Les pays appellent à l’intégration de l’évaluation individuelle dans les cadres nationaux d’évaluation de l’apprentissage

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Les responsables africains de l’éducation, notamment des experts en évaluation et en apprentissage fondamental, ont appelé à l’intégration de l’évaluation individuelle (1 : 1) dans les cadres nationaux d’évaluation de l’apprentissage afin de susciter un véritable changement dans l’apprentissage de la lecture et des mathématiques dans les premières années de scolarité. Lors d’un webinaire sur le leadership africain en matière d’évaluation individuelle organisé par l’ADEA le jeudi 29 mai, les participants, pour la plupart des responsables politiques chargés de l’apprentissage fondamental dans toute l’Afrique, ont appelé à un renforcement des capacités locales et à une utilisation pertinente des données dans les évaluations de l’apprentissage. 

Dans de nombreux contextes africains, les évaluations traditionnelles en classe ou standardisées ne permettent souvent pas d’évaluer correctement l’acquisition des compétences fondamentales par les élèves des premières années. Les évaluations individuelles constituent une alternative plus efficace. Elles sont administrées oralement à chaque élève et adaptées au stade de développement de l’enfant, ce qui permet d’obtenir des informations plus claires sur ses compétences en lecture et en calcul. Ces évaluations sont particulièrement utiles pour identifier rapidement les élèves en difficulté, que ce soit à l’école ou à la maison, et permettent de mettre en place des mesures pédagogiques et politiques ciblées, y compris pour les enfants non scolarisés.

Dans son allocution d’ouverture du webinaire, le secrétaire exécutif de l’ADEA, Albert Nsengiyumva, a souligné la nécessité cruciale pour l’Afrique de s’approprier pleinement les évaluations de l’apprentissage fondamental. 

« Si nous ne nous attaquons pas avec sérieux et urgence au manque de compétences en lecture, en écriture et en calcul, nous laisserons tomber toute une génération et, avec elle, l’avenir de l’Afrique ». 

Il a souligné l’engagement de l’ADEA en faveur de systèmes éducatifs fondés sur des données et a mis en avant les efforts déployés dans ce sens dans le cadre du projet « Education and Skills Data Challenge (ESDC) » de l’ADEA. Albert a insisté sur le fait qu’ 

« aucun pays ne peut résoudre ce qu’il ne peut mesurer, c’est pourquoi il est essentiel d’intégrer des outils tels que l’EGRA et l’EGMA dans les systèmes nationaux d’évaluation ».

Il a exhorté les pays à préserver et à développer ces outils, à les gérer au niveau local et à les utiliser de manière pertinente pour mener à bien les réformes.

Le webinaire a permis de présenter les points de vue d’experts et les expériences nationales. Par exemple, le Dr Moses Ngware, du Centre africain de recherche sur la population et la santé (APHRC), a donné un aperçu des évaluations individuelles, en soulignant les défis tels que la rareté des données collectées en Afrique subsaharienne et le triangle inversé de l’utilisation des données, où les données sont générées à la base mais utilisées au sommet. Il a encouragé l’utilisation au niveau local des données collectées grâce aux évaluations afin d’avoir un impact positif sur les résultats d’apprentissage.

La session a présenté des études de cas provenant de Madagascar, d’Afrique du Sud et de la République du Bénin. Andry Nirisoa Rabenas, du ministère de l’Éducation de Madagascar, a expliqué comment son pays utilise les données d’évaluation pour la prise de décision et a souligné la nécessité de renforcer les capacités tant au niveau ministériel que local. Dans sa présentation, Nompumelelo Mohohlwane, du ministère de l’Éducation de base de l’Afrique du Sud, a expliqué l’élaboration de repères en lecture dans les 11 langues officielles et a mis l’accent sur la collaboration et le renforcement des capacités locales.

De même, Pierre Chanou, du ministère de l’Éducation de base et de la Formation professionnelle de la République du Bénin, a présenté l’approche structurée de son pays pour intégrer les évaluations individuelles. Il a expliqué que le pays produit des « plaquettes », qui sont des documents de synthèse contenant les principaux résultats des évaluations et des recommandations. Les résultats obtenus sont ensuite multipliés et diffusés par le biais de séminaires qui simplifient les informations au niveau des départements et des districts scolaires afin que les chefs d’établissement puissent comprendre et utiliser ces résultats clés. Il a toutefois mentionné les difficultés liées au manque de capacités nationales d’évaluation continue en raison du recours à des équipes ad hoc.

La session s’est terminée par une séance de questions-réponses dynamique et intéressante, qui a porté sur des sujets tels que l’étalonnage pour plusieurs langues, la nécessité d’élargir la portée des évaluations et l’alignement des pratiques pédagogiques sur les données. Les participants ont discuté de défis tels que la mobilité des enseignants et ont souligné que la qualité des enseignants, le temps d’enseignement et les ressources sont essentiels pour transformer les données d’évaluation en résultats concrets en classe.

Le webinaire a également reconnu la demande croissante d’un dialogue et d’une collaboration continus sur l’apprentissage fondamental parmi les décideurs politiques africains et a souligné l’urgence de faire avancer ce programme, non pas en perturbant les efforts existants, mais en donnant les moyens aux équipes dévouées qui travaillent dans des conditions difficiles d’améliorer les résultats d’apprentissage. Les parties prenantes ont également exprimé un consensus fort sur l’importance d’institutionnaliser des outils d’évaluation tels que l’EGRA et l’EGMA au sein des systèmes éducatifs nationaux.

L’ADEA reste fermement attachée à cette vision et franchira la prochaine étape stratégique en organisant une session en présentiel visant à co-créer un cadre d’évaluation de l’apprentissage fondamental dirigé par l’Afrique et appartenant au continent. Il s’agit d’une avancée décisive vers une réforme durable de l’éducation, ancrée dans le leadership local, le renforcement des systèmes et l’objectif collectif de ne laisser aucun enfant de côté.