Partenariat avec l'Afrique - Nouvelle approche de la Suède(1)
Les organismes de développement continuent à jouer un rÙle dans la définition des politiques en Afrique. En revanche, il est rare que les pays africains soient impliqués dans la démarche inverse. "Partenariat avec l'Afrique", est une exception. Produit par le ministère des Affaires étrangères de la Suède, le document dresse une liste de propositions pour une nouvelle politique suédoise envers l'Afrique. Il est le résultat de consultations extensives avec des professionnels africains issus du monde universitaire, d'ONG, de gouvernements et du secteur privé. Dans cette démarche, la question suivante a été posée aux africians : quelles relations est-il souhaitable qu'un petit pays européen ait avec l'Afrique au cours du siècle prochain ?
De nombreux pays ont entrepris de revoir leur politique avec les pays du Sud, avec l'Afrique en particulier. L'époque des conditionnalités et de la politique d'intervention des donateurs, si elle n'est pas révolue, suscite de plus en plus de critiques. La notion d'appropriation, qui ne dâte pas d'hier, est à l'ordre du jour. La nouvelle politique suédoise envers l'Afrique reflète cette évolution.
Le gouvernement suédois a clairement indiqué qu'il était nécessaire de repenser les rapports entre l'Afrique et la Suède, pour deux raisons principalement. Le soutien aux mouvements de libération et contre l'apartheid, qui a dominé la politique étrangère et la politique de développement de la Suède pendant les trente dernières années, est arrivé à terme. En outre, comme le montrent toutes les études, évaluation et recherches dans ce domaine, un changement dans les relations entre bailleurs de fonds et pays receveurs d'aide est nécessaire pour que l'aide soit efficace.
Pour guider la politique du pays envers l'Afrique, le gouvernement suédois a commandité une étude intitulée "Partenariat avec l'Afrique". Une étude de pointe, réalisée par le Nordic African Institute, a examiné différents domaines : aide, commerce, flux de capitaux, renforcement des capacités, politiques de l'Union europééenne envers l'Afrique. De nombreuses études furent conduites, principalement auprès de professionnels africains : universitaires, représentants d'ONG, de gouvernements et du secteur privé. Deux conférences importantes furent organisées : l'une à Abidjan, en collaboration avec la Banque africaine de développement, où furent présents 30 Africains, pour la plupart des chercheurs ; l'autre à Stockholm, à un niveau plus politique. Les résultats de ces activités, publiés dans deux anthologies et un rapport, aboutira un livre blanc par le gouvernement suédois.
"L'appropriation", exprimée différemment
La question présentée aux participants africains était la suivanteÝ: Quelles relations un petit pays européen peut-il avoir avec l'Afrique au cours du siècle prochain ? La réponse fut aussi révélatrice que rafraÓchissante. Il est clair que les africains souhaitent un changement "fondamental" dans les rapports entre les pays du Nord et l'Afrique. Les réformes proposées touchent à la fois aux questions géopolitiques et aux comportements qui marquent les échanges bilatéraux quotidiens. La discussion a porté principalement sur ce dernier point ; des propositions concrètes ont été mises de l'avant. Le message principal qui est ressorti est qu'il est essentiel que les ententes soient précédées d'une véritable négociation "donnant donnant" où chacun fait des concessions et ne dicte pas à l'autre ses conditions. Une nouvelle manière, en quelque sorte, d'exprimer "l'appropriation".
J'ai la conviction profonde que les Africains n'accepteront plus, dans leurs rapports bilatéraux, d'être traités comme ils l'ont été. Dans sa synthèse des exposés sur le partenariat faits à la conférence d'Abidjan, Adebayo Olukoshi, chercheur principal au Nordic African Institute, s'est exprimé dans ces termesÝ:
"ÝAlors que s'achève le 20e siècle, une nouvelle génération émerge des cendres de la crise et du déclin vécus par l'Afrique. Cette génération a pris confiance en elle ; elle est prête à affronter le monde sur un pied d'égalité. Sa foi en l'avenir du continent est profondément enracinée ; elle est déterminée à faire de l'Afrique un foyer dont les Africains pourront être fiers. Cette génération est faite de personnes confiantes, poussées par leur zèle de transformer l'Afrique ñ sur le plan interne et dans ses rapports avec le reste du monde. Elle a une perception aig¸e du potentiel que recèle l'Afrique et des obstacles qui l'attendent - à l'intérieur comme à l'extérieur du continent - et qui devront être surmontés pour que les possibilités de l'Afrique se réalisent pleinement. Sous le leadership de cette nouvelle génération... le soutien de la communauté internationale sera bien accueilli pour mener la tche de reconstruire l'Afrique. Mais pas à n'importe quelle condition ni à n'importe quel prix. Et certainement pas à des conditions établies unilatéralement imposées de l'extérieur. Au besoin, cette génération est prête à aller de l'avant sans aucun concours de l'extérieur et, s'il en était ainsi, il serait préférable que le monde la laisse agir seule. Si la communauté internationale n'est pas disposée à écouter et à respecter les aspirations des Africains, elle se doit de ne pas leur faire obstructionÝ".
Tel est le message principal qui ressort des échanges formels et informels qui ont eu lieu à Abidjan ; les bailleurs de fond seraient bien avisés d'être attentifs à ces propos.
Sept caractéristiques pour le partenariat
La Suède ñ et les autres pays du Nord ñ prêtera-t-elle attention à ce message important ? Je l'espère vivement ! Ceux qui, en Suède, étaient à l'origine de l'étude Partenariat avec l'Afrique sont sincères dans leur quête de changement. A la conférence d'Abidjan, Mats Karlsson, ministre à la coopération au développement de la Suède, a décrit le partenariat tel qu'il souhaitait que le gouvernement suédois el'applique dans les termes suivantsÝ:
1. Une attitude d'égal à égal. Un changement réel de comportement s'impose.
2. Exposer clairement ses propres valeurs. Les partenaires ne peuvent s'engager dans un partenariat sans partager leurs valeurs.
3. La transparence dans les intérêts. On peut trouver un terrain d'entente, même s'il y a divergence d'intérêts. Dans la relation de partenariat, des intérêts clairement exprimés facilitent les négociations.
4. Des normes claires. Les rapports contractuels devraient être centrés sur les facteurs critiques de réussite et éviter la pléthore de conditionnalités qui empoisonne la politique de coopération.
5. S'en tenir aux ententes. Normes et principes convenus doivent être respectés par les deux parties.
6. égalité des capacités. Les deux parties doivent êavoir une connaissance égale de tous les aspects du contrat. L'égalité dans l'analyse et le jugement des conditions du contrat est capitale.
7. Un code de conduite. Un code de conduite est utile pour établir clairement les modalités des partenariats.
Si ces recommandations sont prises au sérieux, on peut espérer un véritable transformation des relations entre les pays du Nord et l'Afrique.
Lennart Wohlgemuth
Directeur
Nordic African Institute
(1) Cet article reprend un texte intitulé Partnership Africa - A New Swedish Approach publié dans NORRAG NEWS, Numéro 22, Janvier 1998. Thème du numéro : La coopération internationale au développement.