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Education pour tous : le point de la situation dans dix pays d’Afrique subsaharienne


Bernard Audinos
Secrétariat d’Etat à la coopération
France

 

Le Groupe de travail sur les statistiques de l’éducation (GTSE) s’apprête à publier un rapport présentant la situation de dix pays d’Afrique subsaharienne (Botswana, Burkina Faso, Guinée, Ethiopie, Mali, Maurice, Mauritanie, Togo, Zambie, Zimbabwe) par rapport aux objectifs de scolarisation universelle fixés à Jomtien en 1990. Les situations décrites sont très diverses. Néanmoins, pour la plupart des pays, les objectifs de Jomtien ne seront pas atteints en l’an 2000.

En mars 1990, 155 Etats membres de l’organisation des Nations unies adoptaient à Jomtien (Thaïlande) la Déclaration mondiale sur l’éducation. L’objectif visé par les pays signataires était « l’éducation pour tous » avant l’an 2000, avec comme corollaire, la suppression des disparités entre les sexes et inter-régionales. A trois ans de l’échéance, quels constats peut-on faire ?

Dix pays d’Afrique subsaharienne (Botswana, Burkina Faso, Guinée, Ethiopie, Mali, Maurice, Mauritanie, Togo, Zambie, Zimbabwe) ont fait le point à Harare (Zimbabwe) du 9 au 24 mai 1996, lors d’une rencontre organisée par le GTSE dans le cadre des activités du programme SISED. L’atelier technique a aboutit à la rédaction de dix rapports nationaux qui dressent un bilan de l’état d’avancement des pays par rapport à la scolarisation universelle et à la réduction des disparités. Caractéristiques et tendances de l’éducation de base sont analysées à partir de trois séries d’indicateurs : accès en première année, niveau de scolarisation, et efficacité du système. Un document synthétique a été rédigé à partir de ces rapports.

Les situations sont très variées

Les pays étudiés sont très divers puisque sont mis en parallèle des pays comme l’Ethiopie – 1,2 million de km2, 55 millions d’habitants, PNB par habitant de 100$EU – et Maurice – 1 900 km2, 1 million d’habitants, PNB par habitant de 3 180 $EU. D’où des situations très disparates par rapport aux objectifs de Jomtien.

Le Botswana, Maurice et le Zimbabwe
Le Botswana, le Zimbabwe et surtout Maurice, ont en 1995, des taux nets de scolarisation supérieurs à 82%, très proches de l’objectif de Jomtien. L’efficacité de leurs systèmes éducatifs est bonne : la déperdition jusqu’en cinquième année est inférieure à 10%, et une majorité appréciable obtiennent le diplôme terminal (près des deux tiers des élèves au Botswana et au Zimbabwe, et 90% à Maurice).

La Zambie
La Zambie par contre, semble avoir des difficultés à tenir le cap : les taux bruts d’admission en première année et les taux de scolarisation ont baissé durant les neuf dernières années. Le taux net de scolarisation se situe à 69 % en 1995, avec la particularité d’être plus élevé chez les filles (70%), que chez les garçons (68%). Les performances sont bonnes jusqu’en sixième année, mais l’examen terminal est très sélectif : seuls 2 enfants sur 10 le réussissent.

L’Ethiopie
En Ethiopie, la plupart des indicateurs sont « au rouge » : les effectifs totaux scolarisés diminuent, tandis que la population scolarisable augmente de 3,1% par an, d’où une baisse des taux nets et des taux bruts de scolarisation (respectivement 21% et 28% en 1994). La discrimination entre filles et garçons s’est accentuée.

Le Burkina Faso, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Togo
Dans ces cinq pays, la situation est un peu plus homogène : les effectifs de l’enseignement primaire ont progressé nettement plus vite que la population en âge d’être scolarisée, d’où une augmentation sensible des taux de scolarisation et une réduction du nombre d’enfants restant à scolariser. La proportion des filles dans les effectifs de l’enseignement primaire a augmenté. Malgré ces progrès, l’objectif d’éducation pour tous est encore loin d’être atteint, surtout au Burkina Faso, en Guinée et au Mali, où 65% à 74% des enfants en âge scolaire, restent non scolarisés.

L’accès en première année se fait tardivement dans ces pays, avec en moyenne 60% des enfants qui sont en retard, essentiellement en raison de l’insuffisance des capacités d’accueil. Les performances des systèmes éducatifs sont médiocres : les taux de redoublement sont élevés, les déperditions fortes. Entre 30 et 40% d’enfants s’arrêtent avant la cinquième année, considérée comme le niveau minimum à atteindre pour acquérir durablement la capacité de lire, écrire et compter.

L’inégalité de scolarisation entre garçons et filles, malgré une amélioration sensible, reste encore importante, surtout en Guinée et au Togo. Dans ce dernier pays, qui a un taux brut de scolarisation égal à 99%, 43% des filles en âge scolaire n’ont pas accès à l’école, contre 21% chez les garçons.

L’objectif de Jomtien est compromis dans la plupart des pays

A cinq années de l’échéance de l’an 2000, selon les rapports nationaux seuls trois pays devraient atteindre sans trop de difficultés l’objectif de scolarisation universelle : le Botswana Maurice, et le Zimbabwe.

Dans les autres pays, trois problèmes majeurs freinent, à des degrés divers, la progression de la scolarisation et compromettent les chances d’atteindre l’objectif de Jomtien :

  • le nombre important d’enfants ayant dépassé l’âge réglementaire (entre 53% et 76% des nouveaux entrants), ce qui limite les possibilités d’accès ;
  • les forts taux de redoublement, dans les pays francophones surtout, où 14 à 37% des élèves redoublent chaque année en moyenne ;
  • la croissance démographique, qui reste forte dans la plupart des cas.

 

Graphique 1 : Evolution du pourcentage des filles dans les effectifs totaux

Graphique 2 : Age des nouveaux entrants en première année

Principaux indicateurs du développement de l’éducation (IDE)
et Produit national brut/ habitant (année scolaire 1994/95)

Pays pilotes
TBA
1ère
année
(1)
%
nouveaux
entrants
en retard
TBS
G+F
(2)
TNS
G+F
(3)
TNS
G
TNS
F
Taux de
survie en
5ième
année
Taux de
survie au
diplôme
terminal
PNB/h
($EU)
Botswana
Ethiopie
Maurice
Zambie
Zimbabwe
Burkina Faso
Guinée
Mali
Mauritanie
Togo
116%
50%
102%
83%
131%
24%
48%
33%
92%
84%
34%
78%
24%
53%
71%
53%
53%
60%
76%
57%
116%
28%
106%
82%
117%
36%
45%
35%
78%
99%
96%
21%
97%
69%
82%
29%
35%
26%
59%
68%
98%
16%
96%
68%
82%
23%
24%
21%
54%
57%
94%
25%
97%
70%
82%
35%
47%
31%
63%
79%
89%
69%
100%
86%
76%
69%
64%
59%
64%
77%
62%
54%
91%
21%
66%
43%
32%
34%
28%
42%
2800
130
3180
350
490
300
510
270
480
320

 

(1) Taux brut d’admission en 1ère année (TBA) : rapport entre le nombre d’élèves nouvellement admis en première année et le nombre d’enfants ayant l’âge légal d’admission à l’enseignement de base, c’est-à-dire 5 ans à Maurice, 6 ans (Togo, Zimbabwe), 7 ans dans les autres pays

(2) Taux brut de scolarisation (TBS) : rapport entre le nombre total d’élèves scolarisés dans l’enseignement de base et la tranche d’âge correspondante (5-10 ans, 6-11 ans, 7-12 ans...).

(3) Taux net de scolarisation (TNS) : rapport entre le nombre d’élèves scolarisés ayant l’âge légal (5-10 ans, 6-11 ans, 7-12 ans, 6-13 ans, 7-14 ans), et la tranche d’âge correspondante.

Les lecteurs intéressés par le rapport complet peuvent adresser leur demande à :
Programme SISED
Division des statistiques de l’UNESCO
7 Place de Fontenoy
757352 Paris 07 SP France
Tél : (33) 145-68-24-65 Fax : (33) 145 68 55 20
Courrier électronique : kc.tung@unesco.org




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modifiée : le 15 mars 2001