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Communication, développement et éducation : corrélations

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La notion de communication en appui aux objectifs de développement a évoluée. Au début des années 60, le modèle classique « communication et développement » soutenait qu'il y avait un lien étroit entre le degré d'engagement d'une société dans les médias et son degré de développement. Aujourd'hui, la communication est considérée comme un système liant différents acteurs oeuvrant ensemble vers des objectifs de développement. Elle vient en appui à un modèle de développement alternatif renforçant l'estime de soi et le respect des valeurs culturelles indigènes. Cette perception participative de la communication est le résultat de stratégies habilitatrices orientées vers le public.

Le livre de Wilbur Schramm Mass Media and Development, paru en 1964, est considéré comme le manifeste de référence du paradigme « communication et développement » classique. Motivé par le concept d'« intégration nationale » et par la création d'identités nationales, W. Schramm considère les grands médias (TV, Satellites) ou les petits (radio), comme des instruments du partage des informations au sein de la nation : que ce soit pour ramener les communautés éloignées dans le giron national, informer les paysans des décisions gouvernementales, faire connaître l'existence de nouvelles technologies ou informer sur la disponibilité de marchandises et de matières premières. Dans cette perspective, les médias sont vus comme un vecteur d'éducation au sens large, destiné à combler le fossé séparant, sur le plan de l'expérience et des compétences, le monde rural des communautés urbaines.

Communication et modèle de modernisation

Le paradigme de la modernisation, qui sous-tend le travail de W. Schramm, considère le développement comme un processus de progrès social qui implique, pour une société, le passage graduel du stade traditionnel à un stade transitoire puis moderne. Chacun de ces stades se voit attribuer un type de structure communicationnelle : la typologie va d'une tradition locale, orale et interpersonnelle, à des structures plus nationales, moins personnalisées et axées sur les médias de masse modernes. Des études ultérieures, s'inspirant des postulats de W. Schramm, ont fondé cette progression linéaire sur une analyse corrélationnelle, qui fait ressortir des liens de réciprocité entre variables communicationnelles et variables sociales telles que taux d'alphabétisation, embauche d'enseignants, urbanisation et niveau de revenus. Cette analyse a justifié le bien fondé des investissements en matière de communication : plus une société communique par les médias de masse, mieux elle se développe ou pourra se développer.

Dans les années 1970, le modèle de darwinisme social tel qu'exprimé par les tenants de la modernisation se voit
contesté, principalement dans l'esprit d'experts latino-américains, et un nouveau paradigme apparaît. Il lie le sousdéveloppement (nouveau pôle d'intérêt) aux inégalités contextuelles et structurelles et aux facteurs de contrôle et de perte de ressources, plutôt qu'à une incapacité ou à une négligence propre aux peuples « traditionnels ». En conséquence, il ne faut pas s'attendre à ce que des investissements en équipements médias, ni même en messages dans les médias de masse suffisent, en tant que tels, à réduire la pauvreté et la dépendance des défavorisés. Surtout compte tenu de la tendance qu'ont les médias à véhiculer un contenu de divertissement, consumériste, axé sur les préoccupations urbaines, souvent importé des pays industrialisés et en décalage avec les préoccupations du monde rural.

Communication, participation et habilitation

Un modèle alternatif a donc été proposé qui met l'accent sur l'estime de soi, l'autonomie et l'appui aux valeurs culturelles indigènes. Ce type de projet doit être soutenu par une stratégie de communication basée sur des approches participatives qui permettent aux populations rurales et défavorisées de créer leurs propres messages et de parler en leur nom. Et, de s'adresser à eux pour ce qu'ils sont dans leur cadre.

L'analyse des pratiques communicationnelles employées pour induire un changement technique au niveau local, dans l'agriculture rurale ou dans les domaines de la santé et du planning familial a montré, en Asie, en Amérique latine et dans certaines régions d'Afrique, que la communication et les contacts personnalisés étaient plus efficaces que les médias de masse pour créer un changement durable. Par contre, les médias se sont révélés plus influents dans l'instauration d'une prise de conscience des idées nouvelles et du besoin de changement. Ce point de vue a toutefois été nuancé par de nouvelles études, qui indiquent que les programmes des médias de masse, codifiés en « formats » scénarisés et divertissants, peuvent amener certaines personnes à adopter de nouvelles idées et à modifier leur comportement.

C'est ainsi que la combinaison d'une communication de proximité et des médias de masse dans des campagnes à objectif social, (y compris l'éducation politique, l'alphabétisation et l'information publique au sens large) est devenue un point d'ancrage stratégique dans les projets de développement. De plus en plus, on intègre à ce type d'actions une formation spécifique à la communication destinée aux journalistes, aux agents d'extension agricole, actifs sur le front du développement, afin de maximiser les chances de générer l'information adéquate, ou de développer une bonne sensibilité culturelle et adaptée à son public. Ceci, avec la participation des communautés cibles concernées. Dans les projets de ce type, la communication est considérée comme un lien entre les différentes parties prenantes dans la conquête des objectifs de développement.
Cette approche de la communication, qui se veut moins manipulatrice, plus participative et plus incitative, est le produit de stratégies de dynamisation orientées vers le public, favorisées par des experts en communication et des gens d'action plus radicaux. Mais si - l'expérience en témoigne - cette méthode se montre efficace pour encourager compréhension et soutien aux politiques éducationnelles, elle exige aussi plus de temps que ce soit pour négocier, ou simplement jeter les bases d'une compréhension mutuelle de questions fondamentales. Mais, cette approche plus humaine peut également conduire à des situations conflictuelles. Certains partenaires d'un projet en viennent parfois à accuser le pouvoir de chercher à manipuler l'information ; d'autres peuvent donner l'impression d'exercer une contrainte sur les journalistes ou paraître réticents à livrer une information complète. C'est pourquoi, créer les conditions d'une bonne collaboration exige qu'à tous niveaux, les acteurs de la coopération au développement reçoivent une formation à la communication. C'est peut-être la leçon la plus marquante, la plus sensée que donne la pratique du développement par la communication.

Alfred E. Opubor
New Africa International Network,
Harare, Zimbabwe




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modifiée : le 29 décembre 1999