Compte rendu de la réunion du Séminaire panafricain sur le financement et la gestion financière de léducation (Dakar, 12-14 octobre 1997)
Face aux restrictions budgétaires et à l'accroissement
de la demande d'éducation, planificateurs et économistes
de l'éducation sont contraints de développer des stratégies
et des techniques nouvelles pour financer cette éducation.
Une meilleure gestion des budgets et la recherche de ressources
jusque-là inexploitées font partie des nombreuses
questions abordées à Dakar lors du Séminaire
panafricain sur le financement et la gestion financière de
l'éducation.
Nous présentons en premier lieu un compte-rendu du séminaire.
Puis, plusieurs articles autour des thèmes suivants : le
point sur la recherche concernant la gestion financière de
l'éducation vu à travers une revue de littérature
conduite par le Groupe de travail sur les finances et l'éducation
(GTFE) ; l'évaluation exhaustive des coûts de l'éducation
au Mali et à Madagascar ; une expérience originale
de participation communautaire au Botswana ; l'exploration de diverses
formules de financement pour les manuels scolaires. Enfin, la question
du salaire des enseignants, composante essentielle des coûts,
est analysée dans la rubrique « Entretiens ».
Parrainé par le Groupe de travail de l'ADEA sur les finances
et l'éducation (GTFE) et l'Institut international de planification
de l'éducation (IIPE), le Séminaire panafricain sur
le financement et la gestion financière de l'éducation
s'est déroulé à Dakar, du 12 au 14 octobre 1997,
immédiatement avant la tenue de la biennale de l'ADEA. Rémy
Noumon, coordonnateur du GTFE, et Serge Peano, de l'IIPE, n'ont pas
ménagé leurs efforts pour organiser ce premier séminaire
panafricain consacré à des questions traditionnellement
négligées.
Le séminaire a réuni 50 chercheurs, décideurs
et spécialistes africains de la gestion budgétaire et
du financement de l'éducation en provenance de 16 pays et de
5 organismes de financement. L'objectif de ce séminaire était
de permettre aux responsables des politiques de mieux se familiariser
avec les problèmes liés aux mécanismes de financement
et à la gestion budgétaire. Les participants ont profité
des recherches menées au Botswana, en Côte d'Ivoire et
au Sénégal ainsi que des travaux récemment réalisés
par l'IIPE en collaboration avec les ministères de l'éducation
de six pays. La réunion a aussi été, pour les
participants, l'occasion de s'informer sur des problèmes propres
à certains pays, ainsi que sur les initiatives et politiques
menées dans le domaine du financement de l'éducation.
De nombreux documents ont été présentés
au cours du séminaire ; ils sont disponibles auprès
du secrétariat du GTFE (voir l'encadré
ci-dessous : Séminaire panafricain sur le financement
et la gestion financière de l'éducation Documents
de réference).
Mécanismes de financement de l'éducation
Les discussions qui se sont poursuivies durant ces trois journées
gravitaient autour de trois thèmes. La première journée,
présidée par Sibry Tapsoba du Centre de recherche sur
le développement international (CRDI), fut consacrée
aux mécanismes de financement de l'éducation.
Pendant cette séance, Dramane Oulai et Igor Kitaev, chercheurs
à l'IIPE, ont présenté des documents de synthèse.
Le professeur Moorad, de l'Université du Botswana, a résumé
une étude illustrant le cas particulier du Botswana.
Un consensus général s'est dégagé des
débats : afin d'améliorer l'efficacité et l'équité
de la prestation des services éducatifs, la décentralisation
du financement doit passer par l'adoption de règles très
claires en ce qui concerne les responsabilités et les formules
de financement.
Analyse des coûts de l'éducation
La deuxième journée, présidée par Linda
English de la Banque mondiale, a été consacrée
à une réflexion sur les coûts de l'éducation
aux niveaux primaire, secondaire et postsecondaire. Les diverses études
nationales présentées à cette occasion ont fait
ressortir des repères méthodologiques utiles pour l'estimation
des coûts. On a aussi souligné l'importance de comparer
systèmes privés et publics dans l'analyse des coûts
et de l'efficacité de la prestation des services. Sekou Traoré,
du ministère de l'Education de base du Mali, Serge Peano, de
l'IIPE, et Richard Rahaririaka, du ministère de l'Education
nationale de Madagascar, ont présenté les résultats
de leurs études sur l'enseignement primaire au Mali et sur
l'enseignement primaire et secondaire à Madagascar. L'exposé
des professeurs Diagne et Daffé (tous deux de l'université
Cheik Anta Diop au Sénégal) sur l'efficacité
interne et les coûts de l'enseignement supérieur au Sénégal,
a montré que l'analyse des coûts peut éclairer
les décideurs dans la réforme du financement de l'enseignement
postsecondaire.
L'absence de systèmes adéquats de collecte des données
utiles à l'analyse des coûts a été généralement
reconnue. Les exposés d'Alice Kouadio, du ministère
de l'Education nationale de la Côte d'Ivoire, et de M. Nguessan,
du Centre Ivoirien de recherche économique et sociale
(CIRES), ont porté sur la répartition des dépenses
d'éducation en Côte d'Ivoire. Les deux chercheurs se
sont efforcés de définir le type de système de
gestion d'information requis pour surveiller l'évolution des
coûts et des dépenses dans le temps.
Gestion budgétaire
La dernière journée du séminaire, consacrée
à la gestion budgétaire, fut présidée
par Jacques Hallak, directeur de l'IIPE. La problématique générale
a été introduite par Rémi Noumon. Puis, les rapports
préparés par les équipes de chercheurs du Burkina
Faso, de la Côte d'Ivoire, du Mali, du Swaziland, de la Zambie
et de Zanzibar, en collaboration avec l'IIPE, ont été
présentés; ils constituent un diagnostic utile des problèmes
rencontrés par les ministères de l'éducation
sur le plan de la gestion des ressources.
Les questions abordées ont donné lieu à une
discussion animée. Les systèmes de gouvernement évoluent
plus rapidement que les méthodes de gestion budgétaire.
Face aux tendances observées actuellement (décentralisation,
autonomie accrue des administrations locales, sous-traitance des services
et recours à de nouvelles formes de rémunération
du corps enseignant), la réforme des systèmes de gestion
n'a pas suivi la cadence.
Les ministères de l'éducation ne peuvent entreprendre
seuls la réforme des processus budgétaires. Une coordination
avec les ministères des finances est nécessaire de même
qu'une transparence et une efficacité accrues de la part de
tous les intervenants. Si les discussions n'ont pas abouti à
un consensus clair sur les initiatives à prendre, les participants
n'en ont pas moins reconnu la nécessité d'une réforme
en profondeur des systèmes budgétaires. De l'avis de
plusieurs participants, la mauvaise gestion des systèmes éducatifs
est l'obstacle le plus sérieux dans la poursuite des objectifs
éducatifs en Afrique.
Discussions en petits groupes
Outre les débats en plénière, des discussions
en petits groupes étaient prévus. Les participants,
répartis en huit groupes ont approfondi les thèmes suivants
: famille et contribution de la collectivité ; développement
et financement de l'enseignement privé ; financement de l'éducation
dans un cadre décentralisé ; priorité à
l'enseignement de base : difficultés de mise en oeuvre ; réduction
des coûts ; rémunération des enseignants ; connaissance
des coûts de l'éducation ; gestion et contrôle
des dépenses. Les échanges animés suscités
par ces questions ont été pour les participants une
excellente occasion de partager les expériences de leurs pays
respectifs. Ainsi, des discussions approfondies ont eu lieu sur les
points suivants : (i) les initiatives du secteur privé au Bénin,
en Côte d'Ivoire, au Gabon et au Sénégal ; (ii)
les nouvelles formes de rémunération du corps enseignant,
par exemple l'embauche, à moindre coût, de contractuels
au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Gabon et au Sénégal
; (iii) les initiatives passées et récentes de décentralisation
dans les pays anglophones et francophones.
Chacun des groupes a produit un rapport volumineux et de nombreuses
recommandations. La principale leçon à tirer est que
le recrutement et la rémunération des enseignants est
l'un des domaines prioritaires où des réformes s'imposent
pour améliorer la qualité de l'éducation et limiter
les coûts. Presque tous les groupes ont abordé ce thème
sous un angle ou un autre.
Le groupe sur la rémunération des enseignants a recommandé
de prendre en compte les nombreuses composantes du problème,
de définir les aspects multidimensionnels de la question et
de dresser la liste des initiatives possibles sur le plan des politiques.
Aussi, pour assurer une meilleure gestion des coûts des enseignants,
les responsables des politiques doivent-ils aller au delà de
la dimension salariale et examiner : (i) l'ensemble des coûts
liés au corps enseignant ; (ii) le mode de calcul de la rémunération
des enseignants ; (iii) la structure salariale et dans quelle mesure
celle-ci peut être modifiée ; (iv) une meilleure utilisation
des enseignants pour réduire les coûts unitaires ; (v)
la conception ou la révision des mécanismes incitatifs
pour améliorer la performance.
Conclusions
Des groupes de discussions, se sont dégagées plusieurs
préoccupations et priorités communes :
- il est nécessaire de documenter davantage l'expérience
africaine ;
- une meilleure imputabilité de l'utilisation des ressources
imposera des changements dans les modes de gestion des systèmes
;
- à tous les niveaux, une meilleure information sur les coûts
est nécessaire pour améliorer la gestion des ressources
consacrées à l'éducation ;
- les pays doivent rechercher des stratégies plus rentables
(un meilleur ratio coût-efficacité), en particulier
pour le financement du corps enseignant et des manuels scolaires
;
- les objectifs pour l'enseignement de base ne seront atteints que
si un cadre politique clair et des stratégies réalistes
sont mises en oeuvre ; pour cela, des systèmes efficaces
de gestion d'information sont nécessaires;
- le secteur privé a beaucoup à offrir et doit être
appuyé ; le gouvernement sera amené à modifier
son rôle ;
- la décentralisation doit être planifiée :
pour être efficace, elle nécessite une participation
au niveau local ainsi que des règles et responsabilités
clairement définis.
Linda English
Banque mondiale