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Cet ouvrage est une analyse critique traditionnelle de la communication
(médias, ressources et techniques) dans le domaine du développement
sociétal et du changement humain.
Les auteurs ont mis leurs connaissances approfondies
et leur riche expérience (qui, cumulées, couvrent
une période de 50 années) au service du bon usage
de la communication pour le développement. Colin Fraser est
considéré comme l'un des plus ardents défenseurs
de cette spécialité ; ses travaux et publications
ont porté sur l'application de la communication pour le développement
dans les domaines de l'agriculture, du développement rural,
de l'environnement et des droits de l'enfant. L'expérience
de Sonia Restrepo-Estrada, considérable elle aussi, s'est
exercée dans les domaines de la santé, de l'alimentation,
des droits de l'enfant et du développement rural. Dans leur
ouvrage, les auteurs énoncent d'emblée leur vision
du développement par la communication : « Pour encourager
le changement et le développement, l'un des facteurs cardinaux
consiste à établir et utiliser systématiquement
la communication afin d'aider les personnes, comme les communautés
ou les sociétés à accepter l'idée du
changement et à permettre sa mise en oeuvre » (p. 4).
Le livre est divisé en trois parties. La première
aborde les questions théoriques et conceptuelles qui sous-tendent
le changement par la communication. La seconde partie, qui représente
le gros de l'ouvrage, aborde l'analyse de cinq cas pratiques ; à
travers ces exemples de mise en application, le lecteur découvre
les différents aspects du changement sociétal et humain.
Quant à la troisième partie, elle propose, un «
agenda communicationnel » pour le siècle prochain.
Questions conceptuelles et théoriques
La première partie ouvre un débat sur
la nécessité, d'un changement et d'un développement
sociétal pour créer les conditions d'un avenir meilleur
et durable ; elle aborde aussi la façon dont la communication
peut contribuer à la réussite de tels processus. Le
chapitre initial, intitulé « The Panorama of Change
» (Le Panorama du changement), examine le besoin d'un changement,
d'abord chez les décideurs politiques ; ensuite, chez les
prestataires de services, communément appelés «
agents du changement » (enseignants, soignants et agents d'extension
agricole) ; enfin, chez les particuliers. Ce chapitre commente également
une série d'importantes conférences organisées
par les Nations unies dans les années 1990 et qui, selon
les auteurs, « appellent toutes implicitement à un
changement majeur en faveur du développement et à
l'utilisation de la communication comme vecteur de succès
» (p. 34). Le chapitre 2, Why Communication (La Communication,
pour quoi faire ?) propose un récit succinct des origines,
de l'évolution et de l'affinement du concept de communication
pour le développement. Ce chapitre détaille également
le rôle pionnier de feu Erksine Childers : dans les années
1960, il a sollicité et obtenu l'adhésion d'un grand
nombre d'organisations satellites des Nations unies à l'idée
que la communication et l'information pouvaient contribuer à
la réussite des projets de développement.
Les études de cas
Cette partie présente des analyses de cas qui
montrent comment la communication a été utilisée
pour promouvoir le développement et le changement social
aux niveaux mondial, national et local. Les cas exposés sont
les suivants : (a) le programme mondial de mobilisation sociale
en faveur de la vaccination des enfants, lancé par l'UNICEF
dans les années 1980 ; (b) la communication en faveur du
développement rural au Mexique, programme mené de
1978 à 1995 ; (c) deux exemples historiques de l'utilisation
de la radio pour l'information et l'éducation en zone rurale
: The Archers - An Everyday Story of Countryfold, un feuilleton
fleuve lancé par la BBC en 1951 et Radio Sutatenza et Accion
Cultural Popular, dans les Andes colombiennes ; (d) la communication
en faveur des programmes de planning familial et d'aide à
la population dans différents pays d'Amérique Latine,
d'Asie et d'Afrique ; (e) le projet de radio pour la communauté
Tambuli aux Philippines.
Comme l'écrivent les auteurs, ces cinq exemples
clairs et détaillés montrent « combien la communication,
bien préparée et bien appliquée, constitue
un puissant moteur pour aider les sociétés à
atteindre leurs objectifs de développement et à s'adapter
aux péripéties du changement » (p. 65).
Recommandations pour des stratégies de communication
efficace
Dans la troisième partie, les auteurs identifient
les éléments communs aux différents exemples
étudiés. Sur cette base, ils énoncent un certain
nombre de recommandations pour le bon usage de la communication
aux fins de changement et de développement lors du siècle
prochain.
Comme le suggère son titre, le chapitre 8, Towards Successful
Communication Strategies (Vers des stratégies de communication
efficaces) dresse l'inventaire des facteurs communs qui sous-tendent
les expériences réussies et énumère
les éléments clés de communication pour réussir
le développement et le changement. Ces facteurs, mis en évidence
dans toutes les publications sur le développement de valeur,
comprennent :
o Le planification stratégique
o L'approche multimédia
o Un matériel et des supports de communication
appropriés
o Des ressources humaines professionnelles
o Une organisation, un contrôle et une évaluation
sans faille.
Au chapitre 9, les auteurs déplorent «
le manque de cohérence, à l'échelle presque
mondiale, des stratégies qui lient la communication au changement
et au développement ». Ils plaident pour la codification
de ces stratégies afin de donner aux professionnels de la
communication la reconnaissance nécessaire à leur
action en faveur du développement à l'échelon
national. Le chapitre 10, A Framework for Action, (Un cadre d'action)
conclut l'ouvrage. Cet agenda prévisionnel s'applique aux
domaines importants tels que population, environnement, droits de
l'enfant, construction d'une société civile qui «
prenne en compte l'avenir de l'humanité et de la planète
en appelant à des efforts concertés pour faciliter
le changement aux niveaux national, régional, local, familial
et individuel » (p. 271). Dans la section finale, les auteurs
notent que la communication « ne peut plus être considérée
comme la cinquième roue de la charrette - un "plus"
bien commode mais qui relève du luxe. La communication doit
devenir la roue motrice qui trace la voie aux énormes changements
à provoquer, à l'intention des responsables stratégiques
nationaux mais aussi des institutions, des sociétés,
des groupes et des communautés » (p. 238).
En conclusion, Communicating for Development est un
livre bien écrit et facile à comprendre car il évite
le piège du jargon académique qui caractérise
de nombreuses publications récentes sur le sujet. Les auteurs
l'ont illustré de nombreux exemples vivants inspirés
de leur propre expérience et de récits « de
personnes qui catalysent d'importantes initiatives de développement
». Experts, enseignants, étudiants et praticiens trouveront
dans Communicating for Development une aide considérable
et un complément bien utile à la littérature
existante sur la communication et le développement social.
Kwame Boafo
Division de la communication
UNESCO, Paris