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Le développement d’un système national d’information statistique sur l’éducation en Zambie


Manessah Nkamba
Leader de l’équipe nationale du programme SISED en Zambie
et Directeur de la planification de l’éducation
auprès du ministère de l’Education de la Zambie

La Zambie est l’un des douze pays participant au programme SISED (Système national d’information statistique sur l’éducation). En 1993, juste avant son adhésion au programme, les plus récentes statistiques disponibles visaient l’année scolaire 1983-1984. L’absence de système structuré de gestion de l’information constituait un sérieux obstacle à la planification et à la gestion du système d’éducation, ainsi qu’à l’élaboration des politiques, à la prise de décisions et à l’imputabilité. Dans l’article qui suit, Manasseh Nkamba, leader de l’équipe nationale du SISED, présente un compte rendu de la démarche suivie par le ministère de l’Éducation pour mettre en place un système national d’information statistique sur l’éducation.

En 1993, avec l’expansion continue du système d’éducation en Zambie, il était devenu évident qu’il serait de plus en plus difficile de planifier, de gérer et de surveiller le système de prestation des services d’enseignement si l’on ne disposait pas d’une bonne base d’information. L’absence d’une banque de renseignements a engendré une situation où les départements du ministère recueillaient des données sans coordination. Différents départements recueillaient des renseignements pertinents à leurs besoins internes, ce qui donnait lieu à des visions segmentées, des demandes répétitives et des dédoublements d’efforts. En outre, le ministère n’avait pas de moyens adéquats de traitement des données. Ces nombreux problèmes créaient de sérieuses difficultés pour la planification et la gestion du système éducatif, ainsi que pour l’élaboration de politiques, la prise de décision et l’imputabilité.

Contexte politique dans lequel s’inscrit le projet SISED

Le ministère de l’Éducation souhaitait remédier à cette situation critique. La politique d’éducation précisait que, pour faciliter la planification, la surveillance et la supervision de tous les points du système, le ministère examinerait les instruments actuels de collecte de données, établirait et maintiendrait un système complet d’information pour la gestion de l’éducation.(1) Le renforcement de la base de données requise aux fins de la gestion courante du système d’éducation et l’élaboration des politiques d’éducation sont ainsi devenus deux objectifs de premier plan.

Le processus de mise en oeuvre du programme SISED

C’est dans ce contexte que la Zambie a adhéré, en 1993, au programme SISED (Système national d’information statistique sur l’éducation) du GTSE. Le but visé était de parvenir à concevoir un système durable d’information statistique sur l’éducation (SISE).

La première étape du programme englobait les activités suivantes :

(i) la mise en place des structures de gestion du programme SISED;
(ii) le déroulement d’une enquête diagnostique;
(iii) l’organisation d’un atelier d’orientation à l’intention des principaux intéressés ; et
(iv) l’élaboration d’un plan de travail axé sur les problèmes prioritaires révélés par l’enquête diagnostique.

-- Structures de gestion du programme SISED (Voir le schéma 1, au-dessous : Structure organisationnelle du programme SISED en Zambie)
Un Comité consultatif au niveau des politiques, responsable de la gestion du programme, a été créé. Il regroupe les chefs des départements qui sont les principaux producteurs et consommateurs d’information au sein du ministère et à l’extérieur. Le Comité consultatif présente ses recommandations en matière de politiques au secrétaire permanent et au ministre.

En outre, une équipe nationale a été constituée pour superviser la mise en oeuvre du programme. L’équipe nationale peut faire appel à des spécialistes pour solutionner des problèmes particuliers. Ces spécialistes peuvent provenir des collèges de formation des enseignants, des universités, des écoles, ou encore du Bureau des statistiques ou du ministère.

-- Enquête diagnostique au niveau national
La prochaine étape consistait à déterminer les lacunes sur le plan de l’information parmi les utilisateurs et les producteurs au niveau central et au niveau régional. Des questionnaires ont été élaborés et distribués aux départements producteurs et consommateurs de statistiques ou du ministère et à certaines entités de l’extérieur, par exemple le Conseil des examens de la Zambie, ainsi qu’aux neuf chefs des provinces de la Zambie. L’enquête a fait ressortir six questions prioritaires :

  • le développement et le renforcement des systèmes de tenue de registres à tous les niveaux ;
  • l’amélioration de la qualité et du contenu de l’information ;
  • le cycle de perfectionnement du personnel tout au long du cycle d’information ;
  • la création d’un système d’information dont la qualité et le contenu seraient liés aux demandes des utilisateurs ;
  • l’informatisation du système d’information ; et, l’utilisation accrue des statistiques à tous les niveaux.

-- L’organisation d’un atelier d’orientation à l’intention des principaux intéressés
Un atelier a été organisé afin de présenter les résultats de l’enquête diagnostique et d’en arriver à un consensus sur les questions devant recevoir une attention prioritaire. Cette rencontre a permis de réunir les principaux intéressés, soit les chefs des départements à l’administration centrale du ministère, les agents responsables de l’éducation dans les provinces, les membres de l’équipe nationale du programme SISED, ainsi que les membres du Comité consultatif du programme SISED.

Sur les six questions d’intérêt prioritaire révélées par l’enquête diagnostique, il a été décidé que celles portant sur la mise en place d’un bon système de registres dans les écoles (registres sur les élèves, les enseignants, le matériel et la gestion financière) et sur les instruments de collecte de données au niveau des écoles devaient recevoir une attention immédiate.

Mise en place d’un système de registres scolaires et d’instruments de collecte de
données au niveau des écoles

Le processus de mise en place des registres scolaires comportait l’examen des registres actuels des écoles, la modification et l’adaptation de certains registres, ainsi que la conception de nouveaux formulaires de registres scolaires dans les secteurs où il n’en existait pas.

Des spécialistes de nombreux secteurs ont contribué à l’élaboration des registres scolaires : des responsables des politiques, dont des planificateurs de l’éducation et des inspecteurs d’école, des experts provenant d’unités spécialisées, telles le bureau central des statistiques, l’unité d’orientation professionnelle et de conseil, le Conseil des examens de la Zambie et l’université de la Zambie, des personnes chargées de la mise en oeuvre sur le terrain, notamment des agents de l’éducation des districts ainsi que des directeurs d’école et des enseignants et, enfin, des gestionnaires et des commis aux registres du ministère de l’Education.

Les instruments de collecte de données scolaires ont été élaborés de la même façon.

Élaboration des manuels de formation

La prochaine étape a consisté à élaborer des manuels de formation pour s’assurer que les registres scolaires et les instruments de collecte de données soient utilisés de façon appropriée. Deux comités spécialisés ont travaillé à la production de deux manuels avec la collaboration étroite de divers spécialistes et intervenants.

En 1996, les registres scolaires et les instruments de collecte des données ont été testés dans 300 écoles primaires et secondaires. Les commentaires reçus des écoles ayant participé à ces tests ont servi à réviser les formulaires de registres, les instruments de collecte de données et les manuels de formation.

Les nouveaux formulaires de registres, les instruments de collecte de données et les manuels de formation devraient être utilisés dans toutes les écoles et tous les collèges de formation des enseignants à compter de mai 1997. Les manuels de formation seront utilisés dans tous les collèges de formation des nouveaux enseignants car la gestion des dossiers sera dorénavant intégrée à la formation des maîtres. On s’assurera ainsi que les enseignants sont familiarisés avec l’utilisation des registres et qu’ils reconnaissent l’importance de tenir des registres précis.

Autres activités liées au programme SISED

Les autres activités liées au programme SISED contribuent au renforcement du système d’information statistique sur l’éducation en Zambie.

L’informatisation du ministère de l’Éducation et la formation du personnel chargé de la saisie des données est en cours, tant au niveau national qu’en province. De la formation sera aussi offerte au personnel des districts lorsque ces derniers seront dotés d’ordinateurs. Les planificateurs du ministère de l’Éducation reçoivent aussi une formation en analyse informatisée des données.

Un élément important du programme SISED a été la mise en commun des expériences au niveau régional. En effet, des rencontres régionales ont été organisées pour les douze pays participant au programme SISED (Bénin, Botswana, Burkina Faso, Éthiopie, Guinée, Madagascar, Mauritanie, Mozambique, Sénégal, Tchad, Zambie et Zimbabwe), à Harare, en 1993, à Addis-Abéba en 1994, à Paris en 1995, à Maurice en 1996, et à Abidjan en 1997. Ces rencontres ont permis aux équipes nationales de partager les expériences, les stratégies, les méthodes et les outils liés aux divers projets pilotes menés dans ces pays. La Zambie a aussi participé à d’autres ateliers visant à renforcer la capacité d’analyse quantitative. Un membre actif de l’équipe nationale du programme SISED en Zambie a participé à trois ateliers de formation consacrés aux indicateurs du développement de l’éducation : un atelier de l’UNESCO tenu à Maurice, en 1996, et deux ateliers de l’Institut international de planification de l’éducation (IIPE) qui ont eu lieu à Nairobi, en juillet 1996, et à Harare, en février 1997.

  • Les activités suivantes sont envisagées pour l’avenir :
  • l’informatisation intégrale des bureaux nationaux, régionaux et de district;
  • l’élaboration d’un logiciel convivial pour faciliter l’analyse des données ;
  • la poursuite de la formation des enseignants et des titulaires de classe portant sur la façon d’utiliser les nouveaux formulaires de registres scolaires et les renseignements contenus dans les registres scolaires aux fins de la planification ;
  • l’expérience SISED sera mise à profit par les autres ministères qui travailleront en partenariat avec le ministère de l’Education. En effet, le gouvernement oeuvre à mettre en place un programme d’investissement pour le secteur de l’éducation. Ce programme fera appel à quatre ministères : les ministères de l’Education, de la Science et de la Technologie, de la Jeunesse et du Développement de l’enfance, et de la Communauté et des Services sociaux. Ces ministères collaboreront sur des dossiers liés à l’éducation et à la formation.

Résultats et évaluation du programme SISED

L’impact du programme SISED commence à se faire sentir au niveau de la qualité des données produites et du taux de circulation de l’information. Le programme SISED a aussi favorisé un sentiment d’appartenance au système d’information statistique et un esprit de partenariat au niveau de la gestion de l’information.

Tant au niveau national qu’au niveau local, l’information produite dans le cadre du programme SISED aide à rationaliser l’affectation des ressources et à améliorer l’imputabilité.

Le programme SISED est devenu une importante source d’idées nouvelles, d’instruments d’application, de bonnes pratiques et d’innovations touchant à la gestion des dossiers, à l’enquête scolaire annuelle, aux indicateurs permettant de suivre le développement de l’éducation, à la gestion des bases de données et au traitement des données. Cela a directement contribué à accroître la productivité, l’efficience et la qualité des produits et des services statistiques en Zambie.

En rétrospective, les facteurs qui ont contribué à la réussite de la mise en oeuvre du système d’information statistique sur l’éducation de la Zambie sont les suivants :

  • l’apport le plus important découle de l’adoption d’un objectif commun – la mise en oeuvre autogérée d’un système d’information statistique sur l’éducation, auquel ont adhéré les responsables des politiques et les spécialistes techniques. La vision issue de cet objectif commun a permis que s’amorce l’ensemble du processus de développement.
  • Les constatations faites dans le cadre des enquêtes diagnostiques, qui ont permis de mieux comprendre les besoins d’information et les problèmes qui se posaient.
  • La structure organisationnelle du programme SISED, qui a fourni un cadre propice à la coopération entre les consommateurs et producteurs d’information, les représentants au niveau des politiques et les spécialistes techniques.
  • Le programme SISED a fait appel à des conseillers du pays et à des spécialistes du ministère de l’Education et d’autres institutions nationales, ce qui a favorisé un sentiment d’appartenance.
  • Les ateliers régionaux et les rencontres techniques organisés par le GTSE ont constitué autant d’occasions pour les participants au programme SISED de se familiariser, au contact des uns et des autres, avec les stratégies, les méthodes et les outils liés aux divers projets pilotes dans les autres pays.

En résumé, le programme SISED du GTSE a eu d’importantes retombées en amorçant un processus de développement autogéré qui aura des effets durables sur l’ensemble du système d’éducation de la Zambie.

La coopération entre organismes de financement faisant partie du réseau GTSE-SISED (l’UNESCO, l’Asdi, l’UNICEF, la Coopération française, et la Banque mondiale) a permis de mobiliser des ressources pour la prochaine étape. Ceci assurera le développement à long terme du système d’information statistique de la Zambie, au-delà du projet pilote.

Des nouveaux défis

Beaucoup de travail a déjà été accompli. Cependant, il est nécessaire de veiller à ce que la décentralisation de la production et de l’utilisation de l’information n’accuse pas de retard. Les possibilités de formation devraient être étendues aux régions et, éventuellement, aux districts. Cela est impératif pour deux raisons : il importe de constituer un groupe de spécialistes aux divers niveaux pour assurer la durabilité des efforts ; et la décentralisation engendre de nouveaux besoins au niveau local sur les plans de la gestion et de la prise de décisions.

Schéma 3:
Structure organisationnelle du SISED en Zambie
Ministère de l'Education
|
Secrétaire Permanent
|
Comité Consultatif SISED
Ministère de l'Education
Université de Zambie
Bureau central des statistiques
Intervenants, organismes
|
Comits techniques
Spécialistes provenant de:
- départements ministériels
- d’universités
- d’autres institutions
<—>
Equipe nationale SISED
Ministère de l’Education,
de la Planification
et des Statistiques
Bureau central des statistiques

(1) National Policy in Education, Ministère de l’Education, Zambie, 1996 : p. 131.




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modifiée : le 15 mars 2001