Des données aux décisions : les pays d'Afrique de l'Est montrent comment mieux exploiter les données pour améliorer les systèmes éducatifs

Publié le

Nairobi, Kenya | 25 août 2026

Que se passe-t-il lorsque les données sur l’éducation dépassent le cadre des rapports pour s’intégrer dans la prise de décision au quotidien ?

Cette question était au cœur d’un événement parallèle pré-conférence organisé par l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) et l’initiative « Défi des données sur l'éducation et les compétences en Afrique » (ESDC), qui s’est tenu le 25 août dans le cadre de la 2e Conférence de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) sur l’éducation, sous le thème « Des données aux décisions – Transformer le paysage de la gouvernance de l’éducation en Afrique de l’Est ».

Cette session a réuni des responsables de l’éducation et des experts techniques de toute la région afin de partager les bonnes pratiques, les difficultés persistantes et les moyens permettant aux pays de mieux exploiter les données pour améliorer la planification et la gestion de l’éducation. Pour bon nombre des pays représentés, la discussion a montré que le défi ne réside plus simplement dans la collecte de données. Il s’agit désormais de s’assurer que les données parviennent aux décideurs et que ces décisions débouchent sur de réels changements dans les écoles et les salles de classe.

Des chiffres aux décisions concrètes

Zanzibar a fourni un exemple clair de ce à quoi cela peut ressembler dans la pratique. Masoud Omar Masoud, directeur des politiques, de la planification et de la recherche au ministère de l’Éducation et de la Formation professionnelle, a présenté l’expérience de son pays concernant trois protocoles conçus pour améliorer l’affectation des ressources éducatives, notamment les salles de classe et les enseignants. Les résultats sont saisissants. En trois ans, le taux de mise en œuvre est passé de 40 % à 99 %. Cette expérience montre comment les données peuvent aider les gouvernements à passer de l’identification des besoins à la prise de décisions plus ciblées quant aux endroits où les enseignants, les salles de classe et les autres ressources sont le plus nécessaires.

Le Kenya adopte une approche similaire en regroupant les informations provenant de différents systèmes gouvernementaux via son système d’information sur la gestion de l’éducation. Fredrick Mujumba, directeur du KEMIS au ministère de l’Éducation du Kenya, a expliqué comment les données intégrées sont utilisées pour étayer les décisions relatives à l’allocation des ressources et aux passages des élèves entre le premier et le deuxième cycle du secondaire. Le Kenya explore également de nouvelles approches numériques, notamment l’identification unique des élèves et un chatbot alimenté par l’IA pour accompagner les élèves dans leur orientation professionnelle.

Le Rwanda intègre les données dans la planification et la prise de décision en matière d’éducation. L’expérience du Rwanda a apporté un autre éclairage important au débat : comment rendre l’utilisation des données durable. Adia Umulisa, responsable de la planification, du suivi et de l’évaluation du secteur de l’éducation au ministère de l’Éducation, a expliqué que les progrès du Rwanda ont été portés par trois facteurs : lier les données à la responsabilisation, développer des capacités d’analyse au plus près des décideurs et veiller à ce que les dirigeants agissent sur la base de données factuelles.

On peut citer, à titre d’exemple, un programme de formation soutenu par l’ADEA qui a touché plus de 8 000 chefs d’établissement, les aidant à développer leurs compétences en saisie et en analyse de données. L’objectif n’était pas simplement d’améliorer la qualité des informations collectées, mais d’encourager les chefs d’établissement à s’approprier les données et à les utiliser dans la gestion de leurs établissements. Le Rwanda a également établi des liens entre les données sur l’éducation et d’autres systèmes gouvernementaux, notamment dans les domaines des finances, des statistiques, des collectivités locales, de la santé et des examens. Cela permet d’utiliser les informations dans différents secteurs de l’administration plutôt que de les confiner à des systèmes isolés. Pour le Rwanda, la leçon générale à en tirer est claire : les systèmes de données ont davantage de chances d’avoir un impact durable lorsque leur utilisation s’inscrit dans le fonctionnement même des institutions — et non pas comme un élément qui n’existe que pendant la durée d’un projet.

D’autres pays participants ont fait part de leurs défis ainsi que de leurs progrès

La discussion a également mis en évidence que le parcours n’est pas le même pour tous les pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). Des représentants de la Somalie, de l’Ouganda et du Soudan du Sud ont partagé leurs expériences en matière de renforcement de la collecte et de la gestion des données, tout en faisant face à des défis tels que la qualité des données, les contraintes de sécurité, le manque de retours d’expérience et les difficultés à recueillir des informations qualitatives.

La Somalie, par exemple, a fait part de son expérience en matière d’auto-évaluation des établissements scolaires, une approche conçue pour donner aux chefs d’établissement un rôle plus important dans l’utilisation des données afin de comprendre et d’améliorer leurs établissements. Le pays envisage d’étendre cette initiative à 1 200 établissements scolaires et met également en place un système public de suivi de l’assiduité des enseignants. Ces expériences ont renforcé un point important soulevé tout au long de la session : une meilleure technologie ne suffira pas à elle seule à résoudre le défi lié aux données. Les pays ont également besoin d’institutions solides, de personnel compétent, d’un engagement de la direction et de mécanismes encourageant l’utilisation des données.

Construire une culture régionale de l’utilisation des données

Bien que les pays en soient à des stades différents, les expériences partagées au cours de la session ont mis en évidence une ambition commune : faire en sorte que les données factuelles fassent partie intégrante du processus décisionnel en matière d’éducation. Les participants ont discuté de la nécessité de mieux suivre les décisions qui découlent des données, de relier les informations entre les différents systèmes gouvernementaux, de recueillir les retours d’expérience des établissements scolaires et des communautés, et de veiller à ce que les données conduisent en fin de compte à des changements dans les pratiques éducatives. La discussion a également permis aux pays d’apprendre les uns des autres et a mis en lumière des opportunités de collaboration régionale renforcée en matière de gouvernance des données, d’interopérabilité et d’analyse.

Pour l’ADEA et l’initiative ESDC, cet échange s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large visant à renforcer l’apprentissage entre pairs à travers l’Afrique de l’Est et à soutenir le développement d’une communauté de pratique ESDC au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). Le message qui s’est dégagé de la session était simple mais important : la collecte de données n’est qu’un début. Sa véritable valeur réside dans le fait que les gens lui fassent confiance, la comprennent et l’utilisent pour prendre de meilleures décisions.