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Gestion et mobilisation des personnels enseignants dans les pays francophones d'Afrique subsaharienne
Un rapport récent du groupe de travail sur la profession enseignante


«Gestion et mobilisation des personnels enseignants dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne» est un rapport qui résume les activités du programme Gestion et mobilisation des personnels enseignants (TMS) de la section francophone du Groupe de travail de la DAE sur la profession enseignante (GTPE) au cours des trois dernières années (1993-1995). Le travail ayant essentiellement consisté à faire un diagnostic de la situation de la région, le document recèle une profusion d’indicateurs et de renseignements sur chacun des dix pays analysés. La richesse du document témoigne de l’abondance d’information recueillie par les équipes nationales. Nous présentons dans cet article quelques extraits choisis du rapport afin de donner à nos lecteurs un aperçu du type d’informations qu’ils pourront y trouver.

Le programme TMS, conduit dans dix pays d’Afrique francophone (Burkina Faso, Tchad, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal–cf. Carte 3) par des équipes nationales, a consisté, dans sa première phase, à faire un diagnostic de la gestion des personnels enseignants dans ces pays et à déterminer les causes des dysfonctionnements. Ce diagnostic a été établi à partir de données quantitatives de type macro-économique (analyse quantitative) et des réponses aux questionnaires distribués dans les directions centrales des ministères de l’Education (analyse qualitative).

L’analyse quantitative

L’analyse des principaux indicateurs éducatifs a été faite en parallèle avec les données démographiques et le PNB.

Une perspective internationale a été introduite en comparant les indicateurs des dix pays africains avec ceux des pays d’Asie dont le PNB par tête est inférieur à 500 dollars. Il ressort de ce rapprochement que les dix pays participants au programme TMS ont un effort à produire pour améliorer leurs systèmes éducatifs. Au sein de ces derniers, la gestion des personnels, compte tenu de l’importance budgétaire qu’elle représente, doit faire l’objet d’une attention particulière.

Parmi les indicateurs analysés dans le rapport figurent :

Les taux de scolarisation : les taux de scolarisation bruts observés (50,4% dans le primaire et 12,2% dans le secondaire en 1991) sont, en moyenne, très nettement inférieurs à ce qui est observé en Afrique anglophone (87% et 26,5%) et en Asie (86% et 34,2%) tant pour l'enseignement primaire que secondaire. Les taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire sont quatre fois moins importants que dans l’enseignement primaire. D’une manière générale, les écarts entre garçons et filles restent très élevés. Ils passent du simple au double dans le secondaire (16,1% pour les garçons contre 8,2% pour les filles).

Les indicateurs d’efficacité : L’analyse des taux bruts de scolarisation doit être nuancée par un certain nombre d’indicateurs sur l’efficacité du système. En effet, accueillir un grand nombre d’enfants à l’école n’est pas forcément le signe d’un système qui conduit les effectifs considérés avec succès jusqu’en fin de cycle. Les effectifs peuvent n’être que le signe d’un simple maintien en classe plus ou moins apparenté à une garderie. Le rapport montre combien le manque d’efficacité d’un système – mesuré par les taux de redoublement et d’abandon –est coûteux. Dans des pays tels que Madagascar, l’on dépense, compte tenu des performances internes du système, trois fois plus que ce que l’on dépenserait si tous les élèves admis réussissaient leur scolarité. Au Mali, au Gabon, et au Tchad deux fois plus. Les pays d’Asie présentent des profils de performance nettement plus favorables.

Les indicateurs de coût : L’analyse des coûts repose sur l’étude des taux d’encadrement dans le primaire et le secondaire, et une approche des coûts unitaires d’éducation exprimés en multiples du PNB par tête.

On observe une différence spectaculaire entre les coûts unitaires de l’enseignement supérieur et ceux du primaire. En moyenne le coût unitaire de l’enseignement supérieur est 35 fois plus élevé que dans le primaire et dix fois plus élevé que dans le secondaire. Dans certains pays, cette moyenne est largement dépassée. Ainsi, au Burkina-Faso, le coût unitaire est 66 fois plus élevé.

Tableau 1. L’ efficacité des systèmes éducatifs (Profils de performance)

Le manque d’éfficacité du système coûte très cher. A Madagascar, on dépense trois fois plus que ce que l’on dépenserait si tous les élèves admis réussissaient leur scolarité. Au Mali, au Gabon, et au Tchad, deux fois plus.

Les profils de performance des pays asiatiques sont nettement meilleurs.

Pays Tx. scol.
brut
Tx. accès
app. prim.
Tx. accès
fin prim.
Coefficient
d’efficacité
Prim. Sec. (1) (2) (3)
Burkina Faso 37 8 36 71 64
Tchad 57 7 61 71 54
Côte d’Ivoire 69 22 60 71 62
Gabon -- -- 44 41 46
Guinée 37 9 67 59 60
Madagascar 92 18 38 41 36
Mali 24 7 50 -- 47
Mauritanie 51 16 68 59 65
Niger 29 7 82 77 75
Sénégal 58 16 85 78 76
Moyenne 50,4 12,2 52 64,70 58
Afrique francophone 70 16,6 71 59 55
Afrique anglophone 87 26,5 98 66 73
Asie (PNB/hab<500)<> 86 34,2 95 69 78


Source : Gestion et mobilisation des personnels enseignants dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne
(1) Rapport entre la population admise en première année à l’école et la population en âge d’être admise.
(2) Rapport entre l’effectif de ceux qui accèdent en fin de primaire sur la population qui y a été admise quelques années plus tôt.
(3) Calculé à partir du suivi d’une cohorte. Rapport entre le nombre d’années scolaires qu’aurait dû consommer la cohorte et le nombre d’années effectivement consommées.

Tableau 2. Le coût des systèmes éducatifs (Coûts unitaires exprimés en PNB/Tête)

Si les taux d’encadrement des pays d’Afrique considérés sont relativement semblables à ceux des pays asiatiques considérés, il n’en est pas de même des coûts unitaires d’éducation. En Asie, ceux-ci sont en moyenne deux fois inférieurs pour le primaire et le secondaire et cinq fois moins importants pour le supérieur.

Les écarts de coûts entre les divers ordres d’enseignement, primaire, secondaire, et supérieur sont moins importants dans les pays d’Asie.

Pays Taux
d'encadrement (1)
Coût
unitaire (2)
Prim. Sec. Prim. Sec. Sup.
Burkina Faso 57 30 0,17 0,56 11,2
Tchad 67 36 0,10 0,35 7
Côte d’Ivoire 36 nd nd nd 1,9
Gabon 44 nd nd nd nd
Guinée 40 14 nd nd nd
Madagascar 40 21 0,06 0,18 nd
Mali 42 14 nd nd nd
Mauritanie 47 18 0,18 0,86 nd
Niger 42 26 0,25 0,70 4,28
Sénégal 58 23 0,15 0,33 3,44
Moyenne 47,3 22,7 0,15 0,50 5,22
Afrique francophone 48 24 0,12 0,47 5,3
Afrique anglophone 39 22 0,11 0,60 5,9
Asie (PNB/hab<500)<> 37 19 0,08 0,20 1,1

Source : Gestion et mobilisation des personnels enseignants dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne
(1) Rapport maître/élève (1991).
(2) Coûts unitaires exprimés en PNB/Tête.


L’analyse parallèle des principaux indicateurs éducatifs, des données démographiques et des PNB, et la comparaison avec les pays d’Asie dont le PNB par tête est inférieur à 500 dollars, montre que les dix pays ont un effort à produire pour améliorer leurs systèmes éducatifs. La gestion des personnels, compte tenu de l'importance budgétaire qu'elle représente, doit faire l’objet d'une attention particulière.

Ces indications peuvent éclairer les décideurs en matière de scolarisation. Vaut-t-il mieux, compte tenu des objectifs politiques généraux poursuivis par un pays et au vu des coûts unitaires, scolariser un étudiant dans le supérieur ou 35 élèves dans le primaire?

Si les taux d’encadrement des pays d’Afrique considérés sont relativement semblables à ceux d’Asie, il n’en est pas de même des coûts unitaires d'éducation qui sont en moyenne deux fois inférieurs en Asie pour le primaire et le secondaire et cinq fois moins importants pour le supérieur. Les écarts de coûts entre les divers ordres d’enseignement, primaire, secondaire et supérieur sont également beaucoup moins importants dans les pays d’Asie.

L’exploitation des questionnaires

L’exploitation des questionnaires a révélé un mécontentement profond au sein de la profession enseignante. Ce mécontentement s’exprime à différents niveaux : au niveau des rémunérations, des conditions de travail, de la formation continue, de la gestion de l’affectation des carrières, et de l’encadrement.

L’équipe de la Côte d’Ivoire synthétise les opinions exprimées dans la formule suivante : le manque de motivation rencontré aujourd’hui correspond à la dévalorisation en termes monétaires de la profession.

Cette première expression rapprochée des analyses sur le coût et le financement de l’éducation situe d’emblée les tiraillements que les groupes de travail nationaux doivent gérer : articuler mécontentement salariaux avec difficultés économiques et perspectives budgétaires limitées.

Dans l’analyse budgétaire, le cas du Sénégal est cité pour illustrer les efforts budgétaires liés à la croissance démographique. Ce pays réalise un investissement éducatif relativement important en proportion du budget de l’Etat (supérieur à 20%) et constant, voire en légère augmentation, au regard de la richesse nationale (PNB). Or, dans le même temps, on note que les taux de scolarisation nets dans le primaire sont en légère diminution. La progression démographique y est plus rapide que la progression budgétaire, la population scolarisable croît plus rapidement que la population scolarisée.

Cet exemple montre que les efforts de scolarisation qui font l’objet de priorités politiques dans pratiquement tous les pays sont particulièrement ardus dans le contexte démographique et budgétaire actuel. Ils justifient d’autant les efforts de rationalisation entrepris par le GTPE. Le Sénégal conduit actuellement une politique rigoureuse en matière de gestion de l’enseignement supérieur afin de redistribuer des parts de budget en direction des enseignements primaire et secondaire.

La Côte d’Ivoire consacre, elle aussi, une part importante du budget de l’Etat à l’éducation (jusqu’à 47%). L’équipe nationale est arrivée à la conclusion que la situation difficile du système éducatif est due en partie à une mauvaise répartition des personnels. Une véritable gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des carrières avec la mise en place d’un système fiable d’information et de gestion des personnels est nécessaire.

Au niveau des structures administratives, les réponses aux questionnaires ont fait apparaître l’impact des plans d’ajustement structurel sur l’organisation administrative et sur celle de l’éducation en particulier. La nécessité de maîtriser les dépenses publiques, et donc l’accroissement de la masse des salariés relevant de la fonction publique d’Etat, a amené les pays concernés à privilégier le ministère des Finances et le ministère de la Fonction Publique. Ce dernier gérant les carrières des enseignants, et organisant parfois les recrutements. Cette situation est décrite par la plupart des pays comme difficile pour le ministère de l’Education nationale qui se trouve déresponsabilisé, et obligé à gérer non pas au rythme des rentrées scolaires mais au rythme des plans de travail des Finances et de la Fonction Publique.

Dans plusieurs pays, une réforme administrative est soit projetée, soit en cours de réalisation.

Parmi les autres éléments analysés, figure le problème de l’affectation et de la mutation des enseignants. Les pays concernés se caractérisent géographiquement par la co-existence de zones fortement urbanisées dans lesquelles le tissu scolaire est bien développé et de zones rurales isolées qui connaissent du fait de la dispersion de l’habitat et des habitudes économiques et culturelles locales des taux de scolarisation faibles. L’un des problèmes fréquemment rencontré dans la région est celui des enseignants qui ne souhaitent pas s’installer hors des villes.

Le maintien des enseignants dans les zones rurales exige de réels efforts d’imagination de la part des gouvernements qui doivent faire en sorte que les diverses primes ou autres avantages en nature soient suffisamment incitatifs.

Les difficultés du Mali à ce niveau sont cités tels la résistance des enseignants vis-à-vis des zones déshéritées, la préférence des enseignants nouvellement recrutés pour Bamako et les centres urbains, le manque de suivi par la Fonction Publique des agents en détachement ou en disponibilité, l’inadaptation des enseignants à des localités difficiles, et même le refus de certains enseignants de rejoindre leur poste.

Vers l’élaboration de plans d’actions nationaux

Forts du diagnostic de la profession enseignante effectué dans leurs pays, les équipes nationales ont commencé à préparer des plans d’actions nationaux visant à résoudre les problèmes décelés. Ceci constitue la deuxième phase du programme TMS.

Ainsi, par exemple, bon nombre de pays ont décidé de mettre en place des procédures de redistribution de ressources ou de redéploiement des moyens existants. Le rapport fait mention de certaines mesures essentielles retenues en les accompagnant d’exemples issus des plans d’action nationaux.

L’objet de cet article n’étant pas de résumer Gestion et mobilisation des personnels enseignants dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne, mais de donner un aperçu du type d’informations qu’il recèle, nous invitons les lecteurs intéressés à se reporter au document intégral pour une lecture plus approfondie.

A partir d’extraits de «Gestion et mobilisation des personnels enseignants dans les pays francophones d’Afrique subsaharienne»

Pour recevoir ce document, veuillez vous adresser à :
Joëlle Lanot
Ministère de la Coopération,
57 boulevard des Invalides,
75700 Paris
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modifiée : le 18 mars 2001