Renforcement des systèmes nationaux d'évaluation en Afrique francophone : enseignements tirés du Bénin, du Burkina Faso et du Togo

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Dans toute l'Afrique francophone, la plupart des enfants terminent l'école primaire sans maîtriser les bases de la lecture ou du calcul. Pourtant, dans de nombreux pays, les gouvernements ne disposent toujours pas de données nationales régulières et de qualité sur l'apprentissage des élèves. Sans ces données, les réformes risquent d'être guidées par l'espoir plutôt que par des preuves. Dans ce contexte, les pays francophones sont confrontés à des circonstances uniques par rapport au reste du continent. Du côté positif, ces pays bénéficient de leur participation au Programme d'analyse des systèmes éducatifs de la CONFEMEN (PASEC), qui réalise des évaluations de la qualité de l'apprentissage au niveau régional. Ces évaluations fournissent des données fiables qui permettent de comparer les pays entre eux, de suivre les tendances éducatives au fil du temps et de contribuer efficacement à l'établissement de rapports sur l'objectif de développement durable (ODD) 4.1.1 : proportion d'enfants ayant un niveau minimum de compétence en lecture et en mathématiques.

La participation aux évaluations internationales reste particulièrement limitée en Afrique, y compris dans les pays francophones. À ce jour, seuls le Sénégal en 2017 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves pour le développement - PISA-D) et la Côte d'Ivoire en 2023 (Étude internationale sur les tendances en mathématiques et en sciences - TIMSS) ont pris part à de telles évaluations internationales. Mais il y a des raisons d'être optimiste. Le PASEC s'étend de 10 pays sur 18 en 2014 à 17 sur 18 en 2025 et comprend désormais un module pour le premier cycle du secondaire. Treize pays francophones ont désormais mené au moins une évaluation des premières années du primaire, telle que l'EGRA/EGMA, et l'engagement politique en faveur d'une évaluation à l'échelle nationale se renforce : le Tchad (2022), le Togo (février 2024) et la République du Congo (septembre 2024) ont chacun créé une unité gouvernementale permanente chargée de diriger les évaluations nationales de l'apprentissage.

Malgré ces évolutions positives, les pays francophones continuent de faire face à des défis importants, tels que le manque de financement et d'expertise technique, qui entravent le développement de systèmes d'évaluation nationaux solides. Afin de mieux comprendre les défis auxquels ces pays sont confrontés, un récent projet de recherche conjoint de l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA) et de l'African Foundational Learning Data Hub (AFLEARN) de l'université du Cap a interrogé les responsables de l'évaluation au Bénin, au Burkina Faso et au Togo. Nous avons également discuté avec eux des solutions qu'ils ont mises en place et de la manière dont ils souhaiteraient que la communauté des bailleurs de fonds les soutienne.

Les défis auxquels sont confrontés les pays francophones

Qu'est-ce qui freine les pays francophones ? Ces pays sont confrontés à de nombreux défis pour créer des systèmes nationaux d'évaluation des acquis scolaires durables et efficaces. Si certains défis sont communs, d'autres sont propres au contexte spécifique de chaque pays.

  1. Contraintes de financement : les pays francophones dépendent à des degrés divers du financement externe des bailleurs de fonds pour les évaluations nationales. Des pays comme le Bénin et le Togo dépendent fortement de l'aide extérieure, ce qui crée une incertitude et des cycles d'évaluation irréguliers en raison de l'absence de lignes budgétaires gouvernementales dédiées. Les responsables de l'évaluation au Bénin et au Togo ont tous deux signalé que le financement public était insuffisant et que les évaluations étaient réalisées grâce à l'argent des bailleurs de fonds. En revanche, le Burkina Faso a réussi à obtenir un financement public pour les évaluations nationales, ce qui lui confère une plus grande stabilité et une viabilité à long terme par rapport à ses homologues.
  2. Limites des capacités : Il existe souvent un manque notable d'expertise technique, en particulier dans les domaines de l'analyse psychométrique, de l'élaboration de tests, de la collecte de données et de l'analyse statistique. Ce déficit de compétences rend les pays dépendants de consultants externes, ce qui réduit l'appropriation locale et entrave le développement de l'expertise interne.
  3. Instabilité institutionnelle et contraintes en matière de ressources humaines : Les équipes d'évaluation sont souvent en sous-effectif, connaissent des taux de rotation élevés et ont des postes clés non pourvus. Cette instabilité entraîne des retards, des difficultés logistiques et une capacité réduite à mener des évaluations et à diffuser efficacement les résultats.
  4. Intégration limitée dans l'élaboration des politiques : même lorsque des évaluations sont menées, leurs conclusions ont souvent un impact limité sur les politiques éducatives. Ce décalage résulte souvent du faible intérêt ou de l'engagement limité des hauts responsables politiques, comme le suggèrent plusieurs responsables de l'évaluation, mais aussi d'un manque de capacité à traduire les conclusions des évaluations en politiques concrètes. Dans certains cas, les unités d'évaluation sont considérées comme des organes techniques ayant une influence limitée sur les décisions stratégiques, et leurs résultats ne sont pas systématiquement intégrés dans les processus politiques tels que la réforme des programmes scolaires, la formation des enseignants ou l'allocation des ressources.
  5. Problèmes de sécurité et d'accessibilité : Certaines régions des pays francophones sont confrontées à d'importants problèmes de sécurité, qui limitent la portée des évaluations et compliquent les processus de collecte de données. En outre, les difficultés logistiques pour atteindre certaines écoles ou communautés compliquent encore davantage la réalisation d'évaluations complètes et inclusives.

Stratégies potentielles pour surmonter ces défis

Pour relever ces défis, les pays francophones ont adopté plusieurs approches stratégiques :

  1. Renforcer l'engagement et le financement des gouvernements : l'allocation de lignes budgétaires spécifiques aux évaluations nationales, comme au Burkina Faso, garantit la durabilité et réduit la dépendance vis-à-vis des financements externes.
  2. Renforcer les capacités techniques locales : les pays investissent dans les capacités de leurs équipes d'évaluation dans des domaines clés tels que l'analyse des données et la conception des évaluations. Cela peut impliquer des partenariats avec des universités locales, comme l'illustre la collaboration du Burkina Faso avec des institutions nationales, des programmes de formation internationaux et des ateliers spécialisés visant à développer une expertise locale durable.
  3. Renforcer les structures institutionnelles : il est essentiel de mettre en place des unités d'évaluation stables et dotées d'un personnel suffisant au sein des ministères ou des centres d'évaluation indépendants. Une définition claire des rôles, une meilleure allocation des ressources et la mise à disposition des outils techniques et logiciels nécessaires contribuent à stabiliser les opérations. Le Burkina Faso peut être considéré comme un exemple avec son unité d'évaluation de longue date, financée par des fonds nationaux. Cette stabilité institutionnelle a permis au pays de mener régulièrement des évaluations nationales avec un soutien extérieur limité.
  4. Améliorer l'utilisation des données dans l'élaboration des politiques : pour combler le fossé entre les résultats des évaluations et la mise en œuvre des politiques, il est nécessaire d'intégrer explicitement les résultats des évaluations dans les cadres nationaux de politique éducative. Encourager la collaboration et la communication régulière entre les équipes d'évaluation et les décideurs politiques peut faciliter la prise de décisions éclairées. Le Bénin, par exemple, utilise des ateliers régionaux et des résumés simplifiés des principaux résultats des évaluations pour diffuser efficacement les conclusions et accroître leur impact sur les politiques et les pratiques éducatives.

Ce que les bailleurs de fonds peuvent faire

Les bailleurs de fonds peuvent soutenir les pays africains francophones de trois manières principales : par le financement, le soutien technique et le renforcement des capacités, et en encourageant une plus grande demande et une plus grande appropriation des évaluations.

Le financement est essentiel, étant donné que les bailleurs de fonds financent actuellement la plupart des évaluations. Cependant, le financement des bailleurs de fonds doit renforcer, et non affaiblir, les ministères de l'Éducation en veillant à ce que les évaluations restent des exercices menés par les gouvernements plutôt que par les bailleurs de fonds. Comme l'a souligné le responsable de l'évaluation au Bénin, « les bailleurs de fonds doivent réduire progressivement leur domination financière en ne finançant pas 100 % des évaluations, afin que les ministères de l'Éducation s'approprient davantage ces dernières et en assument la responsabilité ». Par exemple, le Burkina Faso, où les évaluations sont entièrement financées par le ministère, a réussi à mener régulièrement des évaluations nationales, contrairement au Bénin et au Togo, qui dépendent fortement du financement des bailleurs de fonds et connaissent des intervalles plus longs entre les évaluations. Le financement des bailleurs de fonds doit donc être délibérément conçu pour renforcer les incitations nationales, en veillant à ce que les pays considèrent les évaluations comme une fonction essentielle du gouvernement et non comme un projet dicté par l'extérieur.

En outre, les donateurs doivent également travailler avec les hauts fonctionnaires du ministère de l'Éducation afin de créer une véritable demande d'évaluation. Comme l'ont souligné les responsables de l'évaluation au Bénin et au Togo, les donateurs devraient militer activement au sein des ministères pour promouvoir l'importance stratégique des évaluations. Lorsque les évaluations sont entièrement financées par les donateurs et utilisées principalement pour les rapports sur les ODD, elles risquent d'être perçues comme des exercices dictés par les donateurs et peu pertinents par rapport aux priorités nationales en matière d'éducation. Cette perception réduit leur crédibilité et affaiblit l'intérêt des institutions. Pour contrer cela, les bailleurs de fonds doivent mettre l'accent sur la valeur politique des évaluations, en démontrant comment les résultats des évaluations peuvent éclairer les décisions concernant la réforme des programmes scolaires, la formation des enseignants et l'allocation des ressources. En outre, les bailleurs de fonds devraient investir non seulement dans la production d'évaluations, mais aussi dans l'aide aux ministères pour qu'ils utilisent efficacement les résultats. Cela comprend le soutien à des activités telles que la production de résumés faciles à utiliser, l'organisation d'ateliers de diffusion et la facilitation du dialogue entre les équipes d'évaluation et les décideurs politiques, afin que les résultats soient activement utilisés pour améliorer les systèmes éducatifs.

Enfin, il est essentiel de renforcer les capacités techniques et de fournir un soutien technique pertinent. Si le soutien technique est nécessaire, les bailleurs de fonds doivent veiller à ce qu'il ne prive pas les équipes locales de leur pouvoir en promouvant de manière excessive des méthodologies complexes telles que la théorie de réponse à l'item (IRT), qui, bien que rigoureuse, peut limiter les possibilités de renforcement des capacités locales. Au lieu de s'appuyer uniquement sur des approches traditionnelles telles que le déploiement de consultants internationaux, les bailleurs de fonds devraient envisager un éventail plus large de mécanismes de soutien. Il s'agit notamment d'organiser régulièrement des forums d'échange entre les institutions d'évaluation de l'apprentissage à travers l'Afrique afin de promouvoir l'apprentissage entre pairs et le partage des meilleures pratiques ; de soutenir la transition vers des logiciels open source tels que R afin de rendre l'analyse des données plus accessible et plus durable ; et de créer un pool de consultants de haut niveau disponibles pour fournir un soutien ciblé et axé sur la demande pour des défis techniques spécifiques.

Il est essentiel d'investir à long terme dans les capacités locales, compte tenu notamment de la pénurie actuelle de psychométriciens et des capacités limitées des équipes d'évaluation en matière d'analyse avancée des données. Bien que le PASEC soit bien placé pour dispenser cette formation, il doit améliorer l'efficacité de son approche de renforcement des capacités. En fin de compte, les bailleurs de fonds devraient soutenir le développement d'universités locales et d'environnements de recherche propices à l'évaluation. Une solution pratique consisterait à mettre en place des modules psychométriques dans les écoles de statistique à travers l'Afrique francophone, notamment au sein du réseau Réseau des écoles de Statistique Africaines (RESA).

En résumé, les bailleurs de fonds ont un rôle clé à jouer, mais leur soutien doit être structuré de manière à renforcer le leadership national, à développer une expertise durable et à garantir que les évaluations de l'apprentissage servent les politiques et améliorent les résultats scolaires.

Conclusion

Le renforcement des systèmes d'évaluation nationaux en Afrique francophone est essentiel non seulement pour suivre les résultats scolaires, mais aussi pour élaborer des politiques éducatives qui répondent aux besoins locaux. Si des progrès prometteurs sont en cours, grâce à l'élargissement de la participation au PASEC, aux évaluations des premières années d'école et à la création d'unités nationales d'évaluation, des défis importants subsistent. Il s'agit notamment du sous-financement chronique, des capacités techniques limitées et de l'insuffisance de la prise en compte des résultats dans les politiques.

Toutefois, comme le montrent les expériences du Bénin, du Burkina Faso et du Togo, les pays recherchent activement des solutions. Qu'il s'agisse de renforcer les structures institutionnelles ou de tester de nouvelles approches pour diffuser les résultats, ces efforts ouvrent la voie à des systèmes d'évaluation plus durables et plus efficaces.

Pour accélérer les progrès, les bailleurs de fonds doivent réajuster leur soutien en fournissant un financement qui encourage l'appropriation nationale, en renforçant les capacités techniques à long terme et en plaidant pour une utilisation significative des données d'évaluation dans les politiques. En fin de compte, la mise en place de systèmes d'évaluation nationaux solides n'est pas seulement un exercice technique, mais un investissement politique et institutionnel dans l'amélioration des résultats d'apprentissage pour tous les enfants.