Partenariats, confiance et pédagogie
L'ADEA a récemment démarré une nouvelle activité
faisant appel à la communication pour améliorer l'éducation.
Dans l'article ci-dessous, Richard Sack, secrétaire exécutif
de l'ADEA réfléchit sur les fondements d'une communication
efficace entre les nombreux acteurs de l'éducation. Partenariats,
confiance et pédagogie sont des ingrédients essentiels.
« La confiance », avait déclaré le président
Abdou Diouf du Sénégal en 1997, lors de l'ouverture
de la biennale de l'ADEA à Dakar, « est maintenue à
travers les expériences partagées, la communication
permanente et la proximité qui facilitent la compréhension
mutuelle ».
Les responsables de l'éducation du monde entier savent qu'il
est important de savoir communiquer au sujet de l'éducation.
Bien évidemment, on peut dire que l'éducation est en
elle-même communication, en premier et dernier lieu et à
tous points de vue. C'est ce qui se passe dans les salles de cours
du monde entier. Cependant, nous savons que la communication n'est
pas toujours facile lorsqu'il s'agit des problèmes et des contraintes
qu'affrontent les systèmes éducatifs ou encore des politiques
que nous tentons de mettre en uvre.
Le programme de l'ADEA sur la communication pour l'éducation,
élaboré et mis en uvre avec la Banque mondiale
et le Centre WANAD, a pour objectif d'aborder ces problèmes.
La toute première étape de ce programme a débuté
à la biennale de l'ADEA à Dakar, qui a eu lieu en octobre
1997. Le thème de la réunion était les partenariats.
La réunion avait exploré les partenariats existant entre
les nombreux acteurs impliqués dans le fonctionnement des systèmes
éducatifs : entre partenaires financiers, entre écoles
et communautés, entre ministères et enseignants, entre
praticiens, techniciens et chercheurs.
En prenant la parole à l'ouverture de la réunion, le
président du Sénégal Abdou Diouf avait souligné
que la confiance était « l'un des facteurs déterminants
de tous les partenariats ». Cette confiance, avait-il déclaré,
« ne se réduit pas à un contrat formel. Plutôt,
elle implique la reconnaissance mutuelle des intérêts
personnels et institutionnels de chacun des partenaires, de leurs
attentes, de leurs problèmes, de leur souveraineté,
et de leurs cultures ».
Nous avons appris avec le temps que la confiance est une composante
essentielle du développement, à laquelle les spécialistes
du développement s'intéressent de plus en plus. Certains
la considèrent comme la base du « capital social »
nécessaire à ce développement. Cette position
reflète peut-être une différenciation par rapport
à « la science économique pure » - qui a
eu ses échecs - pour comprendre les processus de développement.
Intuitivement, nous savons que l'éducation est basée
sur les partenariats et la confiance. Le premier partenariat, le plus
important de tous, est le partenariat à l'école, entre
les professeurs et les élèves. D'autres partenariats
sont essentiels : entre autorités scolaires, enseignants, communautés
et ministères de l'éducation ; entre ministères
de l'éducation et leurs partenaires financiers, essentiellement
les ministères des finances, mais aussi les partenaires financiers
extérieurs ; entre praticiens et professionnels en amont tels
que les chercheurs.
Autrement dit, les partenariats sont nécessaires car les participants
impliqués dans le fonctionnement du système éducatif
sont nombreux. Etudiants, enseignants, parents, membres de la communauté,
contribuables, professionnels de l'éducation, décideurs,
administrateurs responsables de la mise en uvre de programmes,
législateurs qui votent les budgets, professionnels des médias
(fournisseurs - et transformateurs - de l'information)
sont
les maillons essentiels de la chaîne qui consolide le système
éducatif et lui permet d'avancer. Une communication efficace
doit être établie pour que tous les maillons soient informés,
concernés et impliqués.
La grande problématique de l'éducation est la faiblesse
de ses fondements théoriques et scientifiques. Il n'existe
pas de théorie d'apprentissage acceptée de tous. En
médecine, lorsqu'un médecin compétent pose un
diagnostic, il y a de fortes chances pour qu'il puisse prédire
l'aboutissement. En éducation, l'équivalent n'existe
pas. Dans le monde entier, les parents se préoccupent de l'influence
des valeurs et des enseignements de l'école sur ceux de la
famille. Nous confions plus facilement nos corps au médecin
que nos enfants à l'école. Et pour compliquer davantage
la tâche, nous pensons tous être des experts en éducation.
Il suffit d'avoir fréquenté l'école ou d'avoir
des enfants à l'école pour être convaincu de sa
propre expertise. Voilà pourquoi les problèmes éducatifs
deviennent hautement politiques. Et pourquoi il est si important pour
les ministres de l'éducation de savoir communiquer efficacement
avec (non pas « à », mais « avec »)
leurs divers partenaires : le grand public, les enseignants, les autorités
scolaires, les législateurs, les médias et les étudiants.
Concevoir des stratégies efficaces de communication
Comment, nous, éducateurs - que nous soyons enseignants, ministres,
gestionnaires, planificateurs ou chercheurs - devons-nous communiquer
? Comment élaborer des stratégies efficaces dans ce
domaine ? Dans la classe, la communication, appelée pédagogie,
a beaucoup évolué au fil des ans et des décennies.
Le sens commun nous dit qu'une pédagogie efficace est une pédagogie
où l'apprenant n'est pas passif, mais au contraire un participant
actif. On ne considère plus les étudiants comme de simples
dépositaires de ce qu'on leur enseigne, mais comme des partenaires
actifs dans le processus d'apprentissage. La pédagogie moderne
ressemble aux partenariats évoqués par le président
Diouf, où la confiance joue un rôle capital dans les
relations entre partenaires. Et, comme le savent les enseignants efficaces,
la méthode la plus efficace pour développer des partenariats
est de préserver la transparence dans les processus. Cel suppose
que les apprenants, ceux avec qui nous communiquons, se fient à
l'information qui leur est donnée parce qu'elle est complète
et sûre.
A partir de cette analyse, nous en percevons les conséquences
stratégiques à plusieurs niveaux :