Journée mondiale des enseignants 2026 : Aux côtés des enseignants d’Afrique
À l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) se joint à la communauté éducative mondiale pour célébrer les femmes et les hommes qui ouvrent chaque jour les portes des salles de classe, souvent dans des conditions difficiles, et qui se consacrent à aider chaque apprenant à réaliser pleinement son potentiel.
Le thème de cette année, « Aux côtés des enseignants : 60 ans de protection de la profession, de valorisation de son statut et de construction de notre avenir », marque les six décennies écoulées depuis l’adoption de la Recommandation OIT/UNESCO de 1966 concernant la condition du personnel enseignant. Il s’agit d’une étape importante, mais aussi d’une invitation à nous interroger : faisons-nous suffisamment pour protéger, soutenir et valoriser celles et ceux dont dépend, en définitive, la qualité de nos systèmes éducatifs ?
Cette question revêt une urgence particulière pour l’Afrique. La pénurie mondiale d’enseignants reste considérable, et des millions d’enseignants supplémentaires seront nécessaires d’ici 2030 pour parvenir à l’universalisation de l’enseignement primaire et secondaire. Pour les pays africains, relever ce défi ne consiste pas simplement à augmenter le nombre d’enseignants. Il s’agit d’attirer des personnes talentueuses vers la profession, de bien les préparer, de soutenir leur développement professionnel continu, de leur offrir les conditions et les outils nécessaires pour réussir, et de reconnaître l’enseignement comme la profession hautement qualifiée qu’elle est.
À travers le continent, des engagements importants ont déjà été pris.
Lors de la Triennale de l’ADEA à Accra en octobre 2025, les gouvernements et les acteurs de l’éducation ont appelé à renforcer les investissements dans l’éducation, à mieux articuler la formation initiale des enseignants et leur développement professionnel continu, à renforcer le leadership et la redevabilité, et à accorder une plus grande attention au multilinguisme dans l’enseignement et l’apprentissage.
Lors de l’Échange africain sur l’apprentissage fondamental (FLEX2026), organisé à Lilongwe en juillet, 42 gouvernements africains et l’Union africaine se sont engagés à poursuivre leurs efforts pour lutter contre la pauvreté des apprentissages. Parmi leurs priorités figuraient un financement accru de l’apprentissage fondamental, une meilleure utilisation des données et des mécanismes de redevabilité, la mise à l’échelle d’approches pédagogiques fondées sur des données probantes, une utilisation responsable de l’intelligence artificielle, ainsi que l’amélioration de l’accès à l’apprentissage pour les enfants vulnérables et difficiles à atteindre.
Ces engagements sont essentiels, car c’est à travers l’enseignant que la transformation de l’éducation atteint véritablement l’apprenant.
L’ADEA le reconnaît depuis longtemps, notamment à travers ses différents engagements. En tant que membre du consortium qui porte le Centre africain pour le leadership scolaire (ACSL), nous contribuons à combler les lacunes systémiques et politiques afin de renforcer le leadership scolaire et pédagogique. À travers notre Pôle inter-pays de qualité sur l’enseignement et l’apprentissage (ICQN-TL), hébergé par le ministère de l’Éducation du Rwanda, nous réunissons des pays africains, des institutions et des experts afin de partager des données probantes, de renforcer les capacités et de développer des approches adaptées aux contextes pour améliorer l’enseignement et l’apprentissage. Dans l’ensemble de nos interventions sur l’apprentissage fondamental, le leadership scolaire, les technologies éducatives, le développement des compétences et la réforme de l’éducation, un principe demeure constant : nous ne pouvons améliorer les apprentissages sans investir dans celles et ceux qui les rendent possibles.
Pour les enseignants eux-mêmes, trois priorités deviennent de plus en plus importantes.
Premièrement, nous devons placer chaque apprenant et la qualité de ses apprentissages au cœur de la profession enseignante. Chaque enfant doit avoir la possibilité de lire en comprenant, de raisonner avec les nombres et d’acquérir les bases nécessaires à l’apprentissage tout au long de la vie. Cela implique de partir du niveau réel des apprenants, d’utiliser des approches fondées sur des données probantes et, lorsque cela est approprié, d’enseigner aux enfants dans des langues qu’ils comprennent. Lors de FLEX2026, les élèves de l’école primaire de Nkwiji ont rappelé aux dirigeants africains de l’éducation une réalité fondamentale : les enfants eux-mêmes savent ce dont ils ont besoin pour apprendre. Nous devons les écouter.
Deuxièmement, les enseignants doivent être accompagnés afin d’utiliser les technologies de manière judicieuse et responsable. L’intelligence artificielle (IA) transforme rapidement l’éducation et peut aider les enseignants à préparer leurs cours, élaborer des supports pédagogiques, évaluer les progrès et apporter un soutien supplémentaire aux apprenants. Mais la technologie ne peut remplacer le jugement professionnel, les connaissances, l’attention et la compréhension de l’apprenant qu’apporte un enseignant. Les enseignants doivent disposer des compétences nécessaires pour interroger ces outils, vérifier leurs résultats, protéger les données des apprenants et déterminer dans quelles circonstances la technologie améliore véritablement l’enseignement et l’apprentissage.
Troisièmement, nous devons faire de l’inclusion une réalité dans chaque salle de classe. Les filles comme les garçons, les enfants en situation de handicap, les apprenants déplacés, les enfants vivant dans des communautés éloignées ainsi que ceux confrontés à la pauvreté ou à d’autres formes de vulnérabilité doivent tous avoir la possibilité d’apprendre et de s’épanouir. Pour un enfant, l’inclusion se concrétise dans les décisions quotidiennes : qui est accueilli, qui bénéficie du soutien nécessaire et à qui l’on donne la possibilité de participer pleinement.
Les enseignants ne peuvent assumer seuls toutes ces responsabilités.
Aux gouvernements africains et aux partenaires au développement, nous disons que se tenir aux côtés des enseignants doit signifier davantage que leur adresser des paroles de reconnaissance une fois par an. Cela signifie leur assurer une rémunération adéquate et versée à temps, une formation initiale de qualité, un développement professionnel continu, une reconnaissance professionnelle, un leadership scolaire qui les soutient, ainsi qu’un accès aux ressources pédagogiques nécessaires pour bien exercer leur métier. Cela signifie également écouter les enseignants et leur donner une voix réelle dans l’élaboration des politiques et des réformes qui façonnent leur profession.
Les engagements pris à travers le continent doivent désormais se traduire par de meilleures conditions dans les écoles et les salles de classe. Alors que l’Afrique se prépare au prochain FLEX à Abidjan en 2027 et poursuit la mise en œuvre de son agenda continental pour l’éducation, les progrès devront être mesurés non seulement à l’aune des politiques adoptées, mais aussi en fonction de la capacité des enseignants à être mieux préparés, mieux soutenus et mieux outillés pour permettre à chaque enfant d’apprendre.
Aujourd’hui, nous célébrons les enseignants d’Afrique non seulement pour leur résilience, mais aussi pour leur professionnalisme, leur expertise et leur contribution indispensable à notre avenir collectif.
À chaque enseignante et à chaque enseignant de notre continent : merci pour les connaissances que vous transmettez, le potentiel que vous libérez et les avenirs que vous contribuez à construire chaque jour.
L’Afrique est aux côtés de ses enseignants. L’ADEA est à vos côtés.