apprentissage requis pour le travail de demain. Le monde du travail connaît une transformation rapide. La technologie modifie les exigences en matière de compétences des professions, touchant à la fois les nouveaux arrivants sur le marché du travail et les travailleurs plus âgés. 

Malheureusement, les systèmes éducatifs actuels ne préparent pas suffisamment la main-d’œuvre à ces changements. Il existe un décalage à la fois en termes de programmes d’études et de compétences requises sur le marché du travail et entre les résultats de l’éducation et les besoins des employeurs. Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT, 2019), 64 millions de jeunes sont sans emplois  dans le monde entier. Fait plus marquant encore, 20°% des jeunes ne suivent ni études, ni formation, ni en situation d’emploi - ils sont désengagés. - Dans le même temps, des millions de postes restent à pourvoir. Ce paradoxe - un taux de chômage élevé chez les jeunes et des postes vacants importants - exige une redéfinition du rôle que les systèmes éducatifs, et plus particulièrement le DCTP et d’autres types d’apprentissage en milieu professionnel, peuvent jouer pour combler ce déséquilibre. La 4RI apportera de nouvelles méthodes de travail, telles que « l’économie de plateforme », et créera de nouveaux emplois, à mesure que les économies répondront à l’impact des technologies en développement (Evans et Schmalensee, 2016). La forte croissance démographique dans les pays en développement représente une opportunité démographique qui pourrait être compromise si les économies ne créent pas des emplois significatifs et ne forment pas les nouvelles générations de manière appropriée pour les métiers du futur  (Bandura et Hammond, 2018). À cet égard, l’on ne doit pas sous-estimer le DCTP en tant que voie légitime vers l’emploi. Les systèmes de DCTP doivent renforcer leur partenariat avec les employeurs pour garantir des formes appropriées d’apprentissage et d’accès à des compétences de niveau international afin de promouvoir des emplois nouveaux et continus adaptés à une économie à haut niveau de compétences et à de nouvelles formes d’emploi.

Un système d’EFTP/de DCTP bien conçu devrait donc à la fois promouvoir les compétences sociales et les compétences techniques de haut niveau. La rapidité et l’ampleur du changement exigent une vaste transformation des institutions d’EFTP en proposant des approches de financement et des prestations innovantes et en impliquant différents types d’acteurs publics et privés. Cette transformation peut prendre différentes formes et se faire dans des cadres formels, non formels et informels. Selon l’UNESCO-UNIVOC, les pratiques innovantes dans l’EFTP devraient prendre en considération les pratiques organisationnelles qui intègrent le suivi et la communication internes, l’écosystème des acteurs internes et externes, les processus d’enseignement et d’apprentissage, et le développement et la fourniture de produits et services de DCTP non traditionnels.

II. Intervention de l’ADEA dans le domaine du DCTP

L’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) organise des forums importants pour le dialogue politique qui promeut des politiques et des pratiques innovantes parmi les acteurs. L’ADEA veille également à ce que les recommandations découlant de ces initiatives  soient traduites en actions concrètes. L’une des initiatives clés mises en place par l’Association a été de créer une plateforme dénommée « Pôles de qualité inter-pays (PQIP) » qui réunit les pays africains confrontés à un défi similaire et des partenaires stratégiques ayant une expertise dans le domaine spécifique. Des ministères de l’Éducation spécifiques dirigent ces PQIP et, à ce jour, l’ADEA en compte neuf, dont un sur le développement des compétences techniques et professionnelles, coordonné  par la Côte d’Ivoire. 

L’ADEA a entrepris plusieurs interventions visant à soutenir le développement des compétences techniques et professionnelles (DCTP) en Afrique. Premièrement, en termes de discours politique et technique sur le développement des compétences par le biais de forums de dialogue politique de haut niveau sur l’éducation. La Biennale de l’éducation à Maputo (2008) a consacré un sous-thème à la « Transition de l’école vers le monde du travail », a réaffirmé le rôle essentiel de l’EFTP (principalement associé au système scolaire formel, avec des liens secondaires  avec les secteurs de formation non formels et informels) dans l’acquisition de compétences et le développement économique et a recommandé un changement de paradigme en faveur du DCTP (holistique et inclusif, tenant compte des impératifs de l’apprentissage tout au long de la vie).3 Pour donner suite à cette recommandation, la Triennale de Ouagadougou (2012) a examiné le sous-thème « Le DCTP tout au long de la vie pour une croissance socio-économique durable en Afrique », pendant que le premier sous-thème de la Triennale de Dakar (2017) portait sur « La mise en œuvre de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie pour le développement durable ». Ces trois événements phares ont servi de base à l’élaboration des plans stratégiques à moyen terme respectifs de l’ADEA. Les discussions au cours du Forum de dialogue politique de haut niveau de 2019 tenu à Johannesburg autour du thème : « Réforme de l’enseignement secondaire : Préparer les jeunes à l’avenir du travail » explorent les stratégies de création de filières entre l’enseignement secondaire général et l’enseignement technique et professionnel.

Le Pôle de qualité interpays (PQIP) sur le DCTP a entrepris plusieurs travaux de renforcement des capacités et d’analyse en Afrique qui ont informé les forums de dialogue politique de haut niveau. Il s’agit notamment du continuum éducation-formation-travail ; de la politique et de la gouvernance des systèmes de DCTP ; des partenariats multipartites ; de l’accès, de la participation et de l’équité pour les filles dans les situations post-conflit et les secteurs informels ; de la qualité, de la pertinence et de l’employabilité ; de l’évaluation, de la validation et de la certification par l’élaboration de cadres nationaux de qualifications (CNQ) et de la pertinence pour l’apprentissage tout au long de la vie et la reconnaissance des acquis ; et du financement de la formation professionnelle.

III. Objectifs de la recherche de l'étude sur l'offre

L’ADEA entend organiser en 2020 ou 2021, en fonction de la crise pandémique du COVID-19 en cours, un Forum de dialogue politique de haut niveau sur le thème « Redéfinition du rôle du développement des compétences techniques et professionnelles dans le cadre de l’avenir du travail et l’apprentissage tout au long de la vie, à la lumière de la numérisation et de la 4RI ». Les forums de dialogue politique constituent un outil que l’ADEA utilise pour rester au fait des questions clés touchant à l’éducation ou pour fournir un cadre permettant de partager sans délai des idées et d’échanger sur des questions essentielles dans le secteur de l’éducation. Ils contribuent à donner aux pays africains les moyens d’élaborer des systèmes d’éducation et de formation qui répondent à leurs nouveaux besoins et favorisent une transformation socio-économique durable. En prélude à ce Forum de dialogue politique de haut niveau, et afin d’aider les pays à adapter leur système d’EFTP/DCTP en vue de relever les défis de l’avenir du travail en mettant l’accent sur la numérisation, des informations pertinentes sont indispensables. Ainsi, l’ADEA a décidé d’entreprendre cette étude sur le DCTP au niveau de l’offre afin de contribuer au « Forum de dialogue politique de haut niveau de l’ADEA de 2020/2021 » prévu. L’étude sera réalisée dans 10 pays (2 par Commission économique régionale (CER)). 

Les objectifs spécifiques de l’étude sont d’évaluer l’état de préparation de la provision  de l’EFTP/du DCTP au niveau de l’offre dans les pays sélectionnés pour répondre aux compétences requises par la digitalisation  du monde du travail ainsi que les obstacles au développement et à la mise en œuvre des pratiques innovantes dans l’EFTP/le DCTP. L’évaluation portera sur le cadre de l’EFTP/du DCTP, en mettant l’accent sur les niveaux politique, institutionnel et systémique, notamment les ressources humaines, la gestion des programmes, les processus de formation  et d’apprentissage, les institutions et leur environnement d’apprentissage, et les prestataires de formation, ainsi que les produits et services offerts par le développement du DCTP. 

IV. Étendue des travaux

L’étude tiendra compte du phénomène récent de l’industrialisation des pays africains et de l’économie numérique ainsi que de l’Agenda 2063 actuel de l’Union africaine intitulé « L’Afrique que nous voulons » et du Programme 2030 des Nations Unies sur les objectifs de développement durable (ODD), en particulier les Objectifs 4 et 8. À cet égard, l’étude portera sur les principales questions suivantes : 

  1. Comment intégrer les compétences numériques dans la formation technique et professionnelle à l’ère de la 4RI, avec un effet en cascade, pour contribuer à faire progresser l’accès et la qualité pour les apprenants de manière inclusive ?
  2. Comment pouvons-nous accroître la transférabilité des qualifications et la mobilité des compétences professionnelles à travers les secteurs ?
  3. Comment pouvons-nous aborder la question de la préparation des enseignants/formateurs par le biais de programmes de formation innovants et pertinents ? Quelles sont les stratégies d’atténuation du problème du bas statut  de la profession de formateur en DCTP ? Comment pouvons-nous améliorer le statut de la profession par la professionnalisation des enseignants/formateurs individuels avec le soutien des institutions et des partenaires du DCTP ? Comment leur rôle peut-il aller au-delà de l’enseignement de la pratique professionnelle pour s’engager dans le développement social et économique du secteur ?
  4. Quelles stratégies les gouvernements devraient-ils mettre en place pour changer la perception sociale négative du DCTP comme une option basse  et une formation de « seconde classe », qui favorise sa stigmatisation et sa marginalisation en tant que filière de bas niveau pour les apprenants enregistrant de piètres résultats scolaires dans de nombreux pays africains ?

V. Méthodologie proposée4

  1. Évaluer le contexte actuel de chacun des pays sélectionnés
    • Vision, politique et stratégie
    • Plan de développement économique et Plan stratégique du secteur de l’éducation - niveau de priorisation du DCTP
    • Réglementation du DCTP et assurance-qualité, notamment le cadre des qualifications
    • Statistiques disponibles (taux d’inscription  équité entre les sexes,) 
    • Systèmes de formation au DCTP existants (formels, informels, non formels, reconnaissance des acquis)
    • Politique et pratique actuelles en matière de développement de carrière des formateurs en DCTP
    • Répartition des prestataires de formation au DCTP (public par rapport au privé, zones urbaines par rapport aux zones rurales, niveau de base contre niveau supérieur...)
    • Études de traçage et enquêtes de satisfaction des employeurs existantes pour mesurer la qualité et la pertinence des programmes de formation existants
  2. Analyser les pratiques (passer de la politique/stratégie à la mise en œuvre)
    • Examen des performances du système de DCTP : i) Compétence des formateurs ; ii) Infrastructure et équipement ; iii) Utilisation de la technologie numérique ; iv) Mécanismes de financement alternatifs pour améliorer l’accès, la qualité et la pertinence ; v) Équité entre les sexes, notamment des mesures incitatives pour promouvoir l’égalité des sexes dans le DCTP ; vi) Niveau d’implication du secteur privé dans la prestation du DCTP par le biais de partenariats public-privé.​​
  3. Identifier les solutions/approches innovantes pour améliorer l’accès, la qualité et la pertinence, en particulier celles qui reposent sur la technologie numérique
  4. Identifier les collaborations/partenariats transfrontaliers pour promouvoir le DCTP en utilisant la technologie numérique 

VI. Résultats attendus

  • Le contexte actuel du DCTP de chacun des pays sélectionnés a été évalué.
  • Les pratiques de DCTP (passage de la politique/stratégie à la mise en œuvre) ont été analysées.
  • Les solutions/approches innovantes pour améliorer l’accès, la qualité et la pertinence ont été identifiées, en particulier celles qui reposent sur la technologie numérique.
  • Les collaborations/partenariats transfrontaliers pour promouvoir le DCTP en utilisant la technologie numérique ont été identifiés. 

VII. Produits livrables 

Un rapport complet qui devrait comprendre :

  1. des informations de base sur le contexte et le niveau actuels de développement du DCTP dans chacun des pays sélectionnés ;
  2. une synthèse du contexte et du niveau actuels de développement du DCTP par le CER ;
  3. une analyse et une évaluation des pratiques (passage de la politique/stratégie à la mise en œuvre) ;
  4. des solutions/approches innovantes pour améliorer l’accès, la qualité et la pertinence, en particulier celles qui reposent sur la technologie numérique ;
  5. des collaborations/partenariats transfrontaliers pour promouvoir le DCTP à l’aide de la technologie numérique ;
  6. des recommandations sur les solutions innovantes, les enseignements tirés et les faiblesses identifiées aussi bien dans la politique que dans les pratiques pour la résolution des questions liées au chômage par le biais des technologies numériques.

VIII. Sélection des pays 

En collaboration avec le PQIP sur le DCTP, l’ADEA identifiera 10 pays africains (2 par CER) avec un équilibre entre les pays avancés et moins avancés en termes de prestation de DCTP.

IX. Profil du consultants 

  • Un expert principal en éducation justifiant d’au moins 5 années d’expérience avérée en DCTP/EFTP en Afrique et ayant déjà effectué un travail similaire. 
  • Avoir une connaissance solide avérée du DCTP et des questions d’innovation sur le continent
  • Jouir d’une expérience dans le diagnostic/l’évaluation de projets et/ou d’institutions en matière de DCTP en Afrique 
  • Avoir une expérience de travail avec les gouvernements, les agences de développement continental/international, le secteur privé ou de réalisation d’analyses sur la fourniture de DCTP.
  • Avoir une expérience dans l’analyse régionale ou la recherche sur la numérisation et le DCTP ; 
  • Avoir une parfaite maîtrise de l’anglais et du français, ainsi que d’excellentes compétences à l’oral et à l’écrit
  • Avoir une connaissance avérée en matière de TIC.

X. Calendrier

Du 25 mai au 3 juillet 2020.

XI. Soumission des candidatures 

Les candidatures (CV et Lettre de motivation) devraient être transmises à [email protected] au plus tard le 5 mai 2020 à minuit (12h00) GMT. L’objet du courriel devrait être le suivant : « Recherche/Etude de l’ADEA sur le DCTP au niveau de l'offre ».

En raison de la probabilité d’un volume important de demandes, seuls les candidats sélectionnés seront contactés par le biais d’une correspondance formelle par courriel. Veuillez ne pas contacter l’ADEA ou les membres du personnel pour vous renseigner sur l’état d’avancement de votre demande.

 


[2] Source : Emplois de la BAD pour les jeunes en Afrique 

[3] Le DCTP reconnaît la diversité de la fourniture de compétences et des filières de formation ; reconnaît les compétences acquises dans différentes situations d'apprentissage et de travail ; est non sélectif en ce qui concerne l'âge, le statut et le type d'environnement d'apprentissage ; et traite les questions relatives à la transition entre l'école/la formation et le travail et à l'acquisition de compétences sur le lieu de travail.

[4] Le  consultant est libre d'améliorer la méthodologie proposée dans son offre technique