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Evaluer les coûts de l'éducation


La question du financement de l’éducation ne peut plus se limiter aux seules dépenses des ministères de l’éducation. La participation des familles, des communautés et parfois des collectivités locales, ainsi que l’apport des partenaires extérieurs font désormais partie du paysage. Mais comment évaluer le coût total de l’éducation ? Une démarche est celle suivie dans le cadre de deux études visant à évaluer les dépenses d’éducation au Mali et à Madagascar.

Un maillon faible des systèmes d’information

Il est rare que la connaissance des dépenses d’éducation soit complète. Elle se limite le plus souvent aux seules dépenses publiques, voire aux seuls budgets des ministères responsables du secteur de l’éducation.

Cela tient à la dispersion souvent très grande des informations financières. En général, les établissements publics d’enseignement ne sont pas financièrement autonomes. Ils sont plutôt des lieux de convergence de ressources humaines, physiques et pécuniaires mises à leur disposition par les pouvoirs publics centraux ou locaux, les familles, voire d’autres agents économiques. Ces diverses unités de financement assurent souvent elles-mêmes la gestion financière des moyens mis en œuvre. De plus, les recensements scolaires, basés sur les questionnaires adressés aux directeurs d’écoles, n’apportent qu’une connaissance très partielle des dépenses d’éducation.

Cette structure éparpillée rend difficile une vision globale des dépenses d’éducation.

Afin de pouvoir aborder la question du financement de l’éducation de manière valable, il faut disposer d’un système d’information capable de mesurer deux éléments : (i) l’apport de chaque agent économique ; (ii) les coûts par niveau d’enseignement et par catégorie d’école (publique ou privée). Une connaissance plus précise des coûts de l’éducation sera également utile à une meilleure maîtrise de leur évolution.

Utiliser des méthodes de comptabilité nationale

Pour évaluer correctement l’ensemble des dépenses d’éducation, il faut, dans un premier temps, mobiliser les informations détenues par les nombreux gestionnaires ou acteurs situés à différents niveaux du système : administrations publiques centrales ou locales, administrations des projets financés par l’extérieur, établissements d’enseignement ou familles.

Les données financières provenant de différentes sources d’information comptables ou statistiques se présentent sous des formes disparates. Aussi convient-il, dans un deuxième temps, de traduire l’information de base recueillie en données homogènes susceptibles d’être regroupées et consolidées dans un cadre cohérent.

La méthodologie s’appuie sur une approche structurée du domaine de l’éducation et des agents économiques qui le financent.

Deux exemples : le Mali et Madagascar

Cette méthode d’analyse des coûts a été mise en œuvre au Mali pour évaluer les dépenses de l’enseignement fondamental. Ils ont été chiffrés à 24 milliards de francs CFA en 1994.

L’Etat assure 52,5 % du financement total ; les familles et communautés 15,9 % ; les financements extérieurs 9,6 % sous forme de prêts remboursables et 15,8 % sous forme de subventions. Les autres financements sont assurés par les comités locaux de développement ou les ONG. L’étude permet aussi d’observer les coûts propres aux différentes catégories d’écoles : publiques, catholiques, privées laïques, medersas ou communautaires. Les résultats de l’étude sont publiés dans le rapport de recherche n° 106 de l’IIPE : Fonctionnement et financement de l’enseignement fondamental malien(1).

A Madagascar, le travail a porté sur l’enseignement primaire et secondaire entre 1990 et 1993. Pour l’année 1992, l’étude a permis d’évaluer les dépenses d’éducation dans chacune des huit régions du pays. La dépense pour l’enseignement primaire et secondaire représente 196 milliards de francs malgaches en 1993, dont 51,8 % à la charge de l’Etat, 27,2 % des parents. Les partenaires extérieurs ont contribué pour 4,1 % sous forme de prêts et 7 % sous forme de subventions. Les coûts propres aux établissements publics et privés des différents niveaux ont également été évalués dans le cadre de cette étude. Les résultats sont publiés dans le rapport de recherche n° 108 de l’IIPE : Le financement de l’enseignement primaire et secondaire malgache(1).

Bâtir un système qui permette une évaluation régulière

Les méthodes mises en place doivent permettre une évaluation annuelle des dépenses d’éducation afin que l’on puisse analyser l’évolution des coûts et intégrer les données dans les publications statistiques des ministères de l’éducation. Les données financières enrichiront les systèmes d’indicateurs établis pour assurer le suivi et le pilotage des systèmes éducatifs. Elles constitueront ainsi une partie du système d’information sur l’éducation, tout aussi importante que les statistiques sur les établissements, les élèves, les personnels, ou les équipements mobiliers et immobiliers.

Serge Péano
Institut international de planification de l’éducation

(1) Les rapports de recherche
de l’IIPE (N° 106 et 108)
peuvent être obtenus auprès de :

l’Institut international de planification de l’éducation (IIPE)
7-9 rue Eugène Delacroix
75116 Paris, France




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modifiée : le 14 mars 2001