L'enseignement supèrieur en Afrique:
Une stratégie pour l'avenir
La détérioration de la qualité de l'enseignement universitaire en Afrique subsaharienne et la crise institutionnelle dans laquelle elle s'inscrit ont fait l'objet de nombreuses analyses dans les années 90. Pour revitaliser les universités en Afrique, il ne s'agit pas tant aujourd'hui d'approfondir les analyses que de mettre en ouvre les actions nécessaires. Comment revitaliser les universitÈs en Afrique ? La stratégie proposée ci-dessous s'adresse aux universités, aux gouvernements et aux partenaires du développement. Elle résulte de discussions avec de nombreux représentants d'universités africaines, d'organismes associés, de gouvernements et de partenaires du développement.
Les universités jouent un rôle plus important en Afrique que dans les autres régions du monde. Elles sont potentiellement les institutions les plus compétentes de leur pays. Ce sont souvent les seules institutions nationales qui aient les compétences, le matériel et le mandat nécessaires pour mener des recherches qui enrichissent les connaissances ou pour adapter ces connaissances aux problèmes locaux. C'est pourquoi le rôle qu'elles jouent dans la recherche, l'évaluation, le transfert de l'information et le développement des techniques est crucial pour le progrËs social et la croissance économique au niveau national. Autrement dit, elles sont des acteurs clés du développement national.
Le problème essentiel auquel sont confrontées les universités africaines réside dans la baisse sensible de la qualité de l'enseignement qu'elles dispensent par suite de l'érosion de leurs ressources, en mÍme temps que s'accroissaient les effectifs. D'autres facteurs ont également contribué à la dégradation de la situation : mauvaise performance de l'économie nationale, structures hiérarchiques inadaptées, politiques nationales déficientes, ingérence politique dans les travaux des universités, gestion interne inadéquate et remous universitaires.
La baisse de la qualité de l'enseignement universitaire, et la crise institutionnelle dans laquelle elle s'inscrit, ont fait l'objet de multiples analyses et débats depuis le début des années 90. Tous ces travaux ont produit une abondance de documentation, qui permet de mieux comprendre la question. Le problème, aujourd'hui, n'est pas le manque d'information mais plutôt la difficulté de prendre les mesures qui s'imposent.
En 1996, les ministres africains des finances ont dressé une liste des domaines clés o&Mac249; un renforcement des capacités s'avère nécessaire. Par la suite, un partenariat pour le renforcement des capacités a été mis en place afin de canaliser les efforts des gouvernements et des bailleurs de fonds autour de cette tâche. La stratégie exposée ci-dessous résulte de ce partenariat.
Planification stratégique
Le renouveau des universités africaines ne pourra s'amorcer que lorsque celles-ci en prendront elles-mÍmes l'initiative.
La planification stratégique offre à la direction des universités et à toutes les autres parties prenantes des structures et des méthodes qui les aideront à analyser la situation, à définir leur projet, à formuler des objectifs et à convaincre tous les membres de la communauté universitaire de contribuer à l'amélioration de l'établissement selon une démarche clairement énoncée et méthodiquement programmée.
La planification stratégique, qui commence par un rappel des antécédents historiques et une analyse de la documentation existante pour établir un point de départ unifié, se transforme par la suite en plan d'action. Ce plan d'action doit s'appuyer sur une volonté commune de changement de la part de toutes les parties prenantes.
La déclaration d'objectifs, le plan stratégique et le plan d'action sont des outils efficaces dont peuvent se servir les universités pour ouvrir le dialogue et b&Mac226;tir un consensus entre toutes les parties prenantes. Elles doivent améliorer les relations de travail avec le gouvernement, les bailleurs de fonds et les principaux employeurs de diplômés.
Que devraient faire les universités ?
La direction et le corps enseignant des universités doivent prendre leur avenir en main et montrer la voie. Voici ci-dessous quelques-unes des mesures qui permettront d'amorcer le processus de revitalisation des universités :
- Elaborer un plan stratégique selon une démarche consultative et consensuelle faisant appel à toutes les parties prenantes de la communauté universitaire. Les principaux éléments du plan stratégique sont la définition de la déclaration d'objectifs de l'université, l'élaboration de la stratégie institutionnelle et la préparation d'un plan triennal à horizon mobile pour la mise en úuvre de la stratégie.
- Se servir du plan stratégique pour renégocier les relations de l'université avec les services clés de l'Etat. Plusieurs points peuvent Ítre discutés, parmi lesquels : le processus de présentation du projet de budget ; l'affectation des crédits budgétaires ; l'autonomie institutionnelle des universités et l'autonomie des universités au niveau de leur gestion ; les mécanismes par lesquels l'université rendra compte de ses activités au gouvernement et à la population.
- Renforcer les moyens mis à la disposition des services d'enseignement et de recherche, afin qu'ils soient comparables à ceux des établissements d'autres régions du monde dans une ou plusieurs disciplines cruciales pour le développement économique ou social du pays.
- Prendre des mesures immédiates pour encourager et récompenser les activités de recherche, notamment en réservant des crédits budgétaires spéciaux et en assurant des conditions de service qui encouragent les enseignants à initier et poursuivre des recherches.
- Mettre en place des systèmes d'information de gestion qui permettent d'accéder en temps voulu à des informations fiables sur les résultats institutionnels, ceci afin d'aider les cadres à prendre les décisions en toute connaissance de cause et de faciliter le suivi et l'évaluation.
- Elaborer et organiser des stages de formation à la gestion à l'intention des administrateurs d'universités, y compris les cadres administratifs supérieurs, les directeurs de département, les doyens des facultés et les recteurs.
Que devraient faire les pouvoirs publics?
Les pouvoirs publics sont bien placés pour imprimer un élan décisif au renouveau de leurs institutions d'enseignement supérieur. Le meilleur moyen pour eux de se rendre utiles consiste sans doute à modifier leurs politiques et leurs procédures. Quelques-unes des possibilités les plus intéressantes sont énumérées ci-dessous :
- Financer l'enseignement supérieur dans le but d'en garantir la qualité. Les pouvoirs publics devraient maximiser la part de leurs investissements affectée aux activités d'enseignement et de recherche et minimiser l'appui en faveur des autres activités.
- Appuyer la préparation de plans stratégiques en reconnaissant que les universités doivent de toute urgence repenser leur rôle et leur mission à la lumière des conditions actuelles. Faire en sorte que les projets de budget des universités puissent refléter les priorités de leurs plans stratégiques et demander aux bailleurs de fonds d'inscrire leur aide dans le cadre de ces plans stratégiques.
- Encourager l'initiative et l'autonomie de gestion. Permettre aux conseils d'administration des universités de définir les conditions d'emploi et d'assurer le recrutement de l'ensemble du personnel. Veiller à ce que les universités profitent des économies qu'elles réalisent et à ce que les revenus que les universités retirent de leurs propres efforts soient considérés comme venant en supplément des crédits de l'Etat. Simultanément, les gouvernements doivent encourager les universités à établir des objectifs de performance annuels, à diffuser leurs réalisations et à faire vérifier leur comptabilité.
- Prendre les mesures nécessaires pour créer un environnement favorable à la mise en place de programmes privés d'enseignement supérieur, sans oublier des mesures de contrôle de la qualité et de l'utilité de l'enseignement dispensé, compte tenu des objectifs de développement du pays.
Que devraient faire les bailleurs de fonds?
Les organismes bailleurs de fonds ont beaucoup contribué au développement des universités africaines au cours des 30 dernières années. Ils ont donc un rôle important à jouer dans la revitalisation des universités africaines. Figurent ci-dessous quelques unes des mesures proposées :
- ReconnaÓtre la légitimité de l'enseignement supérieur en tant qu'investissement à l'appui du développement. Le développement des universités a des implications d'envergure nationale pour le renforcement des capacités, qui débordent largement du cadre de l'éducation.
- Aider les universités à effectuer leur planification stratégique en leur fournissant les éléments dont elles ont besoin. Les donateurs doivent se conformer, dans leurs programmes d'aide aux universités, aux plans stratégiques des institutions.
- Apporter leur concours au développement des bibliothèques et à la définition d'un plan concerté de développement de l'information. Appuyer la mise en place de réseaux électroniques reliés à Internet servant l'ensemble de l'université ainsi que le perfectionnement du personnel des bibliothèques.
- Favoriser les liens institutionnels pour renforcer les capacités dans des domaines de compétences critiques pour le développement futur du pays.
- Soutenir la formation en gestion dans le cadre de stages à l'étranger, de la préparation de diplômes, de formations locales de course durée et de la formation permanente. Les bailleurs de fonds devraient apporter leur soutien à des programmes régionaux de formation des cadres, en gestion, communication institutionnelle, administration des services financiers et leadership.
Extrait de "Revitaliser les universités en Afrique - Stratégie et principes directeurs "
Préparé par l'Association des universités africaines (AUA) et la Banque mondiale (1) 1997, Banque internationale pour la reconstruction et le développement/Banque mondiale
(1) En collaboration avec : Le consortium pour la recherche économique en Afrique ; l'Association des universités partiellement ou entièrement de langue franÁaise - UREF ; Le Comité des présidents d'université en Afrique du Sud ; Le Comité des vice-chancelliers et des présidents au Ghana ; La Conférence des recteurs des universités francophones d'Afrique ; Le Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur (CAMES) ; Le Conseil pour le développement de la recherche économique et sociale en Afrique (CODESRIA) ; La Délégation permanente de la République de Côte d'Ivoire auprès de l'UNESCO ; La Commission nationale des universités du Nigéria.