Les parents d'élèves : Un nouveau partenaire de la scolarisation pour tous
Séminaire sous-régional sur le soutien des parents à la scolarisation pour tous
et en particulier à la scolarisation des filles
Paris, 15-17 septembre 1998
En Afrique francophone, les associations de parents d'élèves (APE) constituent de nouvelles structures de la société civile. Encore fragiles, elles se présentent comme garantes de la démocratie par leur souci d'entretenir un dialogue approfondi et une concertation permanente avec l'ensemble des interlocuteurs et partenaires concernés par l'éducation : autorités nationales, enseignants, organismes d'aide, mouvements associatifs et opérateurs économiques.
A Paris, le « séminaire sous-régional sur le soutien des parents à la scolarisation pour tous et en particulier à la scolarisation des filles » organisé par la Fédération africaine des associations de parents d'élèves (FAPE) et la Banque mondiale, a confirmé l'émergence des parents comme partenaires incontournables du développement de l'éducation. Le séminaire a permis de mieux connaître les actions menées par la FAPE et les APE africaines, et de proposer des actions concrètes pour renforcer et mettre en oeuvre leur engagement au niveau de chaque pays.
Naissance et engagement de la FAPE
Face aux difficultés financières rencontrées dans la plupart des pays, les Associations de parents d'élèves (APE), composées de parents ayant au moins un enfant scolarisé, ont été amenées à contribuer de manière croissante au fonctionnement de l'école (entretien des locaux, fournitures et matériels didactiques, frais de gardiennage, prise en charge de certains personnels, etc.), voire à la construction de nouvelles classes.
Réunies à Brazzaville lors d'Assises tenues en 1995, les APE de quatorze pays (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée, Mali, Niger, République Démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo) se sont regroupées en une Fédération africaine des associations nationales de parents d'élèves et étudiants (FAPE). La Fédération, qui a son siège à Brazzaville, est devenue, depuis son premier Congrès tenu à Ouagadougou en janvier 1998, un interlocuteur reconnu par les organismes d'aide impliqués dans le développement de l'éducation.
Soucieuse d'engager et d'impliquer effectivement les associations nationales, provinciales et locales de parents d'élèves d'Afrique francophone au sud du Sahara dans le grand mouvement initié par la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous de Jomtien, la FAPE vient d'adopter une déclaration solennelle sur « Le soutien des parents à l'éducation pour tous ». Cette déclaration officialise l'engagement des parents à venir en appui aux écoles, à l'éducation « qui doit devenir le moteur de la Renaissance africaine », à la scolarisation des filles et aux initiatives menées au niveau du continent pour la création d'une nouvelle école africaine.
Les parents, force nouvelle et partenaires incontournables du développement de l'éducation
L'organisation par la FAPE, avec le concours de la Banque Mondiale, d'un séminaire sur le soutien des parents à la scolarisation pour tous (Paris, 15-17 septembre 1998), a confirmé l'émergence des parents comme force nouvelle et comme partenaires incontournables du développement de l'éducation. Le séminaire a eu lieu dans les locaux de l'Institut international de planification de l'éducation (IIPE), organisme hôte de l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA).
Ce séminaire a réuni quelque soixante participants, membres des APE et de la FAPE, représentants d'organismes d'aide et d'ONG. Il a permis d'engager un dialogue fructueux sur le rôle et l'action des parents en faveur de l'extension et de l'amélioration de la scolarisation. Si ce rôle a été reconnu, les participants ont aussi convenu qu'avec l'aide des organismes de développement, l'action des parents pourrait être mieux ciblée et renforcée.
Actions privilégiées des APE
L'accent a été mis sur certaines actions spécifiques menées par les APE qui semblent ne pouvoir être abordées avec la même efficacité par aucune autre institution. Figurent parmi ces actions :
- lever les obstacles de tous ordres qui empêchent les familles de scolariser les filles autant que les garçons : trois projets émanant du Burkina Faso, de la Guinée et du Sénégal visent à accroître la scolarisation des filles ;
- améliorer l'environnement de l'apprentissage des élèves : les APE souhaitent organiser des activités périscolaires (soutien aux leçons et aux devoirs, facilités d'études dans des salles surveillées, accès à la lecture, distribution de manuels scolaires, etc.). La FAPE propose de mener une action pilote sur un nombre limité de sites de façon à pouvoir expérimenter et évaluer avant toute généralisation ;
- informer et former les familles à travers une « école des parents » : Cette école serait relayée par les médias, notamment par les radios locales. A travers cette école, les parents s'adresseraient à d'autres parents pour les amener à scolariser leurs enfants et à se mobiliser en faveur de l'éducation pour tous. Les enjeux de l'éducation seraient expliqués en accompagnement des réformes. La FAPE souhaite là aussi initier une expérience pilote limitée à quelques pays.
Renforcer les capacités de la FAPE et développer le dialogue entre organismes d'aide, FAPE et APE
Deux préalables ont été jugés nécessaires pour mettre en oeuvre ces actions dans de bonnes conditions : le premier concerne le renforcement institutionnel et le développement des capacités humaines et de gestion de la FAPE : le second vise au renforcement du dialogue et de la coopération entre organismes d'aide, FAPE et APE.
A l'évidence, les actions seront d'autant plus efficaces que les APE et la FAPE seront plus représentatives, plus fortes et plus performantes. A cet effet, la FAPE a initié dans les pays membres, l'élaboration d'une « Charte des parents » qui vise à fournir un cadre institutionnel destiné à venir en appui au partenariat entre APE et autorités éducatives et à la présence des APE dans toutes les instances où se discutent les finalités de l'éducation.
Le séminaire a également souligné l'importance d'un renforcement des APE par la formation de cadres locaux et provinciaux, la constitution de réseaux et une meilleure circulation de l'information tant à l'intérieur des APE qu'en direction du grand public.
Un projet, d'un grand intérêt pour les planificateurs dans le cadre des politiques de décentralisation, vise à explorer les possibilités d'une appropriation de l'école par les communautés et les APE. A cet effet, serait conduite une étude préalable ayant pour objet les modalités de la dévolution du patrimoine immobilier des écoles aux APE, dans le cadre d'un partenariat avec la communauté (et/ou les collectivités territoriales) et avec les autorités éducatives.
Pour renforcer le dialogue et la coopération, les organismes présents ont expliqué chacun les modalités de leur intervention. Au-delà de la prise en compte de critères particuliers à chaque organisme, un accord général existe sur l'éligibilité des projets. Les projets présentés doivent être coût-efficaces, mettre en évidence l'avantage de l'exécution par les APE et démontrer la viabilité des actions à l'expiration de l'aide initiale.
Le séminaire a permis aux parties présentes de mieux se connaître et de définir des axes prioritaires pour la mise en oeuvre du soutien des parents à l'éducation pour tous. Le potentiel que représentent les APE en Afrique francophone, dans le domaine de la démocratisation et de l'amélioration de la scolarisation, ne demande qu'à être organisé pour être mieux exploité.
Etienne Brunswic et Jean Valérien
Conseillers à la FAPE
La FAPE - Fédération africaine des associations nationales de parents d'élèves et d'étudiants
Elle a été créée en janvier 1995 à Brazzaville, lors d'Assises réunissant les associations représentatives de parents d'élèves de 14 pays francophones d'Afrique subsaharienne (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, République Centrafricaine, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée, Mali, Niger, République Démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo).
Elle a pour objet de promouvoir la reconnaissance du rôle essentiel des parents, premiers éducateurs de leurs enfants, et d'impliquer leurs représentants comme partenaires de l'école et des institutions oeuvrant pour l'éducation.
Elle publie un bulletin d'information et de liaison, Nous les parents, qui paraît deux fois par an.
Les initiatives suivantes ont été menées avec l'aide de la Coopération française et de l'UNESCO :
- un programme de formation des cadres des APE, qui s'est déroulé sur deux sessions (Paris 1996 ; Bamako 1997) et qui a généré un Guide du responsable APE.
- l'implication des APE locales dans des actions novatrices, telles que la tenue de bibliothèques scolaires et l'organisation d'activités éducatives périscolaires.
- un projet d'Ecole des parents.
Siège social :
avenue Paul Doumer
BP 1113,
Brazzaville, Congo
Tel/Fax : (242) 81 49 96
Président : M. Martin Itoua