La Triennale 2025 de l’ADEA s’achève sur des recommandations concrètes et de nouvelles initiatives pour transformer et renforcer la résilience des systèmes éducatifs en Afrique
De gauche à droite: Eyerusalem Fasika, Directrice pays de la Banque africaine de développement pour le Ghana; Albert Nsengiyumva, Secrétaire exécutif de l’ADEA; Son Excellence Professeur Jane Naana Opoku-Agyemang, Vice-présidente du Ghana; S.E. Haruna Iddrisu, Ministre de l’Éducation du Ghana; Prof. Gaspard Banyankimbona, Commissaire de l’Union africaine pour l’Éducation, la Science, la Technologie et l’Innovation (UA-ESTI)
Après trois jours de dialogues politiques de haut niveau, fondés sur des données probantes, d’échanges de connaissances, d’apprentissage entre pairs, de réflexions et de rencontres bilatérales à Accra, au Ghana, la Triennale 2025 de l’ADEA sur l’éducation et la formation en Afrique s’est achevée avec un engagement renouvelé et des recommandations clés pour repenser le financement de l’éducation et développer des systèmes éducatifs durables, inclusifs, innovants et résilients. La communauté éducative africaine, les partenaires mondiaux et les parties prenantes ont convenu d’actions critiques, notamment la priorité à accorder aux solutions de financement nationales afin de combler les écarts de financement, les gouvernements étant appelés à adopter des modèles de financement endogènes et durables. Une recommandation majeure en matière de financement de l’éducation consiste à amener les pays à consacrer au moins 20 % de leur budget national au financement de l’éducation.
D’autres recommandations incluent la priorisation de l’éducation de la petite enfance et de l’apprentissage fondamental, l’alignement des programmes scolaires sur les besoins du marché du travail et le renforcement de la transition entre l’enseignement secondaire et le monde du travail, la promotion de la prise de décision fondée sur des données probantes dans l’éducation, l’investissement dans la recherche et l’innovation pour trouver des solutions adaptées au continent, l’intégration des technologies de l’éducation pour atteindre les populations marginalisées, le renforcement du leadership éducatif afro-centrique en l’alignant sur les normes continentales en matière de leadership scolaire efficace, ainsi que l’investissement et l’institutionnalisation de programmes d’éducation de la seconde chance à l’échelle nationale — flexibles, abordables et accessibles aux apprenants aux capacités diverses, y compris les réfugiés.
Par ailleurs, quatre nouvelles initiatives ont été annoncées afin d'aider les pays africains à progresser vers la réalisation de leurs objectifs éducatifs respectifs et à mettre en œuvre certaines des recommandations issues de la Triennale. Il s'agit notamment de l'Initiative pour l'apprentissage fondamental en vue d'une transformation menée par les gouvernements (FLIGHT), soutenue par quatre fondations (Echidna Giving, Gates, Hempel et Roger Federer), de l'Institut africain d'évaluation de l'apprentissage fondamental (AFLAI), du Cadre indicateur pour l'échange sur l'apprentissage fondamental en Afrique (FLEX) et du Partenariat Afrique-Europe pour l'échange sur les réformes éducatives (PEERS), soutenu par l'Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, l'ADEA et l'Agence nationale finlandaise pour l'éducation (EDU). (FLEX) et le Partenariat Afrique-Europe pour l'échange sur les réformes éducatives (PEERS), soutenu par l'Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, l'ADEA et l'Agence nationale finlandaise pour l'éducation (EDUFI).
Lors de l'ouverture de la Triennale le 29 octobre, la vice-présidente du Ghana, Son Excellence le Professeur Jane Naana Opoku-Agyemang, qui représentait l'invité d'honneur, Son Excellence John Dramani Mahama, président de la République du Ghana, a appelé à des innovations locales et à la création de valeur ajoutée afin d'élargir les sources de financement de l'éducation disponibles pour les pays. Elle a appelé les parties prenantes, notamment l'Union africaine et le Groupe de la Banque africaine de développement, à garantir une alternative régionale au financement étranger. Elle a insisté sur le fait que le continent doit se tourner vers l'intérieur pour résoudre les problèmes auxquels il est confronté.
« Les circonstances actuelles nous obligent à explorer des stratégies de financement indigènes qui répondent aux besoins nationaux. Nous avons la chance d'avoir une jeunesse intelligente et créative dont les talents peuvent conduire à la transformation de l'Afrique si nous prenons mieux soin de ces ressources naturelles et humaines. Mobilisons notre expertise collective et notre capacité d'innovation pour créer un mécanisme de financement africain durable. Nous devons aller au-delà des pourcentages et nous demander comment nous pouvons augmenter cette somme, si elle est si modeste. J'exhorte la Banque africaine de développement à faire en sorte que le Fonds africain pour l'éducation, la science, la technologie et l'innovation (AESTIF) devienne une alternative locale au financement étranger dans le domaine de l'éducation ».
Un appel à une transformation de l’éducation dirigée par l’Afrique
Divers intervenants se sont exprimés sur la question du financement, plaidant également pour des solutions locales. Qu’il s’agisse du Secrétaire exécutif de l’ADEA, Albert Nsengiyumva, du Ministre de l’Éducation du Ghana, Haruna Iddrisu, de la Directrice pays de la Banque africaine de développement pour le Ghana, Eyerusalem Fasika, ou du Commissaire de l’Union africaine pour l’Éducation, la Science, la Technologie et l’Innovation (UA-ESTI), Professeur Gaspard Banyankimbona, tous ont souligné la nécessité et l’importance de financements locaux pour développer les compétences qui catalyseront la croissance et le développement de l’Afrique.
Le Secrétaire exécutif de l’ADEA a insisté sur le fait que la transformation de l’éducation en Afrique doit être conduite par les pays eux-mêmes, fondée sur des financements domestiques, une recherche africaine et des politiques basées sur des données probantes. Il a rappelé que la Triennale a réaffirmé la nécessité de considérer l’éducation non pas comme une dépense, mais comme un investissement stratégique pour le développement à long terme de l’Afrique.
Quatre nouvelles initiatives annoncées
Par ailleurs, quatre nouvelles initiatives ont été annoncées pour aider les pays africains à atteindre leurs objectifs éducatifs et à concrétiser certaines des recommandations issues de la Triennale. Il s’agit :
- L’Initiative pour l’Apprentissage Fondamental et la Transformation Dirigée par les Gouvernements (FLIGHT), une initiative de 35 millions de dollars soutenue par quatre fondations — Echidna Giving, la Fondation Gates, la Fondation Hempel et la Fondation Roger Federer — visant à mobiliser le soutien et les ressources locales pour l’apprentissage fondamental en Afrique et à aider les pays à atteindre leurs objectifs d’apprentissage à travers des réformes pilotées par les gouvernements et des investissements durables.
- L’Institut Africain pour l’Évaluation de l’Apprentissage Fondamental (AFLAI), un institut virtuel et un cadre de coordination visant à harmoniser et renforcer les évaluations de l’apprentissage sur le continent. Il soutiendra les pays dans le renforcement des capacités, la production de données fiables et l’utilisation des preuves pour éclairer les politiques et les pratiques en classe. L’AFLAI servira également de centre de partage des connaissances et de coopération technique entre les organismes d’évaluation africains.
- Le Cadre d’Indicateurs de l’Africa Foundational Learning Exchange (FLEX), développé à la suite de la FLEX 2024 à Kigali. Ce cadre fournit un mécanisme standardisé permettant aux pays de suivre leurs progrès vers l’objectif de mettre fin à la pauvreté des apprentissages d’ici 2035. Les indicateurs encouragent la responsabilisation et l’action fondée sur des données probantes, en cohérence avec l’objectif continental plus large d’améliorer la littératie, la numératie et les compétences socio-émotionnelles à la base du système éducatif.
- Le Partenariat Afrique-Europe pour l’Échange sur les Réformes de l’Éducation (PEERS), une initiative de 15 millions d’euros financée par l’Union européenne, mise en œuvre dans deux communautés économiques régionales — la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). À travers des visites d’étude, des échanges de pairs, le partage de bonnes pratiques et la collaboration entre les deux CER et l’Europe, le projet renforcera la capacité de coordination des CER pour guider leurs pays membres respectifs dans la formulation ou la réforme de politiques holistiques favorisant une éducation inclusive, verte et numérique. PEERS favorisera également l’apprentissage mutuel, l’innovation politique et le partage de données probantes, positionnant les entités régionales comme des acteurs influents dans la définition des politiques et pratiques éducatives.
Perspectives
Les discussions menées dans le cadre des huit sous-thèmes ont débouché sur des recommandations concrètes et mesurables qui orienteront l’agenda éducatif africain au cours des trois prochaines années, jusqu’à la prochaine Triennale en 2028. L’ADEA partagera prochainement les recommandations finales après intégration des retours des pays et des partenaires.
Cette édition du forum de haut niveau a renforcé la valeur de la Triennale en tant que principale plateforme du continent pour l’échange, la réflexion et l’élaboration de stratégies politiques en matière de réforme éducative. Elle a offert une occasion unique de rassembler pays et partenaires pour renouveler l’engagement envers l’éducation africaine et tracer une voie claire vers les objectifs éducatifs du continent.
La Triennale 2025 de l’ADEA a réaffirmé l’engagement de l’Afrique envers un avenir où chaque enfant apprend, chaque enseignant est soutenu et chaque système éducatif est redevable. L’événement s’est conclu sur une volonté commune de renforcer la coopération continentale, de s’aligner sur la CESA 2026–2035, et d’assurer que la transformation de l’éducation en Afrique repose sur le leadership africain, les données probantes et les partenariats.
L’événement a réuni 15 ministres de l’Éducation, plusieurs chefs de délégations gouvernementales, ambassadeurs, hauts fonctionnaires, partenaires de développement, chercheurs, jeunes leaders et praticiens venus de tout le continent et d’ailleurs. Les sessions étaient articulées autour du thème principal et de ses huit sous-thèmes.
L’énergie à la Triennale était palpable — un rassemblement puissant qui a révélé un fort sentiment de prise en main par les gouvernements africains de l’agenda éducatif du continent. Pendant trois journées dynamiques à Accra, les dirigeants, partenaires et praticiens ont engagé des conversations audacieuses et tournées vers l’avenir, marquant un tournant clair : l’Afrique conduit désormais sa propre transformation éducative.