Vingt-cinq pays d'Afrique subsaharienne partagent des expériences nationales prometteuses Rapport de deux séminaires régionaux, organisés à Gaborone (15-19 juin 1999)
L'un des objectifs du Bilan prospectif de l'éducation en Afrique est de contribuer à une culture d'échanges intra-africains d'informations, d'expériences et de leçons utiles. L'été dernier, l'ADEA a organisé deux séminaires régionaux à l'intention de tous les pays participant au bilan. Ces séminaires ont été l'occasion pour les équipes nationales de partager leurs expériences particulières, de recevoir des commentaires de leurs collègues et de recueillir des lignes directrices pour améliorer leurs rapports.
Vingt-cinq pays et six groupes de travail de l'ADEA ont participé à deux séminaires-ateliers régionaux consacrés au Bilan prospectif de l'éducation en Afrique. Le premier, pour les pays d'Afrique de l'Est, d'Afrique australe et de l'Océan indien, s'est déroulé à Gaborone, au Botswana, du 15 au 19 juin. Le second, pour les pays d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest, a eu lieu à Cotonou, au Bénin, du 28 juin au 2 juillet. Chaque réunion s'articulait autour d'un séminaire de trois jours, suivi d'un atelier de deux jours.
Les réunions avaient pour but : a) d'encourager les échanges entre les équipes nationales ; b) d'encourager le revue par les pairs et l'analyse critique entre équipes nationales ; c) de donner à l'équipe technique l'occasion de faire des commentaires, et de demander aux équipes des informations ou un travail d'analyse supplémentaires. Le séminaire a également été l'occasion pour les participants de chaque pays de revoir et d'apporter des changements à leurs études de cas. Les présentations des études faites pendant le séminaire étaient regroupées par thème. Chaque exposé a été suivi de commentaires qui ont permis aux équipes d'améliorer leurs rapports.
Participation des pays et des groupes de travail
Le premier séminaire-atelier, à Gaborone, a réuni dix pays des régions de l'Afrique de l'Est, de l'Afrique australe et de l'Océan indien(1), ainsi que des représentants de trois groupes de travail de l'ADEA (Participation féminine, Enseignement supérieur et Profession enseignante, section anglophone). Le séminaire-atelier de Cotonou a réuni 17 pays(2) des régions de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale, ainsi que des représentants de cinq groupes de travail de l'ADEA (Participation féminine, Analyse sectorielle, Statistiques de l'éducation et Profession enseignante, sections anglophone et francophone). Des décideurs politiques de haut niveau (dont quatre secrétaires permanents et trois ministres ou ministres adjoints) ont participé à ces deux rencontres. En outre, trois membres du sous-comité mandaté par le Comité directeur de l'ADEA pour superviser le Bilan ont pris part à la réunion de Cotonou.
Inauguration des séminaires par les ministres des pays hôtes
Les ministres de l'éducation des pays hôtes ont officiellement inauguré les deux séminaires-ateliers. Dans leurs allocutions d'ouverture (Voir l'encadré en page 7, Discours de S.E.M. G.K.T. Chiepe), ils ont souligné l'importance psychologique qu'il y a à attirer l'attention sur les cas de réussite plutôt que sur les échecs. Ils ont aussi indiqué que l'un des résultats les plus importants de cet exercice était l'occasion offerte aux responsables des ministères de prendre de la distance et de réfléchir sur leurs actions.
Collaboration entre pays et confrontation d'expériences
Afin de supprimer toute barrière linguistique entre pays anglophones et francophones, un service d'interprétation était prévu. Cela a été vivement apprécié des participants, qui ont pu se rendre compte qu'au-delà des différences historiques, les défis qui se posent dans le monde de l'éducation sont à peu près les mêmes partout à travers le continent. Les rencontres ont été l'occasion pour les pays de confronter leurs expériences ; dans certains cas, des projets d'échanges entre pays après les séminaires ont été faits.
Chaque séminaire/atelier prévoyait une séance consacrée à la perception des participants du processus engagé par le Bilan et son influence sur leur travail professionnel au quotidien. Il est vite apparu que le mandat du Bilan avait tout d'abord intimidé certains, et que plusieurs intervenants n'avaient pas saisi clairement ce que l'on attendait d'eux. Mais les communications qui ont suivi, et l'interaction directe avec les membres de l'équipe technique et du Secrétariat de l'ADEA ont permis de dissiper une bonne partie des malentendus. Ces échanges ont permis d'expliquer pourquoi, dans certains pays, le processus avait démarré si lentement, pour ensuite atteindre son rythme de croisière.
Un autre problème s'est posé dans quelques pays : certains ont constaté que le ministère de l'éducation n'avait pas les moyens de réaliser les études de cas. Il a donc fallu faire appel à des chercheurs universitaires pour compléter les équipes nationales, une solution à laquelle on a rarement recours dans des circonstances normales. Dans d'autres pays, le Bilan coïncidait avec d'autres projets déjà en cours, et le recours excessif aux ressources existantes est devenu source de problèmes. Ceux-ci ont été réglés en désignant des instituts nationaux affiliés ou, dans un cas (Afrique du Sud), en confiant la réalisation de l'étude à une institution d'enseignement privée, en sous-traitance.
Les leçons
Interrogés sur ce qu'ils avaient appris, les participants ont remarqué avoir : a) acquis une meilleure compréhension des questions éducatives qui se posent dans leur pays ; b) appris à analyser en profondeur ce que représente une opération réussie ; c) apprécié l'occasion qui leur a été donnée de se livrer à une auto-évaluation des politiques et résultats considérés comme étant positifs ; d) pris conscience de la nécessité d'assurer la durabilité des programmes d'éducation ; e) pris conscience de l'importance de documenter les expériences/l'information de façon systématique.
Quant à la manière de rendre ce processus durable, la plupart des participants ont préconisé l'institutionnalisation des stratégies et des politiques suivantes : a) l'adoption d'une méthode d'auto-évaluation pour les cadres supérieurs des ministères ; b) l'identification des principaux acteurs qui, au sein du ministère, assureront la continuité du processus ; c) la diffusion des rapports nés de ce processus dans tout le pays et, plus spécialement, auprès des principaux intéressés (grand public, organismes de financement partenaires, etc.) ; et d) une collaboration systématique avec d'autres pays grâce à une comparaison des réalisations et des réactions aux défis qui se sont posés.
NOTES
1. Pays représentés à Gaborone : Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Madagascar, Namibie, Ouganda, Seychelles, Tanzanie, Zanzibar et Zimbabwe. Groupes de travail présents : Participation féminine, Enseignement supérieur, section anglophone de la Profession enseignante.
2. Pays représentés à Cotonou : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte d'Ivoire, Guinée équatoriale, Gambie, Guinée, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Tchad et Togo. Le Ghana et Sao Tomé et Principe étaient présents bien qu'ils n'aient pas présenté d'étude de cas pour le Bilan. Groupes de travail présents : Participation féminine, Analyse sectorielle, Statistiques, et les sections francophone et anglophone de la Profession enseignante.
Extraits de l'allocution d'ouverture prononcée par S.E.M. G.K.T. Chiepe, ministre de l'Education du Botswana
Séminaire-atelier régional pour le Bilan prospectif de l'éducation en Afrique
(Gaborone, Botswana, 14 juin 1999)
... Je voudrais saisir cette occasion pour remercier l'ADEA d'avoir pris l'initiative de ce Bilan prospectif de l'éducation en Afrique, un projet qui nous a permis de réfléchir à nos activités, à nos processus et à nos pratiques, au sein des ministères de l'éducation en Afrique. Cela nous a aussi permis de jeter un regard critique sur les défis auxquels nous devons faire face en tant que ministres de l'éducation...
Le moment est venu pour nous, Africains, d'assumer le leadership de la gestion de nos affaires dans le secteur de l'éducation. Il y a un dicton dans ma langue, Mesdames et Messieurs - semonate se ingwaelwa -, qui veut dire qu'il est très stimulant de faire quelque chose pour soi-même. Relevons donc le défi et efforçons-nous de faire les choses pour nous-mêmes, d'entreprendre nos propres projets et ne sollicitons de l'aide qu'en vue de l'exécution de nos programmes.
Je suis heureuse de souligner que l'exercice que nous avons entrepris vise à révéler et à promouvoir le développement de stratégies et de solutions venant de l'Afrique - des stratégies et des solutions nées de l'expérimentation, de la recherche, des expériences, de nos contextes et de nos besoins particuliers et, avant tout, de notre travail assidu.
Alors que nous recherchons des stratégies et des solutions aux problèmes qui se posent dans nos systèmes d'éducation, prenons garde de ne pas réinventer la roue. Puisons dans nos propres ressources, partageons entre pays ce que nous avons accompli, et évitons de répéter les erreurs du passé, pour que les solutions que nous retiendrons et adapterons soient efficaces et pertinentes, et qu'elles soient adaptées à nos environnements respectifs. Rappelez-vous, nos ressources comprennent aussi les actions que les pays développés nous ont aidés à mettre en oeuvre.
Faisons en sorte que cet événement soit mémorable,
qu'il devienne un point de repère dans le processus qui amènera
l'Afrique à prendre en main et à résoudre elle-même
ses problèmes. Faisons de cette rencontre un forum qui permettra
à toutes celles et tous ceux qui sont réunis aujourd'hui
d'échanger des idées, de comparer leurs notes, de partager
leurs expériences et, si possible, d'en faire un exercice de
création. Ensemble, formulons des solutions à nos problèmes...
S.E.M. G.K.T. CHIEPE,
Ministre de l'Education, Botswana
Gaborone, 14 juin 1999.