Les questions essentielles de l’Agenda Afrique 2063 et leur pertinence pour le secteur éducatif en Afrique

La vision sur 50 ans de l’Union africaine place les peuples au centre des préoccupations, notamment grâce à une amélioration de l'éducation et des qualifications
La plupart de ces filles en République centrafricaine disent que si elles ne pouvaient pas revenir à l'école, elles devraient passer leur temps à réaliser des tâches ménagères.
© UNICEF RCA/2015/KIM

Ce billet de blog est le premier d'une série de collaborations entre l'ADEA et le Partenariat Mondial pour l'Education (GPE).

L’Union africaine a développé l’Agenda 2063, la vision et le plan d'action sur 50 ans pour l’Afrique souhaités par les Africains. L’Agenda Afrique 2063 est un appel à l’action pour tous les segments de la société afin que ceux-ci œuvrent ensemble à bâtir une Afrique prospère et unie sur la base de valeurs partagées et d'un destin commun.

Les fondements d’une stratégie pour l’Afrique sur 50 ans

En mai 2013, alors qu’ils fêtaient le 50ème anniversaire de l’Union, les Chefs d’État et le Gouvernement de l’Union africaine ont fait une Déclaration solennelle : reconnaissant les réussites et difficultés passées du continent, ils se sont réengagés pour un développement rapide et des avancées technologiques en Afrique.

Dans leur vision, les leaders africains ont présenté huit objectifs afin de guider le continent, et que l’Agenda 2063 traduira concrètement en divers objectifs, caps, buts, cibles et actions. Cet Agenda permettra à l'Afrique de rester concentrée et engagée envers les idéaux envisagés dans le contexte d’un monde connaissant une rapide évolution.

La question qui vient souvent à l'esprit est la suivante : pourquoi 50 ans ? En 2013, Nkosazana Dlamini-Zuma, Présidente de la Commission de l’Union africaine, a résumé une réponse dans les termes suivants :

« Pourquoi sommes-nous confiants dans le fait que l'heure de l'Afrique a sonné et que nous pouvons réaliser notre rêve en 50 ans ou moins ? Six des économies connaissant la croissance la plus rapide sont africaines, et le continent affiche une croissance moyenne de 5 % par an depuis plus d’une décennie, malgré la crise financière et économique mondiale. Nous avons une population croissante, active, pleine de ressources et jeune, dotée des compétences essentielles qui seront nécessaires pour conduire la transformation de l’Afrique. »

Il est certain qu’une planification sur 50 ans est ambitieuse, et aucun modèle n’est assez rigoureux pour prévoir aussi loin dans le futur. Les évolutions stupéfiantes et complexes (politiques, sociales, culturelles, économiques et technologiques) que vivent le monde et l'Afrique vont se poursuivre longtemps.

Cependant, comme l’ont résumé les ministres africains lors de la retraite ministérielle de de 2014 à Bahir Dar :

« Planifier 50 ans à l'avance nous permet de rêver, d'être créatifs et parfois un peu fous, et de passer au-dessus des difficultés immédiates. »

Préparer une Afrique prospère pour le 21e siècle

L’Agenda 2063 repose sur le panafricanisme et la renaissance africaine ; il fournit un cadre solide pour la réparation des injustices passées et la reconnaissance du 21e siècle comme étant le siècle africain.

L’Agenda est un instrument souple et un document vivant qu'il conviendra d'adapter aux exigences de l'époque. Sa mise en œuvre commence par un plan d’exécution qui détaille de façon progressive les étapes concrètes et les caps à atteindre d'ici 2063 afin de réaliser la vision de l’Union africaine.

L’Agenda 2063 constitue un changement de paradigme pour le continent s’il est mis en œuvre sur tous les plans.

Une fois que l’Afrique aura développé le cadre recommandé qui permettra d’harmoniser l’exécution de l’Agenda 2063 et celle des Objectifs de Développement durable (l’Agenda 2030), les deux agendas seront cohérents dans leur réalisation et pourront ainsi assurément avoir un impact significatif.

Selon la vision de l’Agenda 2063, le continent deviendra riche et connaîtra une croissance de haute qualité qui créera des opportunités d’emploi pour tous, en particulier pour les femmes et les jeunes. Grâce à cette vision, des politiques rationnelles et une meilleure infrastructure stimuleront la transformation de l'Afrique en améliorant les conditions de développement du secteur privé et en amplifiant l'investissement, l'entreprenariat, et les micro, petites et moyennes entreprises.

Cette évolution nécessitera de faire évoluer les sources de croissance et d’opportunités économiques de façon à encourager une plus grande productivité, et entraîner ainsi une croissance économique durable et inclusive. Cet Agenda exige un leadership fort, toute transformation réussie nécessitant un leadership visionnaire et déterminé.

Les obstacles sur la voie de la réalisation de l’Agenda 2063

Les enjeux de la réalisation de cette vision sont élevés. Plusieurs économies du continent demeurent fragiles, et les infrastructures restent sous-développées. De nombreuses économies africaines reposent encore sur les matières premières et des structures de production peu diversifiées.

Le taux de pauvreté demeure beaucoup trop élevé. Les inégalités sont également fortes. Selon les Nations unies, six des pays les plus inégalitaires au monde sont africains. Les crises alimentaires mondiales récentes et la lutte contre la faim dans certaines régions du continent, en particulier dans la Corne de l’Afrique, mettent en évidence la nécessité d’une meilleure sécurité alimentaire.

L’Afrique doit également mobiliser son capital, humain, naturel et financier plus efficacement afin d’investir dans le développement futur.

Un défi démographique

La population de l’Afrique est jeune et en pleine croissance, et un nombre grandissant de demandeurs d’emploi vont bientôt se retrouver sur le marché du travail. Le taux de croissance démographique est encore plus élevé dans les villes, où vit 40 % de la population africaine selon les estimations.

D’après le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), les populations urbaines augmenteront de près de 300 millions de personnes d’ici 2030. La Banque prévoit que 250 millions d’Africains auront entre 15 et 24 ans dans les trois prochaines années.

Le défi de l’Afrique est ainsi non seulement de créer des emplois assez rapidement pour suivre le rythme de la croissance démographique, mais également de doter chacun des compétences nécessaires pour intégrer une main d’œuvre productive.

Investir d’abord dans le peuple par l'éducation

L’Agenda 2063 exige du continent qu’il investisse dans les compétences, les sciences, les technologies, l'ingénierie et les mathématiques, afin que les peuples d’Afrique puissent conduire son développement. À cet égard, l’Agenda 2063 a déterminé des piliers pour les domaines prioritaires qui permettront de faire de cette vision une réalité.

L’un de ces piliers est la nécessité d’investir dans les peuples africains comme ressource la plus précieuse du continent. Selon l’Agenda 2063, ces ressources comprennent l'alimentation et la santé, l'accès au logement, à l'eau et aux installations sanitaires, le développement d’une éducation de qualité et le renforcement des sciences, des technologies, de l’innovation et de la recherche.

Nous connaissons l'inadéquation existant entre les qualifications produites par le système scolaire et celles souhaitées par le secteur privé. La qualité de l’éducation est souvent faible. Au niveau international, les élèves africains sont classés derniers en lecture et calcul.

Les systèmes éducatifs du continent doivent améliorer les compétences dans les professions traditionnelles (enseignants, infirmiers, médecins et avocats), ainsi que dans les technologies, l’ingénierie et les mathématiques, afin d’accompagner les exigences des économies africaines, qui connaissent une évolution rapide.

Il est également urgent de développer des compétences pour les micro, petites et moyennes entreprises.

Les sciences, les technologies et la création d’entreprises sont des domaines clés

Pour parvenir à atteindre les cibles du premier plan sur dix ans de l’Agenda 2063, les institutions africaines doivent davantage se concentrer sur l’investissement dans les sciences et les technologies.

Le Département des Ressources humaines, Sciences et Technologies de l’Union africaine, qui comporte une Division Sciences et Technologies, ainsi que plusieurs Divisions Éducation et Jeunesse, doit être au centre du programme de développement sur le continent. Il doit recevoir un soutien financier et technique de la BAD et de l’Association pour le Développement de l’éducation en Afrique (ADEA).

Le soutien à la formation technologique et professionnelle doit être accru et lié aux besoins spécifiques du marché du travail, dans les secteurs formels comme informels, et comprendre les compétences nécessaires à la création de petites entreprises.

Les programmes destinés aux femmes étudiantes dans les domaines techniques et scientifiques doivent être soutenus.

Ces institutions doivent œuvrer avec des partenaires bilatéraux, multilatéraux et non traditionnels pour mobiliser leurs contributions au développement de l’Afrique, grâce au co-financement par des fonds fiduciaires thématiques, ainsi que d’autres initiatives bilatérales. Des efforts doivent aussi être poursuivis auprès du secteur privé, des fondations, des organisations non-gouvernementales, des organisations de la société civile et des milieux universitaires.

Un soutien spécifique de l’ADEA et de la BAD

L’ADEA, par sa branche externe au sein des gouvernements et des groupes de travail, doit adopter de nouvelles approches focalisées sur une éducation de qualité et une meilleure adéquation entre l’offre et la demande de main d’œuvre qualifiée afin de résoudre le chômage des jeunes.

L’Union africaine doit également œuvrer aux côtés de la BAD au renforcement de la recherche et de l'innovation scientifiques par des réseaux d’excellence africains. Ceux-ci contribueront collectivement à créer une dynamique, des systèmes innovants connectés à l'international et à développer des programmes de mentorat (avec la diaspora) afin de former la nouvelle génération d’entrepreneurs.

L’ADEA est un courtier en connaissances, et ses branches techniques doivent collaborer avec la BAD et l'Union africaine pour aider les États africains à promouvoir les compétences dans les domaines traditionnels, ainsi que dans l’ingénierie, la recherche, les sciences et les technologies, cela, dans l’objectif d'accompagner un développement rapide au niveau politique, social et économique.

Les universités et les institutions régionales de formation professionnelle doivent être au cœur de ces efforts. J’espère que les fruits de la Triennale de l’ADEA en mars 2017 feront écho à ces suggestions afin d’opérationnaliser ce vaste agenda.

Réaliser la vision de l'Agenda 2063 par l’éducation

L’objectif de l’Agenda 2063 est donc d’assurer la réalisation complète de l’ambition visant à faire de l’Afrique un continent stable, intégré et prospère aux économies diversifiées et croissantes, acteur à part entière des échanges et des investissements au niveau mondial.

Le continent doit aspirer à devenir un futur pôle de croissance et le prochain marché émergeant au niveau mondial. Tout en saisissant toutes les opportunités qui s’offrent à lui, l’Agenda 2063 met en évidence une chose : la réussite dépend de l'unité des objectifs, de la transparence, de la priorité donnée aux citoyens, d’une gouvernance solide et d’une volonté et capacité à évaluer la performance et à corriger rapidement les erreurs.

******************************

Vous pouvez trouver ce billet de blog sur le site de GPE