Les experts africains en éducation appellent à passer d'une dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds à des solutions locales pour des systèmes d'apprentissage durables
22 Août 2025 – Les experts en éducation issus de l’ensemble du continent ont réitéré leur appel aux pays africains afin qu'ils réduisent leur dépendance aux bailleurs de fonds et mettent en place des systèmes éducatifs locaux durables, comme voie vers le développement et la croissance à long terme. Lors d'un webinaire intitulé « Leçons tirées des projets éducatifs financés par des bailleurs de fonds qui ont pris fin et voie vers des solutions locales en Afrique », organisé par le Réseau inter-pays pour la qualité de l'enseignement et de l'apprentissage (ICQN-TL) de l'ADEA, des chercheurs, des dirigeants de la société civile et des décideurs politiques ont convenu que, bien que le soutien des donateurs a catalysé les progrès en matière d'alphabétisation, de formation des enseignants et de renforcement des systèmes, son retrait brutal a mis en évidence la fragilité des systèmes éducatifs reposant sur des financements externes.
Entre 2020 et 2024, la fermeture de plusieurs projets financés par des bailleurs de fonds a fait craindre un recul des progrès réalisés en matière d'alphabétisation et d'apprentissage. Des études avertissent que sans un soutien accru aux enseignants, sans renforcement des capacités institutionnelles et sans ressources supplémentaires, les niveaux d'alphabétisation pourraient chuter de près de 40 %. Ces lacunes soulignent les dangers d'une forte dépendance à l'égard de l'aide extérieure, mais offrent également l'occasion de repenser le financement de l'éducation grâce à des solutions locales menées par l'Afrique. Les études ont également souligné qu'il était essentiel d'aligner l'aide des bailleurs de fonds sur les priorités nationales, tout en stimulant les investissements nationaux, afin de mettre en place des systèmes éducatifs résilients et durables.
En ouvrant la session, Shem Bodo, Chargé supérieur des programmes de l’ADEA, a cadré la discussion autour de la résilience et de l’autonomie. En citant les revers observés au Malawi, au Kenya et au Rwanda à la suite de la clôture des programmes financés par l’USAID — EGRA/EGMA, Tunoze Gusoma/Schools and Systems, Uburezi Iwacu – Homes and Communities Activity — ainsi que le programme PRIEDE du FCDO, il a souligné que les avancées en matière de lecture, de formation des enseignants et d’éducation inclusive avaient été perturbées, avec des interventions clés interrompues en cours de mise en œuvre. Shem a plaidé pour des partenariats et une collaboration renforcée afin de permettre à l’Afrique de passer de la dépendance à l’autonomie.
« Si vous voulez aller vite, allez-y seul. Mais si vous voulez aller loin, allez-y ensemble. Alors que les initiatives financées par des donateurs prennent fin, nous devons nous poser la question : comment pérenniser les progrès ? Comment transformer la dépendance en autonomie ? », a-t-il interrogé.
Shem a également souligné l'importance d’investir dans les enseignants, de développer la micro-certification et de renforcer la résilience des systèmes. Il a appelé l’Afrique à devenir une génération qui passe de réussites isolées à des succès durables à l’échelle du continent, en rappelant aux participants que
« le chemin à suivre consiste à libérer notre propre potentiel ».
Les conséquences du retrait des donateurs ont été analysées par un panel d’experts. Par exemple, Darius Habamenshi, directeur national du Rwanda Education Assistance Project (REAP), a mis en lumière les impacts sur les résultats scolaires des élèves, les disparités entre zones rurales et urbaines, ainsi que le développement professionnel des enseignants. Il a souligné que les ministères peinent souvent à maintenir les projets financés par des bailleurs externes une fois que ces derniers se retirent, ce qui entraîne une perte d’expertise, de personnel et d’élan. Reprenant ce constat, le Dr Kofi Acheaw Owusu, de l’Université de Cape Coast au Ghana, a décrit comment la fermeture des interventions soutenues par l’USAID a privé les écoles de systèmes de soutien essentiels et laissé les jeunes vulnérables sans programmes de réinsertion.
« Les projets aidant les jeunes à se réintégrer dans le système éducatif sont désormais clos, et beaucoup peinent à surmonter leurs difficultés sociales »,
a-t-il observé, appelant à une intégration systémique et à une appropriation nationale pour garantir la continuité.
Apportant une perspective plus large, le professeur Abdeljalil Akkari de l’Université de Genève a affirmé que le défi de l’Afrique n’est pas « plus de scolarisation », mais « une scolarisation et un apprentissage différents ». Il a insisté sur la nécessité de repenser les systèmes éducatifs afin qu’ils s’alignent sur les réalités socio-économiques, en proposant sept leçons pour la résilience : lier l’éducation au développement, prioriser l’appropriation locale, se concentrer sur la tranche d’âge critique de 5 à 15 ans, renforcer les infrastructures locales, promouvoir l’enseignement en langues maternelles, investir dans les enseignants et les chefs d’établissement, et aligner l’apprentissage sur les marchés de l’emploi.
« La plupart des projets et financements internationaux proviennent d’idées internationales », a-t-il expliqué. « Ils doivent être adaptés et transformés en idées nationales pour correspondre aux contextes nationaux. »
Lors de la séance de questions-réponses, les participants ont interrogé si le rôle croissant des organisations internationales à but non lucratif renforce la dépendance. Tout en reconnaissant leurs apports, le consensus s’est dégagé autour du fait que les États doivent rester les acteurs centraux de l’éducation. À travers les échanges, un message fort a émergé : un progrès durable exige des stratégies conduites localement, des investissements nationaux et une intégration plus profonde des projets éducatifs dans les systèmes nationaux.
La session s’est clôturée par un appel fort à l’innovation, au financement communautaire et au renforcement des réseaux de recherche africains pour pérenniser les avancées. Ensemble, les participants ont réaffirmé l’urgence de repenser le développement de l’éducation en Afrique — passant de la dépendance à des systèmes résilients, endogènes, capables de résister aux chocs externes et d’apporter un changement durable.