Le rôle de l’ADEA dans les systèmes d’information pour la gestion de l’éducation en Afrique

La présentation du travail mené par le Groupe de travail de l’ADEA sur la Gestion de l'éducation et l'appui aux politiques (GTGEAP)
Photo de groupe : Les responsables du ministère de l'Education du Ghana avec Rachel Ogbe, responsable de l'unité d'éducation de la CEDEAO, le Représentant du ministère de la Gambie et du (GTGEAP) de l'ADEA, après la validation de la réunion du rapport d'évaluation par les pairs des normes et standards de l'EMIS de la CEDEAO au Ministère de l'éducation du Ghana. Crédit photo : Alpha Bah | Retouche photo: ADEA

Ceci est le 9e billet d’une série de collaborations entre le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) et l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA).

En 2006, l’Union africaine (UA) s’est engagée à effectuer un suivi des systèmes d'information pour la gestion de l'éducation (SIGE) dans le cadre du Plan d’Action pour la Deuxième Décennie de l’éducation en Afrique. Deuxième domaine prioritaire, le SIGE a été reconnu comme facteur transversal de facilitation pour la réalisation des objectifs de la Deuxième Décennie.

Une collaboration inter-organisations pour développer des indicateurs communs

Depuis 2008, le Groupe de travail de l’ADEA sur la Gestion de l’éducation et l’appui aux politiques (GTGEAP) – basé à Harare, au Zimbabwe – endosse le rôle de partenaire technique pour la Division de l’éducation du département des ressources humaines, des sciences et des technologies de l’Union africaine (AUC-HRST), notamment en matière de SIGE. Ce partenariat a permis une série de développements sectoriels.

En 2008, le HRST a par exemple pu produire un manuel d’indicateurs pour le suivi de la mise en œuvre du Plan d’action, développé en partenariat avec le GTGEAP.

Le groupe a également collaboré avec des observatoires associés à l’UA, notamment l’Institut panafricain de l’éducation pour le développement (UA/IPED) et le Centre international pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique (UA/CIEFFA).

L’initiative en faveur des SIGE prend forme

Avec ces partenaires et d'autres, le WGEMPS a mené l’initiative de l’UA en matière de SIGE, qui a permis l'identification et le développement de 55 indicateurs pour le suivi de la performance des pays dans la mise en œuvre du Plan d’action.

Une série de rapports sur le suivi de ces indicateurs a été produite en 2010, 2012 et 2014. Ces rapports ont été utilisés lors de la Conférence des Ministres de l’Éducation de l’Union africaine (COMEDAF).

Le Groupe de travail, l'Union africaine et l’IPED ont supervisé la formation de plusieurs représentants des pays sur des aspects clés des SIGE et développé des modules de gestion des dossiers scolaires en 2010.

Aujourd’hui, le continent possède un corps de spécialistes des SIGE à l’échelle des pays en première ligne de la planification sectorielle.

D’autres efforts dans le secteur des SIGE comprennent notamment le développement de stratégies de renforcement des capacités en matière de SIGE au sein des communautés économiques régionales (CER). L’utilisation d’un ensemble de normes et de standards relatifs aux SIGE constitue un élément clé de ces stratégies, adapté et utilisé par les CER pour mener des revues par les pairs.

La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) sont à des stades différents de mise en œuvre de leur stratégie de SIGE.

Étude de cas : le Mali

Fin 2016, le Groupe de travail de l’ADEA sur la Gestion de l'éducation et l'appui aux politiques (GTGEAP), et ses partenaires (la Commission de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et celle de l’Union Africaine), ont réalisé une revue par les pairs du Système régional et continental d’information sur la gestion de l’éducation (SIGE) du Mali conformément au Cadre d’Evaluation des Normes et Standards SIGE de la CEDEAO.

La revue a été réalisée avec la forte implication de l’équipe nationale SIGE mise en place à cet effet et des pairs du Burkina Faso, du Togo, de la CEDEAO, et de l’ADEA. L’évaluation s’est faite sur la base de preuves, à travers des visites de terrain aussi bien au niveau central que déconcentré, l’examen minutieux des outils et des systèmes, des interviews avec les principaux acteurs impliqués dans la production des statistiques éducatives et les partenaires techniques et financiers du Mali.

Le rapport de cette revue conclut que le Mali, à travers son SIGE, produit des « statistiques discutables » avec une note moyenne globale de 2,5 sur 4. En effet, si le cadre juridique et les processus de production des statistiques sont globalement satisfaisants, la disponibilité des ressources humaines, matérielles et financières adaptées et suffisantes, la diffusion des données dans les délais et la prise en compte des besoins des utilisateurs ont négativement influencé l’appréciation du SIGE.

L’exemple du Mali, qui dispose d’une seule entité en charge de la production des statistiques de tous les sous-secteurs, doit être partagé avec les autres pays de la CEDEAO. Les partenaires du Mali ont souscrit à cette revue et ont exprimé leur disponibilité à soutenir le Mali dans la mise en œuvre des recommandations formulées avec l'accompagnement technique de l'ADEA.

Étude de cas : le Ghana

La revue par les pairs, réalisée en mai 2015, a obtenu un score de 3,1 sur 4. Ainsi, le SIGE du Ghana, conformément aux Normes et Standards SIGE de la CEDEAO, produit des statistiques acceptables. La revue a été réalisée avec la forte implication de l’équipe nationale SIGE et des pairs venus de la Gambie, du Mali, du Nigéria, de l’UA, de la CEDEAO et de l’ADEA.

Globalement, le Ghana est un bon exemple en matière de production et de diffusion des statistiques éducatives.

Il dispose d’un plan de développement du SIGE et a très souvent réussi à répondre aux sollicitations de l’Institut de statistique de l'UNESCO (ISU) et d’autres entités régionales.

Malgré ces performances, on note quelques insuffisances, notamment (i) dans la couverture des données du privé, (ii) le budget relativement faible alloué au SIGE, (iii) la désuétude des infrastructures de technologies de l'information et de la communication, et (iv) l’insuffisance des ressources humaines qualifiées aux niveaux décentralisés. Afin de surmonter ces défis, les pairs ont formulé des recommandations.

Le modèle de revue du SIGE par les pairs de l’ADEA

Le modèle de revue par les pairs de l’ADEA a également été utilisé pour mener une évaluation indépendante du SIGE dans 17 États du Nigéria en 2016. Cette activité a été commandée par le Ministère fédéral de l’Éducation, le Système de gestion de l’information du Nigéria (NEMIS), le Bureau national des statistiques du Nigéria (NBS), l’UNICEF et le Département pour le développement international du Royaume-Uni (DFID), ainsi que le programme sectoriel de l'éducation du Nigéria (ESSPIN).

Ses objectifs étaient d’évaluer le SIGE du Nigéria au niveau fédéral comme des États afin d'établir une feuille de route relative aux recommandations et d’améliorer la qualité des données du SIGE. Cet exercice a permis d’établir une référence, d’identifier les failles, les défauts et les opportunités, ainsi que des stratégies garantissant la disponibilité de données de l’éducation de qualité pour soutenir le programme de développement national.

Les systèmes d’information et de gestion de l’enseignement supérieur (SIGES)

Au cours des dernières années, le GTGEAP a également renforcé les capacités des systèmes d’information et de gestion de l’enseignement supérieur, secteur mal intégré qui a du mal à fournir des données comparables au niveau international.

Plus récemment, le GTGEAP a organisé un atelier technique sur l’évaluation des SIGES en partenariat avec le Groupe de travail sur l’Enseignement supérieur et l’Association des Universités africaines à Accra, au Ghana. On a pu ainsi fournir aux représentants des universités des informations relatives aux données à produire, aux besoins d’identification et aux bonnes pratiques.

Prochaines étapes

Sous les auspices du Groupe technique spécialisé en Sciences, Technologies et Éducation de l’Union africaine (STG-STE), une liste d’indicateurs de base pour le suivi de la réalisation des objectifs de la Stratégie continentale 2016–2025 de l’éducation pour l’Afrique (CESA 16-25) sera finalisée en 2017.

Ces indicateurs seront utilisés dans le Rapport continental sur l’éducation et seront informés par les Objectifs stratégiques de la CESA, tels que l’Objectif 7 de « promotion de l’Enseignement des Sciences, de la Technologie, de l’Ingénierie et des Mathématiques (STEM) afin de créer des sociétés de la connaissance, une maîtrise des sciences et une culture de l’innovation ».

Les partenariats avec les différentes CER telles que la CEDEAO et la SADC continuent d'être renforcés. À l’échelle des pays, le GTGEAP de l’ADEA a développé des feuilles de route pour la mise en œuvre des recommandations émises suite aux revues des SIGE par les pairs au Mali et en Ouganda, et a commencé les préparatifs de mise en œuvre de grands projets de SIGE en Angola, en Égypte et au Maroc pour 2017.

Le groupe de travail continuera de s’appuyer sur le corps des spécialistes de SIGE hébergés dans les différents Ministères de l’Éducation, soutenus par le GTGEAP dans le cadre de sa vision pour la réalisation de tous les objectifs en matière d’éducation.