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Intégrer le renforcement des capacités au niveau institutionnel
Série “Quelles stratégies pour le développement des capacités ?”


Ko-Chih R. Tung,
Coordonnateur du programme SISED
et Wim Renkema,
Expert-associé, programme SISED

L’expérience acquise dans le cadre de nombreux programmes axés sur le développement de systèmes d’information a montré que si l’on se borne à fournir des outils et à dispenser de la formation, aussi précieux que soient ces éléments, il est peu probable que l’on parvienne à mettre en place des capacités durables. Devant ce constat, les responsables du programme SISED (Système d’information sur les statistiques de l’éducation) du Groupe de travail sur les statistiques de l’éducation (GTSE) ont élaboré une approche intégrant le développement des ressources humaines dans un cadre plus vaste de changement institutionnel. L’article qui suit est le troisième de la série « Quelles stratégies pour le développement des capacités ?». Cette série décrit les différentes approches utilisées au sein de l’ADEA pour renforcer les capacités en Afrique subsaharienne. La question des partenariats pour le renforcement des capacités sera discutée au cours de la biennale 1997 de l’ADEA. Cette rencontre se tiendra à Dakar, au Sénégal du 14 au 18 octobre.

Le programme SISED du Groupe de travail sur les statistiques a été créé en 1991. Son objectif est le renforcement durable des systèmes d’information statistique sur l’éducation en Afrique subsaharienne afin que les décideurs poliques aient accès à une information quantitative pertinente. A ce jour, vingt-et-un pays participant au programme SISED ont fait des enquêtes diagnostiques et formulé des plans d’action nationaux. Treize pays sont impliqués dans des projets pilotes dont l’objectif est de développer des méthodes et des outils pour aborder les problèmes spécifiques qui se posent dans la collecte et l’analyse de données. Cinq pays ont testé ces produits. Des modules conçus par des experts nationaux ont été publiés.

Quelle a été l’approche du programme SISED pour le renforcement des capacités ? Le but de cet article est de donner un aperçu des facteurs conceptuels responsables de la réussite du programme.

L’approche systémique

Au cours de la première étape du programme, 21 pays ont procédé à un diagnostic de leur système national d’information statistique sur l’éducation. Quatre dimensions ont été étudiées :

(a) les sous-systèmes de données ;
(b) les étapes du cycle d’information ;
(c) les facteurs de production ; et
(d) les fonctions stratégiques (voir le Schéma 1 : Dimensions et composantes du SISED).

Une analyse exhaustive des résultats de ces diagnostics a révélé de nombreuses lacunes qui expliquent l’absence de données statistiques pertinentes, récentes et de bonne qualité sur l’éducation. Du matériel, des logiciels, des méthodes de travail, des qualifications professionnelles, ainsi qu’une gestion et un cadre organisationnels non appropriés ou inadéquats figurent au nombre des facteurs identifiés. En définitive, plusieurs de ces lacunes sont imputables aux faiblesses des fonctions stratégiques des systèmes d’information. Aussi, le programme SISED vise à renforcer les compétences individuelles, mais aussi les fonctions stratégiques de ces systèmes, notamment leurs fonctions de direction, d’exécution et de reproduction.

La stratégie

La stratégie du programme SISED est d’introduire et de mettre en oeuvre des processus catalyseurs menant au développement autogéré et durable de systèmes d’information statistique sur l’éducation utiles à la formulation des politiques. Elle cible deux dimensions interdépendantes du développement qui se renforcent mutuellement : la première concerne les institutions et les ressources humaines, et la seconde, les méthodes et les outils techniques. Ces dimensions sont abordées en trois étapes (voir le Schéma 2 : le programme de renforcement des capacités du SISED).

Dans un premier temps, la capacité de direction et de gestion est intégrée en institutionnalisant une structure au niveau des politiques : le comité consultatif national. À ce niveau, les outils employés sont un diagnostic des systèmes et un plan d’action national. La deuxième étape, axée sur la capacité d’exécution et de mise en oeuvre, institutionnalise – parmi les spécialistes et au sein des institutions – la méthode des groupes de travail axés sur des tâches précises. Les outils employés sont les modules techniques consacrés aux « bonnes pratiques ».

La troisième étape donne lieu à l’institutionnalisation de la capacité de reproduction des connaissances et des compétences grâce à des programmes de formation offerts par les établissements d’enseignement et les centres d’excellence basés sur les modules de formation.

Leadership au sein des pays

Dans les pays participant au programme SISED, les principaux intervenants du domaine de l’éducation ont tous été impliqués à l’une ou l’autre des étapes. Le comité consultatif du SISED, responsable de l’établissement des priorités, réunit des représentants de haut niveau des principaux ministères et institutions qui produisent ou consomment des données statistiques, ainsi que des organismes de développement. Ce forum propice au dialogue entre consommateurs et producteurs d’information permet aux principaux décideurs et intéressés de jouer un rôle de premier plan en instituant des changements institutionnels orientés vers le développement des systèmes d’information. Des experts nationaux ont participé à la conception et à l’analyse des enquêtes-diagnostics; les plans d’action nationaux ont aussi été formulés par des spécialistes des pays.

En impliquant tous les principaux intervenants, le programme SISED a facilité la sensibilisation de l’ensemble de la collectivité de l’éducation à la production et à l’utilisation des statistiques sur l’éducation.

Le sens de la propriété

Le troisième concept fondamental est celui de la propriété. Les facteurs prioritaires de développement définis par le conseil consultatif ont donné lieu à des projets pilotes coordonnés par des équipes techniques nationales constituées de spécialistes du ministère de l’Éducation, du service central des statistiques, des universités, des collèges de formation des maîtres et d’autres institutions. Un élément distinctif de la stratégie du programme SISED est la méthodologie novatrice adoptée pour la mise au point des modules techniques et des programmes de formation. Les produits issus des projets pilotes ne sont pas élaborés par des techniciens employés par des organismes étrangers qui travaillent loin des pratiques et de la réalité quotidienne de l’Afrique. Ils sont conçus et mis à l’essai par des équipes de spécialistes africains avec des méthodes et des outils mis au point dans leur propre cadre de travail. Ces produits sont ensuite partagés avec des spécialistes d’autres projets pilotes lors d’ateliers organisés au niveau sous-régional. Les équipes nationales de spécialistes acquièrent ainsi une solide expertise et peuvent accepter de nouvelles affectations et aider d’autres spécialistes.

Partenariat synergique

En fusionnant les efforts et les ressources dans une entreprise concertée, la méthode du partenariat vise à réaliser davantage que ce que l’on obtiendrait si chacun travaillait isolément des autres partenaires.

Des experts nationaux, des institutions et des organismes locaux collaborent au sein d’équipes et de réseaux centrés sur des tâches, partageant expériences, connaissances, formation et d’autres formes de soutien liées à la gestion de projet et au savoir-faire technique.

S’appuyant sur les principes du partenariat (entre et parmi les professionnels, les institutions du pays et les facilitateurs de l’extérieur) et de la propriété africaine, cette méthodologie constitue une stratégie axée sur les processus allant de la base vers le sommet.

Auto-régénération

La pénurie de personnel et d’établissements qualifiés pouvant dispenser de la formation dans la région a été reconnue – par les présidents des conseils consultatifs nationaux, dont plusieurs sont des secrétaires permanents, ainsi que par les coordonnateurs nationaux – comme l’un des principaux obstacles à l’instauration d’une capacité durable. Le roulement du personnel est relativement élevé parmi ceux et celles qui possèdent des compétences professionnelles et une formation personnalisée, notamment une formation reçue à l’étranger. Cette situation a souvent pour effet d’accélérer l’exode des cerveaux, aggravant la pénurie de personnel qualifié. Comment est-il possible, dans ces conditions, de développer des centres de perfectionnement des ressources humaines lorsque le personnel qualifié et les installations de formation font défaut ?

Il existe des Africains et des Africaines qui possèdent une formation poussée mais dont les connaissances et les aptitudes ne sont pas pleinement mises à contribution. Le ministère de l’Éducation, souvent le plus important employeur du pays, dispose d’importants effectifs de spécialistes et de formateurs – dans les universités, les collèges techniques, les écoles professionnelles, les instituts de recherche, etc. – répartis dans l’ensemble du pays et de la région. Dans la stratégie d’auto-régénération, les institutions et les organismes régionaux sont considérés comme des sources de spécialistes et de formateurs pouvant participer à des conseils consultatifs, animer des groupes de travail, former et gérer les ressources humaines. L’objectif visé est de constituer un groupe indigène de spécialistes, de formateurs et d’établissements de formation qui seront en mesure de jouer un rôle clé dans le renforcement des capacités nationales.

Lignes directrices en vue du renforcement des capacités

En s’inspirant de cette stratégie, de nouvelles lignes directrices ont récemment été élaborées en vue du renforcement des capacités.

Pour ce qui est du cadre institutionnel, il a été proposé que les fonctions axées sur le renforcement des capacités soient intégrées aux structures déjà en place. À titre d’exemple, la gestion des registres scolaires au niveau des enseignants pourrait devenir une matière enseignée dans les programmes nationaux de formation des maîtres. Les sujets très techniques, comme le développement d’applications informatiques, pourraient être gérés plus efficacement grâce à un mécanisme de coopération régional ou sous-régional. Plutôt que de réinventer la roue dans une succession d’efforts isolés, on pourrait obtenir plus rapidement et à meilleur coût un plus grand impact en instituant un forum pour permettre aux meilleurs éléments au niveau sous-régional – établissements, formateurs et spécialistes chevronnés – de dispenser un programme de formation à l’intention des formateurs.

Des trousses de formation devraient être élaborées par des équipes de « concepteurs de cours » réunissant des spécialistes de divers domaines, des formateurs, des gestionnaires de la formation et des spécialistes en médias et matériels didactiques. Outre les matières techniques, le programme de base traiterait de la façon d’utiliser les modules de formation pour organiser et gérer les programmes de formation nationaux. On devrait recourir à des outils et à des aides d’enseignement et d’apprentissage intégrant vidéo, logiciels, internet, etc. en complément de l’imprimé.

En ce qui a trait au mode de diffusion, une méthode « à effet multiplicateur » devrait permettre de disséminer les innovations des pays pilotes vers les autres pays. Initialement, les équipes qui ont acquis de l’expérience enseigneront aux formateurs et aux gestionnaires comment utiliser les modules techniques et les trousses de formation pour lancer un programme de formation. Par la suite, une méthode « en cascade » devrait permettre que ces compétences se diffusent des institutions centrales nationales vers les provinces, les districts et les écoles. Certains programmes de formation existants pourraient déjà accueillir de telles initiatives au niveau sous-régional. Ainsi, en Ethiopie, le Centre de gestion du système d’information sur l’éducation offre depuis longtemps au personnel du ministère de l’Éducation et des provinces une formation en planification et en statistiques de l’éducation. En Zambie, des cours sur la gestion des registres scolaires ont été intégrés dans les programmes de formation des enseignants.

Un catalyseur de changement

Le programme SISED a joué le rôle de catalyseur en amorçant un processus de développement. Cela s’est fait en réunissant des institutions, des organismes et des spécialistes dans des projets conjoints et des réseaux qui sont devenus vecteurs de changement. En misant sur la synergie issue de ces partenariats, l’objectif visé est de créer une capacité nationale au niveau des fonctions de direction, d’exécution et de reproduction afin de permettre aux décideurs de diriger et de gérer, aux experts et aux organismes d’assurer la mise en oeuvre, ainsi qu’aux établissements de formation et aux centres d’excellence de régénérer les connaissances et les compétences du personnel.

Évoquant le programme SISED, le président de l’ADEA, Ingemar Gustafsson, a affirmé que la promotion et le développement de systèmes nationaux d’information statistique sur l’éducation est un processus continu qui s’inscrit dans une perspective à long terme. La mise en commun des expériences est ressortie comme l’une des stratégies essentielles du programme, tandis que le SISED est l’élément moteur de l’initiative de réseautage. Les pays africains sont arrivés à la même conclusion. En capitalisant sur les bons rapports de travail qui se sont établis dans le cadre des activités régionales du programme SISED, le GTSE a décidé, à la réunion qu’il a tenue à Abidjan du 14 au 16 mai 1997, de créer un réseau régional comportant des extensions sous-régionales. Cette structure appuyera les initiatives de renforcement des capacités et de mise en oeuvre au niveau des pays, ainsi que le partage des expériences. Elle agira comme strusture de service, en particulier pour la formation, en collaboration avec les établissements et les instituts de formation au niveau sous-régional. En tenant compte du personnel disponible, du soutien éventuel des organismes de financement et de l’implication souhaitable de pays participants, il a été convenu de mettre en place une structure constituée d’une unité de coordination centrale et de noeuds de réseaux dans les trois sous-régions (l’ouest, le centre, ainsi que l’est et le sud de l’Afrique).




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modifiée : le 15 mars 2001