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Le paysage médiatique africain a connu des changements spectaculaires
au cours de la dernière décennie. Le monopole d'Etat
des médias a été brisé. La radio et
la télévision s'améliorent et deviennent progressivement
des outils puissants d'éducation et d'information publique.
Malgré ces progrès, le développement des médias
en Afrique est freiné par de sérieux obstacles, notamment
un manque de ressources humaines, financières et matérielles.
A l'exception de pays qui traversent de graves crises
sociales et politiques (Sierra Leone, Libéria, Congo-Kinshasa,
Congo-Brazzaville, Somalie), le paysage médiatique africain
a connu des changements spectaculaires au cours de la dernière
décennie. Le monopole d'Etat des médias a été
brisé sous la pression des mouvements de démocratisation
du début de la décennie. Dans la quasi-totalité
des pays africains, la situation se caractérise par un foisonnement
de journaux privés. Il y a dix ans, dans la plupart des pays
francophones d'Afrique de l'Ouest, il n'y avait qu'un quotidien
national gouvernemental et quelques journaux privés, hebdomadaires,
bimensuels ou mensuels qui avaient du mal à survivre. Aujourd'hui,
une ville comme Cotonou, au Bénin, dispose de huit quotidiens
- tous privés, sauf un - et il suffit de s'absenter quelques
semaines pour constater que de nouveaux titres sont en vente dans
les rues. La situation est à peu près la même
dans l'ensemble du continent.
Toutefois, le plus puissant monopole d'Etat démantelé
au cours de cette décennie a été celui de la
radio : en effet, l'Etat a toujours considéré la radio
et la télévision comme une chasse gardée interdite
aux opérateurs privés. Aujourd'hui, la presque totalité
des pays africains possèdent des stations de radio privées
FM de faible puissance émettant sur des zones de couverture
relativement restreintes.
On note des évolutions semblables dans le domaine
de la télévision - bien qu'à une échelle
plus limitée - avec la privatisation de nombre de chaînes
et la prolifération de la télévision par câble,
par satellite ou par stations de retransmission.
Cependant, la question qui se pose est de savoir si
cette croissance quantitative s'est accompagnée d'améliorations
qualitatives, non seulement en ce qui concerne la production mais
aussi en termes de services rendus à la société
et au développement. Les réponses positives restent
des cas isolés; dans la majorité des cas, elles sont
négatives. Malgré leur développement indiscutable,
les médias en Afrique demeurent confrontés à
des problèmes anciens : inadéquation du mode de propriété
; faiblesse de la base financière ; faible niveau de qualification
du personnel, en général, et des journalistes en particulier
; difficultés d'accès à l'information ; conflits
avec les autorités.
De tous les médias, la presse écrite
reste la plus combative, la plus déterminée à
acquérir une indépendance éditoriale et à
ouvrir la société grâce à sa pertinence.
Ainsi, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, en Ouganda,
au Cameroun et au Nigéria, sous le régime du Général
Abacha, la presse a affronté les autorités afin d'élargir
le débat sur des questions d'intérêt national.
Malgré ces évolutions positives, force est de reconnaître
que trop de journaux gardent à ce jour une orientation politique,
privilégient la vie des personnalités politiques au
détriment des questions de développement. Leurs premières
pages, criantes, traitent essentiellement de questions de corruption,
ou, au plan politique, de luttes factionnelles, de scandales ou
des crises familiales des personnalités. Le traitement des
nouvelles et de l'information reste superficiel.
La radio, en passe de supplanter les médias
traditionnels
La radio est, incontestablement, l'instrument le plus
puissant de construction nationale en Afrique. Elle permet en effet,
dans un contexte marqué par une tradition orale, d'atteindre
tous les africains. La radio, de plus en plus écoutée,
est en passe de supplanter les médias traditionnels. Mais,
comme c'est souvent le cas en Afrique, tradition et modernité
continuent de coexister.
On a souvent tendance à oublier que l'Afrique
a un riche patrimoine médiatique. Les systèmes de
communication traditionnels ont toujours existé pour dialoguer,
informer, éduquer et résoudre les conflits sociaux.
Selon Emmanuel Ngwainbi, spécialiste en communication camerounais,
« les populations rurales, qui constituent la majorité
de la population du continent, utilisent des moyens traditionnels
de diffusion de l'information : un crieur marche dans le village
durant la nuit, faisant sonner son gong pour appeler les habitants
à se joindre aux activités du village ; un tambour
communique la mort, une invasion imminente, ou une épidémie
qui se répand. Et les paroles de chansons chantées
en public sont là pour apaiser et encourager les travailleurs.
Sans aucun doute, les systèmes de communication traditionnels
sont riches en idées et en compétences ». Mais
le développement de la radio, particulièrement rurale
et communautaire, réduit peu à peu l'influence des
systèmes traditionnels. Malheureusement, la radio est handicapée
par de nombreuses faiblesses structurelles. La mise en place de
radios privées a étendu la couverture et l'accès
à l'information à de nombreux segments de la population,
particulièrement les populations pauvres, urbaines et péri-urbaines.
Mais l'orientation commerciale des radios et leur domination par
les cultures étrangères (exercée notamment
à travers la musique étrangère) font partie
des effets négatifs.
Il y a cependant des exceptions et des raisons d'espérer.
Les radios rurales et communautaires se développent dans
de nombreux pays africains ; elles sont des supports suceptibles
de diffuser des informations publiques liées au développement
et à l'éducation. Leur longévité dépendra
de leur aptitude à donner aux auditeurs des informations
de fond sur les questions qui les intéressent : santé,
éducation des enfants, économie, etc.
Les chaînes de télévision privées
La télévision s'améliore et devient
progressivement un outil puissant d'éducation du public,
d'information et de divertissement. Elle illustre ce qu'avait énoncé
le sociologue canadien Marshal McLuhan : « Si vous voulez
changer le monde, allez à la télévision ».
Les gouvernements africains ont abandonné leur contrôle
monopolistique des médias. Des chaînes privées
se créent, poussant les chaînes publiques à
se réveiller, à changer d'orientation et à
proposer autre chose que des comptes rendus d'activités ou
des communiqués du président et des ministres.
Malgré ces changements, les nouvelles chaînes
privées sont confrontées à des problèmes
majeurs. La plupart sont sous-financées, sous-commercialisées
et sont devenues des canaux de retransmission de programmes de puissantes
chaînes de télévision occidentales. Cette invasion
de la télévision africaine par des programmes étrangers
est essentiellement imputable à une base financière
insuffisante et au manque de capacités locales de production.
Les stations locales produisent peu d'émissions car elles
manquent d'équipement. Souvent, il n'y a pas de caméra
pour pouvoir faire ne serait-ce qu'un reportage en ville, sans parler
de la couverture des événements en zones rurales -
sauf si, bien sûr, le ministre est en visite.
Les agences de presse
Les agences de presse sont les piliers du système
médiatique dans la plupart des pays. Elles sont, en effet,
la source des nouvelles nationales et les redistributrices des nouvelles
internationales à toutes les entreprises de presse. C'est
particulièrement vrai en Afrique où les agences de
presse nationales jouissent du quasi monopole de la collecte et
de la distribution des nouvelles nationales et internationales.
Toutefois, force est de constater, que, à de rares exceptions
près, les agences de presse ne se donnent pas les moyens
de jouer correctement leur rôle. Elles connaissent de graves
problèmes de ressources humaines, matérielles et financières.
Et elles fonctionnent généralement comme des départements
ministériels et ont les mêmes problèmes que
les autres institutions publiques en Afrique. En outre, elles doivent
faire face au nouveau défi, voire à la menace, que
constitue l'Internet.
L'Internet et les nouvelles technologies de l'information
et de la communication (NTIC)
L'Internet représente une menace pour les agences
de presse pour deux raisons majeures : la première tient
à la démocratisation de la production, de la diffusion
de l'information et de l'accès à l'information. Cette
évolution prive les agences de presse du monopole de collecte,
de traitement et de distribution de l'information dont elles jouissaient
: les individus et les organismes peuvent désormais recevoir
des informations disséminées dans le monde entier
par les autoroutes de l'information sans passer par les agences
de presse.
La deuxième menace vient des capacités
multimédias d'Internet. Il est possible aujourd'hui de traiter
les nouvelles et les informations sous forme de mots, de sons, d'images
fixes ou en mouvement. Ces possibilités sont à des
années lumière du processus unidimensionnel de circulation
de l'information offert par les agences de presse.
L'Afrique a les plus bas taux d'utilisation d'Internet
et des technologies de l'information. Pourtant, ces nouvelles technologies
offrent beaucoup d'espoir pour l'avenir. La matière la plus
importante au 21ème siècle sera l'information ; l'information
au service du savoir, de l'éducation et du savoir-faire.
Le rôle des médias dans le développement
Le journalisme a subi en Afrique un changement considérable
et, en général, très positif au cours de ces
dernières années. Coïncidant avec l'accroissement
général du niveau d'éducation de la population
dans son ensemble, et en particulier des cadres professionnels,
le niveau d'éducation de la nouvelle génération
de journalistes africains s'est amélioré. Dans de
nombreux pays aujourd'hui, les reporters de la nouvelle génération
ont au moins un diplôme universitaire ou un diplôme
professionnel.
Mais, dans la plupart des cas, l'amélioration
du niveau d'éducation formelle de base du journaliste africain
ne s'est pas traduite en compétences professionnelles.
Ce paradoxe s'explique en partie par le manque de
spécialisation parmi les journalistes africains. Contrairement
à ce qui se passe dans les autres régions du monde,
les bureaux des rédactions regorgent de généralistes.
Les reporters reçoivent l'ordre d'aller couvrir quotidiennement
des événements dans n'importe quel secteur, parfois
très complexe. Résultat : le plus souvent, les articles
sont peu recherchés, mal rédigés et superficiels.
Briser le cercle vicieux
Une des conséquences directes de cette situation
est un phénomène que je décrirai comme un cercle
vicieux liant journalistes et autorités. Le manque de connaissance
et de savoir-faire des journalistes entraîne des reportages
de qualité médiocre qui expliquent le manque de respect
des hommes politiques pour les journalistes. Ils considèrent
que les journalistes sont mal informés et qu'ils déforment
les faits. Mais, sans accès à l'information, le journaliste
est condamné à produire des articles stéréotypés
et approximatifs du type « le Ministre a dit ». Résultat
: le cercle vicieux se perpétue.
Comment briser ce cercle ? Plusieurs moyens existent
: la formation, la spécialisation et la création d'unités
d'information et de communication au sein des ministères.
Les journalistes doivent être formés.
Ils doivent lire davantage, accroître leur accès aux
sources d'information, demander à recevoir des revues, communiqués
et publications d'agences spécialisées. Ils doivent
aussi renforcer leurs compétences en informatique. La plupart
des journalistes africains écrivent leurs articles à
la main et confient la saisie aux secrétaires.
Les rédactions des médias africains doivent avoir
des spécialistes dans les différents domaines du développement
: agriculture, éducation, environnement, santé, économie
et finances.
Afin de faciliter l'accès des médias
à l'information, tous les ministères, institutions
et départements gouvernementaux doivent se doter d'unités
d'information et de communication, de la même manière
que le secteur privé. Les spécialistes de l'information
et de la communication auront pour rôle de :
o servir d'intermédiaires entre médias
et autorités, fournir l'information aux médias et
organiser des rencontres régulières entre les deux
groupes ;
o développer la confiance et les compétences,
dans les relations avec les médias et au sein des ministères
;
o intégrer la communication dans le dialogue
politique avec la société ;
o concevoir et planifier des stratégies de
communication ainsi que des campagnes de dialogue politique et de
développement de consensus.
Mais la profession de relations publiques n'est pas
suffisamment développée dans nos pays. La plupart
de nos attachés de presse voient leur rôle comme celui
de protecteur de personnages officiels et de leurs informations
plutôt que comme intermédiaires entre responsables
politiques, journalistes et le public. Mais les autorités
et les partenaires du développement doivent aider les journalistes
en leur donnant accès à l'information, de manière
à les rendre plus efficaces dans leur rôle d'éducateurs
sur les questions politiques.
Si ces mesures sont prises de manière systématique,
le cercle vicieux peut être brisé. Le programme «
Communication pour l'éducation » de l'ADEA et de la
Banque mondiale a été développé pour
relever ce défi.
Akin Fatoyinbo
Spécialiste principal en communication
Banque mondiale, Abidjan