Le rôle des langues africaines dans léducation et le développement durable
Le rôle des langues africaines dans léducation et le développement durable
La question des langues africaines comme langues dinstruction fait partie de la réflexion sur la réforme des systèmes éducatifs africains. Elle est, pour beaucoup de ministres, au coeur de leur vision de la « nouvelle école africaine ». Afin de contribuer à cette réflexion, lADEA a facilité la tenue dune réunion ministérielle régionale, le séminaire panafricain sur les « problèmes et perspectives de lutilisation des langues africaines dans les systèmes éducatifs » tenu à Accra, au Ghana (26-30 août 1996). LADEA, en particulier le groupe de travail sur la recherche en éducation et lanalyse de politiques, a été étroitement impliquée dans les travaux préparatoires du séminaire.
A yo Bamgbose(1) écrit dans un de ses articles : « La langue est sans conteste le facteur le plus important dans le processus dapprentissage car le transfert de connaissances ou de compétences... passe par la parole ou par lécrit. Or, paradoxalement, les plans et les projets éducatifs sont souvent conçus en accordant plus dattention aux structures et aux programmes denseignement quà la politique linguistique. » Les ministres africains de lEducation ont choisi de porter une attention particulière au thème des langues dinstruction en suscitant la tenue dun séminaire panafricain sur « les problèmes et perspectives de lutilisation des langues africaines dans les systèmes éducatifs ». Ce séminaire a été organisé par lObservatoire des Perspectives de Ségou (OPS) et le ministère de lEducation du Ghana, sous légide de lOUA dans le cadre de lannée de léducation en Afrique.
Le séminaire sest tenu à Accra, au Ghana, du 26 au 30 août 1996. Cent-six personnes étaient présentes, parmi lesquelles les ministres et représentants officiels de dix-neuf pays africains(2), un grand nombre de spécialistes et universitaires et des représentants de plusieurs agences de développement.
Le séminaire a fourni un lieu de travail et dinteraction entre ministres de lEducation et leurs partenaires techniques des milieux universitaires et de la coopération au développement.
Au cours de la séance douverture, M. Michael A. Gizo, ministre responsable de la grande région dAccra a décrit la situation du continent, souvent déchiré par des guerres et des conflits et confronté à de sérieux problèmes danalphabétisation, de pauvreté. Il a souligné limportance des langues locales comme outil de communication et de progrès social et économique et leur pertinence fondamentale pour les processus dapprentissage. Il a aussi invité les participants à oeuvrer au développement de lingua francas adaptées au continent.
M. Adama Samassékou, président de lObservatoire des Perspectives de Ségou et ministre de lEducation de base du Mali, a relié le thème au développement durable en Afrique, au renouveau et à la transformation des systèmes éducatifs africains actuels.
M. Harry Sawyerr, ministre de lEducation du Ghana a officiellement ouvert les délibérations. Il a fait mention des recommendations des Perspectives de Ségou à lOUA qui ont abouti à déclarer 1996 lannée de léducation en Afrique. Cette déclaration a pour but de mobiliser les énergies, aux niveaux national et international, autour de la question de léducation. M. Sawyerr a mis en valeur les nombreux avantages, notamment psychologiques, de lutilisation des langues nationales pour léducation des enfants et des adultes. Il a aussi évoqué les efforts faits par le Ghana pour développer les diverses langues vernaculaires du pays, dont une quinzaine ont déjà été transcrites.
Les travaux du séminaire ont été organisés pour répondre à quatre objectifs: Brosser le tableau socio-linguistique des Etats africains et les politiques daménagement linguistique élaborées et mises en oeuvre.
Evaluer les expériences denseignement en langues nationales et tirer des leçons en vue de développer de nouvelles stratégies opérationnelles pour les pays africains.
Faire un bilan de la coopération internationale en matière de promotion des langues africaines ; évaluer son impact sur lintégration africaine ; ébaucher de nouvelles perspectives de coopération pour lavenir.
Élaborer un programme daction pour promouvoir lutilisation des langues africaines dans les systèmes éducatifs et une meilleure intégration africaine.
Contexte, politiques linguistiques, obstacles et contraintes
Plusieurs exposés ont été faits par les professeurs Ayo Bamgbose (Nigéria), Okoth Okombo (Kenya), Gérard Dumestre (France) et Kyati (Lesotho).
La question du multilinguisme a été fréquemment évoquée. Ce profil, commun à la plupart des pays africains, masque néanmoins des situations complexes qui varient dun pays à lautre. Ainsi, malgré ses 120 langues, la Tanzanie dispose, grâce au swahili, dune langue dominante comprise et parlée par 1écrasante majorité de sa population. Au Nigéria, au moins trois à quatre langues sont sur le même pied dégalité. Au Cameroun, aucune langue ne joue un rôle dominant.
Dautres facteurs comme la densité, le nombre de locuteurs, le statut, la couverture géographique, ou lattitude envers les langues conduisent à des typologies différentes.
Les facteurs qui entravent lutilisation des langues africaines dans les systèmes éducatifs ont été discutés. Ont été cités : linsuffisante technicisation des langues africaines ; le manque de documents de référence, de matériels de lecture et dapprentissage ; lattitude négative envers les langues africaines qui prévaut largement encore parce que les langues des anciennes métropoles coloniales sont restées les langues du pouvoir ; les arguments économiques qui occupent un poids important dans la balance et qui sont souvent avancés pour différer des décisions politiques ; le problème idéologique soulévé par lexistence dentités géopolitiques et ethno-linguistiques différentes.
Les participants ont reconnu que toute politique linguistique était indissociable de la vie économique, sociale et culturelle et que léducation doit permettre lélargissement des possibilités offertes par la vie. Or, dans la majorité des cas, les langues africaines ne constituent pas encore un outil efficace.
Au coeur de tout dispositif de réforme se trouve la volonté politique. Les ateliers de travail ont permis lexamen des démarches entreprises dans plusieurs pays pour surmonter les obstacles et élaborer des politiques linguistiques respectueuses des spécificités ethno-culturelles et soucieuses de lunité nationale et de lintégration régionale et sous-régionale. Les cas de lAfrique du Sud, du Burkina Faso, du Cameroun, de la République Centrafricaine, du Ghana, de la Guinée, du Kenya, du Lesotho, de Madagascar, du Mali, du Niger, du Nigéria, de lOuganda, du Sénégal, du Sierra Leone et du Togo ont été brièvement examinés. Référence a aussi été faite au Danemark, à la Finlande, au Québec, et à la Suisse.
Revue des politiques formulées et mises en oeuvre en Afrique
Lintérêt des débats sur ce thème a été de sinspirer dexpériences vécues.
Plusieurs documents de réflexion présentés par les professeurs S.A.K. Mlacha (Tanzanie), Maurice Tadadjeu (Cameroun), Casimir Rubagumya (Tanzanie) et Neville Alexander (Afrique du Sud) ont permis dexploiter les expériences de plusieurs pays : lAfrique du Sud, le Cameroun, la Guinée, Madagascar et la Tanzanie, expériences riches en enseignements.
Ainsi, le Cameroun sefforce de mettre en place un trilinguisme équilibré fondé sur un double pari dappartenance et de participation communautaire et nationale dune part, et dintégration régionale et africaine dautre part. En Tanzanie, lutilisation du Swahili, limitée à lenseignement primaire, a nui considérablement à la technicisation de la langue. En dépit de cela, la politique linguistique du pays a été dans lensemble positive (alphabétisation massive et soutenue). En Afrique du Sud, la politique linguistique vise, entre autres, à corriger les inégalités héritées de lapartheid et à renforcer la participation aux institutions démocratiques. Le plan national de développement linguistique sera bientôt examiné par le Parlement.
La question linguistique ne se pose pas seulement dans le secteur éducatif, mais aussi dans une perspective de développement durable. Les pays ont été invités à mettre en place des structures qui susciteront et soutiendront le développement des industries langagières et lenrichissement des cultures orientées vers la lecture en langues africaines.
Des actions pratiques dans le secteur de léducation ont été préconisées : lélaboration de programmes de recherche, déchanges et de coordination axés sur la normalisation des langues en vue de leur utilisation dans tous les domaines ; la conception de matériels didactiques faisant appel à des programmes de partage des expériences vécues et des ressources professionnelles ; la révision des lois et des mesures administratives touchant au commerce des livres et des intrants.
Les coopérations
Les thèmes de lintégration nationale, de lintégration africaine, et de la coopération internationale ont été abordés au cours de cette séance.
Au niveau de la coopération internationale, il a été souligné limportance pour les gouvernements dexprimer fermement leur détermination à promouvoir les langues africaines comme faisant partie dun plus grand dessein de développement social, économique et politique.
Programme daction
Lun des faits saillants du séminaire a été la préparation dun projet de charte exprimant lengagement des ministres à promouvoir lutilisation des langues africaines dans léducation et dans les autres grandes sphères dactivité.
Ouverture du séminaire
Déclaration dAccra
A lissue du séminaire, la déclaration dAccra a été adoptée par les ministres de lEducation et les représentants des ministres des dix-neuf pays. La déclaration exprime la volonté des ministres à promouvoir les langues nationales africaines et leur utilisation dans les systèmes éducatifs africains. Elle propose aussi « ladoption sans réserve du projet de Charte fixant lorientation principale, les axes et les objectifs dune politique générale, et les lignes majeures pour poursuivre la promotion et lutilisation des langues nationales africaines dans les systèmes éducatifs ». Le projet de charte sera révisé et présenté à lOUA par le nouveau président de lObservatoire des perspectives de Ségou, M. Harry Sawyerr, en vue de son adoption par les Etats membres.
Pour obtenir le rapport complet de la réunion, veuillez vous adresser au secrétariat de lADEA
(1) Extrait de « Les options en matière déducation de base et leurs incidences sur la formulation des politiques linguistiques » de Ayo Bamgbose dans Politique linguistique, alphabétisation et culture Table ronde, Conférence internationale de léducation, Genève 18 septembre 1992, UNESCO. Ayo Bamgbose est professeur au département de linguistique de luniversité dIbadan à Ibadan (Nigéria).
(2) Le Burundi, le Burkina-Faso, le Cameroun, le Congo, le Ghana, la Guinée, Documents de référence du séminaire Les documents de référence suivants ont été présentés au séminaire panafricain sur les « problèmes et perspectives de lutilisation des langues nationales africaines dans les systèmes éducatifs africains ». La situation des langues africaines et ses implications pour la planification des langues et léducation
par Ayo Bamgbose
Lexpérience camerounaise denseignement des langues nationales à lécole : perpectives pour la coopération internationale et lintégration africaine
par Maurice Tadadjeu
Lexpérience de la Tanzanie en planification et développement des langues nationales et leur utilisation dans lenseignement
par S. A. K. Mlacha
Les lecteurs qui souhaiteraient obtenir
des informations sur ces trois premiers documents
sont priés de contacter :
Bureau régional de léducation pour lAfrique (BREDA)
Centre de documentation
12 avenue Roume
Dakar, Sénégal
Synthèse détudes relatives aux langues dinstruction et leurs implications pour les politiques déducation en Afrique
par Okoth Okombo et Casimir M. Rubgumya
Les lecteurs qui souhaiteraient obtenir des informations sur ce document sont priés de contacter le secrétariat de lADEA
Coopération internationale et langues nationales dans léducation : Expériences et vision du CRDI
par Sibry Tapsoba
Les lecteurs qui souhaiteraient obtenir
des informations sur ce document
sont priés de contacter :
Centre de recherche pour
le développement international (CRDI)
Annexe Cheikh Anta Diop
BP 11007 CD Annexe
Dakar, Sénégal
Socio-Linguistic Situation and Implications for Language Planning Policies- Empowerment through Languages: The Case of Lesotho*
par Inekiso Khati
Languages of Learning and Teaching in South Africa : Recent Debates and Developments*
par Neville Alexander
The Political, Socio-Economic and Cultural Dimensions of the Use of African Languages in Education and Development in Africa: Problems and Prospects*
par Kwesi Kwaa Prah
*Disponible en anglais seulement