L'enseignement supérieur à distance en Afrique subsaharienne
En Afrique, les méthodes de formation à distance sont de plus en plus reconnues comme étant des outils valables pour élargir l'accès à l'enseignement supérieur tout en renforçant la pertinence et la qualité de l'éducation. En 1997, l'enseignement à distance fut au cúur d'un examen effectué par le Groupe de travail sur l'enseignement supérieur (GTES) qui commanda deux enquêtes importantes sur les activités d'enseignement supérieur à distance dans les pays francophones, lusophones et anglophones, ainsi que dix études de cas des programmes existants.(1) Les informations ont par la suite été compilées et publiées en anglais et en français dans un document intitulé " L'enseignement supérieur à distance en Afrique - Vue générale et annuaire des programmes ". L'article qui suit résume l'expérience africaine et présente une analyse sommaire des résultats des enquêtes.
Croissance des publics cibles
En Afrique, la formation à distance a surtout servi à rehausser la qualité de l'éducation de base en améliorant les compétences des enseignants des écoles primaires et secondaires. Dans ce secteur, l'Afrique du Sud, qui offre des cours par correspondance dans toute la sous-région, semble la plus expérimentée. Madagascar utilise la formation à distance pour l'éducation des étudiants universitaires de première année. L'université d'Abidjan a fait des essais d'enseignement par satellite en mathématiques, sciences et sciences de l'information, assurée par des universités françaises. La Tanzanie, le Zimbabwe et le Botswana possèdent des établissements de formation supérieure à distance mis sur pied récemment. L'Université de Namibie offre une formation à distance conjuguée à des cours sur le campus.
La télématique : un usage limité mais qui s'étend.
Les cours par correspondance, assurés par des supports imprimés destinés à être étudiés sans professeur, sont la méthode de formation à distance la plus courante. Ces pratiques - qui n'exigent, dans certains cas, que l'envoi par courrier de résumés de lecture aux étudiants - se sont peu à peu améliorées afin d'accroître leur efficacité. Parmi les changements, mentionnons : un matériel de formation conçu spécialement pour l'enseignement à distance ; l'utilisation des techniques de publication assistée par ordinateur ; un meilleur soutien des étudiants avec la mise en place de centres d'étude locaux et l'appel à des animateurs pour diriger des groupes de discussion périodiques.
Son également explorés les nouvelles technologies de l'information et de la communication tels que Internet, la vidéo-conférence et autres formes multimédias. Le programme " Telesun " au Cameroun offre des cours en sciences par Internet. Le programme FORST relie le Bénin et trois autres pays à l'Université McGill au Canada. Le programme RESAFAD à Djibouti offre une formation des enseignants assurés par des universités françaises. Ces dernières années, deux initiatives " d'université virtuelle " ont été lancées : l'Université virtuelle africaine appuyée par la Banque mondiale et l'Université francophone virtuelle appuyée par l'Agence de la Francophonie, démarrée il y a déjà quelques années.
Les capacités de développement des programmes et du matériel de formation à distance sont très limitées. Des centres de formation spécialisés dans la formation à distance n'existent qu'à Madagascar, en Mauritanie et en Afrique du Sud. Toutefois, le Togo et le Congo mettent actuellement sur pied des programmes universitaires de formation à distance et la Côte d'Ivoire réalise une étude de faisabilité dans ce domaine.
Les facteurs clés de réussite
L'examen des programmes a permis d'identifier plusieurs facteurs clés de réussite. Figurent parmi les principaux : l'existence d'une politique nationale claire concernant la formation à distance ; l'appui des leaders politiques du pays à la formation à distance ; la reconnaissance de la formation à distance par la fonction publique dans son évaluation des qualifications des employés. D'autres facteurs sont importants parmi lesquels : l'appel à des professionnels de la formation à distance pour gérer le programme ; l'utilisation complémentaire de différents médias ; l'existence de programmes de suivi et d'appui des apprenants pour renforcer l'enseignement.
Il n'est donc pas surprenant que les principales difficultés éprouvées par les programmes découlent de l'absence des facteurs de réussite, notamment : l'absence de politiques nationales acceptées et d'appui politique de haut niveau à la formation à distance ; le manque de reconnaissance officielle des diplômes de formation à distance au sein du pays ; le manque de professionnels spécialisés dans le domaine ; des budgets limités et une infrastructure nationale déficiente (routes, système postal, télécommunications).
Perspectives d'avenir
En Afrique, l'intérêt pour la formation à distance croît rapidement chez les gouvernements et les institutions qui s'efforcent de multiplier les inscriptions malgré de sévères contraintes budgétaires. Les conditions semblent favorables au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire, au Kenya, en Tanzanie et au Zimbabwe. Parallèlement, les leaders politiques deviennent de plus en plus conscients du potentiel de la formation à distance pour renforcer la qualité de l'enseignement de l'éducation de base, pour offrir des possibilités d'apprentissage aux adultes désavantagés et pour étendre les services d'éducation aux régions les plus isolées. Dans le cadre de l'amélioration des infrastructures de télécommunications, l'expérience d'Internet s'accroît.
En résumé, les leaders des secteurs politiques et éducatifs en Afrique sont de plus en plus conscients du potentiel de la formation à distance comme système de prestation efficace de l'enseignement supérieur. Il est probable que la formation à distance deviendra un élément important de l'enseignement supérieur en Afrique durant la prochaine décennie ; mais elle différera sans doute des universités ouvertes et des autres expériences entreprises dans le Nord. En Afrique, il est possible que l'enseignement supérieur à distance existe en l'absence d'universités nationales ; qu'elle soit fortement décentralisée ou basée sur une coopération multinationale. Cette coopération naissante existe déjà entre la Mauritanie et Madagascar, et les possibilités de coopération entre l'Afrique du Sud et ses voisins, ou entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, se dessinent aussi. Manifestement, la formation à distance jouera un rôle important en Afrique, mais ce rôle reste à définir.
William Saint
Coordonnateur du GTES
(1) Les enquêtes ont été réalisées par le Secrétariat d'Etat à la coopération de la France (pour l'Afrique francophone et lusophone) et par le Commonwealth of Learning (pour l'Afrique anglophone). Elles ont été commandées pour la réunion du GTES sur l'enseignement supérieur à distance qui s'est tenue à l'Université Gaston Berger à Saint-Louis au Sénégal, du 20 au 22 octobre 1997.
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